Se mettre la tête, pillaver, se retourner le cerveau, se murger, se défoncer la gueule, se bourrer ! Tout ça en un temps record. Je vous présente le : « Binge drinking » ou « biture express » dans un français recherché. Malgré les ravages avérés de l’alcool sur la santé, cette réalité particulièrement dérangeante évolue depuis son émergence en 1993 dans les pays anglo-saxons et scandinaves. Evolution non seulement d’un point de vue géographique puisque ce phénomène a d’ores et déjà gagné le Sud de l’Europe mais aussi d’un point de vue quantitatif, chiffres officiels de différentes études à l’appui.

En Angleterre, entre 1996 et 2006, on assiste à une explosion du nombre des personnes ayant été admises à l’hôpital pour des pathologies liées à la boisson : +210%. En dix ans, de 89 000, on est passé à 187 000. En 2003, près d’un tiers des jeunes Britanniques de 15 à 16 ans disaient s’être « biturés » au moins trois fois au cours du mois précédent. Il y a 2 ans, 7500 mineurs ont été hospitalisés pour avoir trop bu, soit un chiffre en hausse de 20% par rapport à l’année précédente.

En France, la situation n’est guère reluisante. Dès 2002, le phénomène a pris de l’ampleur. Roselyne Bachelot, ministre de la santé, rappelait récemment : « Les cas d’hospitalisation liées à l’alcoolisation ont connu une augmentation de 50 % entre 2004 et 2007, pour la tranche de 15 à 24 ans, mais aussi, et c’est beaucoup plus grave encore, pour la tranche d’âge des moins de 15 ans. »

A présent, 2,3% des jeunes de 17 ans ont déclaré avoir eu recours au « binge drinking » au moins dix fois en un mois en 2007. Ce comportement s’avère plus masculin : 56% des jeunes garçons contre 36% de jeunes filles se sont biturés. Quelques préadolescents sont tombés dans un coma éthylique après avoir expérimenté cette troublante pratique, et pour certains, il s’est révélé mortel. Selon l’étude récente sur la consommation de drogue et d’alcool chez les jeunes, menée par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies (Mildt), nos chères têtes blondes ont, à 11 ans, déjà touché à l’alcool.

A l’évocation d’une telle « descente en enfer », des questions me brûlent les lèvres : pourquoi ces jeunes gens, qu’ils soient anglais ou français, sont-ils adeptes à ce point de cette pratique de haute voltige ? Que recherchent-ils ? Qu’est ce que ce comportement révèle ? Ces jeunes sont-ils si mal dans leur peau ? Ne les pousserait-on pas à se saouler ? A une époque pas si lointaine que cela, j’étais adolescente (j’ai 26 ans maintenant). Eh bien, en mettant bout à bout l’adolescence et l’âge adulte de notre groupe d’amies, nous ne dépassons pas leur triste record.

« Les jeunes qui se sont biturés le font de manière occasionnelle et festive, en bandes, avec pour beaucoup ce désir de défier leurs potes », affirme Evelyne Dorvillius, responsable adjointe de « Tête à Tête », lieu de prévention anonyme et gratuit du conseil général 93 ouvert depuis deux ans, situé au centre commercial Rosny 2. « Ils parlent de faire le mètre, c’est-à-dire boire une rangée de verres rapidement. » Selon elle, l’absence de cadre dans au moment de l’initiation à l’alcool des jeunes dans leurs familles, comme le veut la culture française, fait que les futurs biturés ne perçoivent pas leurs limites. Des cas dramatiques sont là pour en témoigner. Elle ajoute que lors de l’arrivée des secours, les jeunes ont du mal à faire confiance aux adultes secouristes, ce qui peut provoquer des complications pour leurs ami(e)s, au mieux.

C’est pourquoi, à Tête à Tête, les intervenants leur remémorent que les secours ne sont là ni pour les juger ni pour les punir, mais pour les aider. En outre, dans l’imaginaire collectif, plus l’alcool est fort, plus on atteindra rapidement l’ivresse. Or, un verre de bière équivaut à un verre de vodka ou de whisky en termes de grammage pur. C’est la quantité ingérée qui fait toute la différence. « Un jeune qui se sent bien dans sa peau ne voit dans la biture express ni le danger ni le risque d’addiction. Contrairement à un jeune en difficulté qui trouvera un intérêt à la pratiquer », explique Evelyne Dorvillius.

Grâce à l’exposition sur l’alcool et ses effets, qui a débuté le 11 juillet à Tête à Tête et qui se poursuivra jusqu’à la mi-septembre, les jeunes viennent parler de ce phénomène. Ils peuvent ainsi s’informer et constater les différents risques que peut engendrer l’abus d’alcool : risques sexuels, routiers et sanitaires.

Les alcools préférés des garçons sont dans l’ordre, la bière, les alcools forts et enfin les premix (mélange de boissons non alcoolisées et de boissons alcoolisées). A l’inverse, les filles préféreront les premix, puis le champagne et les bières. Les alcooliers ont donc de par leur opération marketing des premix, bel et bien atteint leur cible qui était, entre autres, les jeunes et le sexe féminin. Relooking de la bouteille, ajout d’arômes dans le but d’éduquer le palais à la prise d’alcool plus fort : la stratégie a été bien étudiée. Pourtant, les premix ont disparu un an après leur apparition en France en 1996 à la suite d’une taxe spécifique… pour réapparaître en 2002 en contournant la réglementation.

En France, on s’agite beaucoup en ce moment suite à l’étude de la Mildt : budget de 87,5 millions d’euros sur quatre ans, avec, notamment, l’apparition de spots trashs comme en Grande-Bretagne, où le « binge-drinking » fait des ravages. Le paradoxe, il est connu : l’industrie de l’alcool fait vivre 10% de la population française et les taxes sur l’alcool sont une source de revenu non négligeable pour les caisses de l’Etat !

Stéphanie Varet

Sources :
http://www.ofdt.fr/
www.alcoologie.org/+Grande-Bretagne-de-plus-en-plus-de+.html
http://ecolesdifferentes.free.fr/GBbingedrinking.html

Stéphanie Varet

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