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Paru en février 2016 aux éditions du CNRS, l’ouvrage « Banlieues vues d’ailleurs » est un recueil d’articles inédits, à une exception près, écrits par des auteurs étrangers. Une autre manière de penser les périphéries, avec un œil extérieur.

Cet ouvrage diffère de ce qui se fait sur les périphéries d’abord par son approche. Bernard Wallon directeur de cette publication affirme : « Quand on réfléchit sur nos ‘banlieues’, on fait peu appel au regard extérieur. On rédige de très bonnes études et de très bons rapports, mais généralement produits dans un entre-soi. Même les travaux de séminaire sur les banlieues françaises avec un regard étranger sont rares ».

Pourtant, un autre point de vue permet de sortir des débats internes et d’élargir la focale. D’autant que malgré leurs qualités, les chercheurs, universitaires ou encore journalistes français, sont prisonniers du langage : « On s’est piégés nous-mêmes. J’ai titré banlieues, entre guillemets et au pluriel car le vrai sujet n’est pas là. Il s’agit plutôt des inégalités territoriales urbaines. Ces inégalités peuvent exister en plein Paris ! On essentialise tout. Il faut être capable de penser contre soi ». Et l’analyse de ces auteurs étrangers rend cette réflexion possible. D’autant plus que leur regard est parfois bien plus positif que le discours pessimiste ambiant.

Cette façon de cogiter en vase clos avec des terminologies communément admises est un mal Français, selon l’auteur : « C’est une habitude plus large qui dépasse la thématique des ‘banlieues’. Il est rare que l’on aborde les questions de manière pragmatique. On aime bien être dans le débat. Imaginons une émission télévisée où trois étrangers intervieweraient un politique français. Les réponses ne pourraient pas être aussi stupides, convenables et convenues ! ».

Les périphéries à l’épreuve du pragmatisme

Au Bondy Blog, un constat est fait chaque semaine, à l’occasion de la conférence de rédaction : les entreprises françaises ne s’installent que rarement en périphérie, et quand elles s’y installent, aucune politique de recrutement locale n’est mise en place. Pourtant, Alain Van Vyve, auteur de l’article « Entreprendre en banlieue : l’exemple de Toyota » dans l’ouvrage, consultant en relations humaines internationales, ex vice-président du site de Toyota à Onnaing, en périphérie de Valenciennes, expose les raisons du succès de l’installation de l’entreprise Japonaise à partir de 1998 dans une région où le chômage était alors de 22%.

C’est d’abord et avant tout question de pragmatisme. « Un site de production de voitures ne peut s’installer qu’en périphérie, car il nécessite un nombre d’hectares important. Il faut à la fois se trouver hors d’un site urbain, et proche d’une infrastructure routière, ferroviaire ou fluviale » explique-t-il. « Le Nord était un bassin industriel. Il y avait une très grande connaissance des métiers de la métallurgie et de l’industrie automobile. Il existait une forte disponibilité de main d’œuvre. C’est d’ailleurs devenu la première région pour la production automobile de France ». Le recrutement chez Toyota ne se base pas sur des pré-requis en termes de diplômes. L’entreprise privilégie l’état d’esprit et la motivation. Elle prend aussi à cœur son rôle social, à travers la promotion des jardins ouvriers par exemple.

Alain Van Vyve devance les critiques : « Dans le monde latin ou franco-français, on a tendance à parler de relation paternaliste entre patron et ouvrier. Ce n’est pas le cas chez Toyota. Par exemple, tous les salariés se côtoient à la cantine, et sont habillés de la même manière », contrairement à certaines entreprises françaises. Quoiqu’il en soit, Toyota a créé de nombreux emplois en bordure de Valenciennes. Aujourd’hui, ce sont 3950 salariés qui y produisent 270000 véhicules chaque année. Quand on demande à l’ancien vice-président pourquoi les entreprises françaises rechignent à s’installer en périphérie, la réponse est sans appel : « C’est une question qu’il faut leur poser à elles. Je ne vois pas réellement les raisons de cette frilosité. J’ai également travaillé pour Nissan Europe, qui avait établi son centre Européen à Trappes, en 2005-2006. Le distributeur national de Nissan pour la France avait ses bureaux là-bas, d’où cette installation. Je n’ai aucun souvenir d’une quelconque remise en question de l’endroit où la société se trouvait pour des risques liées à la banlieue. Pourtant, à cette date, Trappes était qualifiée de sensible. »

Libérées des fantasmes et des luttes intestines, les entreprises étrangères s’installent où la raison économique l’impose. Elles n’ont rien de philanthrope. Le pragmatisme est de rigueur. Peut être que les entrepreneurs français aussi, devraient penser contre eux-mêmes.

Mathieu Blard

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