Sans aucune prétention scientifique mais avec beaucoup de curiosité que d’aucuns diront suspecte, le Bondy Blog a pris connaissance des doléances des Bondynois de 1789.

Tout d’abord, nos recherches nous permettent d’affirmer que François Hollande (celui du 22 janvier 2012 au Bourget, ce qui est une précision utile car le garçon a été idéologiquement très protéiforme entre 2011 et 2017) avait un ancêtre à Bondy. Et c’est sûrement lui qui a rédigé l’article 3 du cahier de doléances : « Qu’on supprime le plus tôt possible […] toute cette multitude effroyable de financiers, que toute la nation regarde comme une peste cruelle qui ravage depuis longtemps les contrées du royaume ». Nous trouvons là une explication au fameux « l’ennemi c’est la finance » qui ne fut jamais suivi de rien. Pour cause, il ne s’agissait que d’un hommage à un ancêtre lointain.

Nous notons à l’article 5 une sensibilité toute relative à l’écologie « qu’on détruise entièrement les lapins, et surtout la grande bête qui dévaste les environs des forêts. Qu’on réduise les colombiers ». 2019 : doléance entendue, aucun lapin ni colombier observé à Bondy.

Que tout homme de mérite puisse parvenir à tout emploi quelconque

L’article 8 « que tout homme de mérite puisse parvenir à tout emploi quelconque » est une revendication qui s’applique à Bondy (taux de chômage de 22.3% en 2015) mais également à toute la France depuis la fin des trente glorieuses. Petite déception chez les Bondynois de 2019, un emploi quelconque n’est pas forcément un emploi épanouissant. Mais pouvons-nous reprocher aux Bondynois de 1789 de ne pas être suffisamment conscientisés sur la question ?

A l’article 9, « qu’on ouvre les yeux sur le prix excessif des blés, occasionné par les monopoleurs et qu’on les punisse de peines afflictives » il suffit de remplacer le mot « blés » par « pétrole » pour satisfaire les Bondynois d’aujourd’hui. Il est toutefois possible de noter que le blé est un ingrédient qui apparaît dans la confection du pain entrant dans la composition d’un kebab. Le prix de ce dernier ayant subi une augmentation non négligeable depuis une quinzaine d’années, nous pouvons affirmer sans trop nous avancer que cet article 9 est malheureusement toujours d’actualité.

Qu’on ait soin de l’éducation publique en dotant plus convenablement le maître d’école

L’article 10 évoque les problèmes d’éducation avec une clairvoyance actuelle et donc cruelle « qu’on ait soin de l’éducation publique en dotant plus convenablement le maître d’école ». Il est à noter qu’un professeur des écoles débutant, titulaire d’un bac+5, perçoit aux alentours de 1700e. Une dotation plus convenable serait donc souhaitée. Autrement dit, il s’agirait d’arrêter de faire les crevards quand c’est l’éducation des jeunes Bondynois et Français qui est en jeu.

Ce même article évoque les problèmes liés à la santé avec un petit peu moins d’acuité :  Qu’on mette enfin en garde contre cette foule d’assassins qui prennent le titre de chirurgien après avoir été peu de temps perruquiers dans la capitale et fréquenté Saint Cosme pour aller ensuite impunément dépeupler le royaume ». A Bondy, les coiffeurs peuvent vous faire des dégradés d’une précision chirurgicale mais vos organes resteront à leur place.

Devant ces similitudes, force est de constater que les doléances sont comme les promesses politiques. A ceci près que, selon la formule consacrée, ces dernières n’engagent que ceux qui les écoutent et les doléances, que ceux qui les écrivent donc.

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