Karim Benzema pensait certainement que les polémiques ne le poursuivraient pas jusqu’en Espagne. Plongé depuis plusieurs semaines en France dans une affaire de chantage sur fond de sextape et de gros sous, il a repris le cours de sa carrière de footballeur dans son club. Mais l’attaquant des bleus, enfant terrible du foot français, revient dans l’actualité. En cause, un crachat après la Marseillaise en hommage aux victimes des attentats avant la raclée subie par le Real Madrid face au FC Barcelone à Santiago Bernabeu (0-4). Pourtant, rien de bien original dans l’expulsion de liquide intra buccal sur la pelouse d’un stade de foot.
La pratique a bien souvent l’ensemble des acteurs du ballon rond pour adeptes, et ne mérite même pas un petit carton jaune. Malgré cela, selon Nadine Morano, députée européenne, « cet acte relève du mépris et de l’insulte faite aux victimes, à leurs familles et à la Nation tout entière ». Elle s’offusque sur sa page Facebook dans une lettre ouverte, et demande pour l’accusé la peine capitale, « il faut une sanction ferme à l’égard de Benzema qui n’est plus digne de porter les couleurs de l’Équipe de France ». Ajoutez à cela un lien vers « la vidéo de la honte » où le bougre soulage nonchalamment ses papilles gustatives du surplus salivaire, et le tour est joué.
Elle est bientôt rejointe par le maire de Béziers, Robert Ménard qui enfile la robe d’avocat de l’accusation, prend fait et cause pour la nation meurtrie par le mollard de l’avant centre, et se fend du tweet suivant : « le crachat de #Benzema après la #Marseillaise est le geste de trop. Cet individu est indigne de porter nos couleurs ». Le maire de Béziers, en lutte contre les Kébabs dans sa ville, se lance dans une nouvelle bataille nationale contre la bave de footeux aux côtés de l’ancienne Sarkozyste chevronnée.
Haro sur le buteur donc, voici le mot d’ordre. Il vient de haut. D’élus de la république. Une députée européenne et un maire. De gens qui ont mis leur vie au service des citoyens. Qui n’ont donc, par définition, rien de plus urgent à faire que de commenter une glaire. Au-delà du ridicule, on retiendra la manière. Chez Morano, on y va au culot. À peine sortie d’une polémique suite à ses propos définissant la France comme un « pays judéo-chrétien, donc de race blanche » qui lui a valu le retrait de son investiture pour les régionales, elle vient tranquillement expliquer que « Les joueurs doivent (…) se montrer exemplaires par leur comportement ». Elle, par contre, en tant qu’ex-ministre siégeant au parlement Européen, peut allègrement reprendre des thèses racialistes du XIXe. Rien de contradictoire. Classe toujours, l’utilisation de la souffrance des familles et l’instrumentalisation des attentats.
Que nos représentants républicains, qui ont une si haute idée de la patrie se rassurent. Empêtré dans ses ennuis judiciaires, Karim Benzema n’enfilera pas le maillot bleu au prochain match amical. Sa participation à l’Euro 2016, sur le sol sacré de l’hexagone est aussi compromise. Une chance pour les pelouses et les drapeaux qui seront épargnés de ses expectorations, diraient Nadine et Robert. Une chance aussi pour les filets adverses, car Gignac ou Giroud, même la gorge sèche, sont moins efficaces devant le but. La France ne gagnera pas l’euro, mais ses gazons seront propres.
La conclusion coule de source. À tous les élus qui s’occupent de polémiques basses, mesquines, qui surfent sur le drame et trouvent des défouloirs à leur vindicte impopulaire : « Qu’on ne vienne pas encore nous donner des excuses à l’inexcusable » pour paraphraser Morano, et qu’on vous vire une fois pour toutes de vos mandats immérités. Concernant le numéro 9 des Merengue, après la soufflante qu’il a dû prendre avec ses coéquipiers par son coach, Rafael Benitez, suite à la rouste subie face aux Catalans, les polémiques tricolores, ça aurait dû lui « en toucher une sans faire bouger l’autre » comme dirait Chirac. Le joueur a quand même tenu à répondre par l’intermédiaire de son avocat et se déclare « extrêmement choqué de l’interprétation qui est donné à cet acte », rappelant également qu’il a « manifesté sa totale empathie à l’égard des victimes des attentats qui ont coûté la vie à 130 de nos concitoyens le 13 novembre et à leur famille, par ses publications sur ses comptes Twitter et Instagram ».
Mathieu Blard

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