A Bondy, pas besoin d’arriver des heures avant comme dans la fan-zone parisienne du Champ-de-Mars pour avoir sa place à Léo Lagrange. Il est 16h quand les spectateurs se mettent à faire la queue pour entrer au stade. Depuis le début de la Coupe, l’équipement sportif a été mis à la disposition par la mairie pour permettre aux habitants de regarder les matchs de l’équipe de France. Mais ce dimanche de finale est si particulier pour les Bondynois, bien plus que tous les matchs déjà joués par les Bleus : voilà qu’un des leurs, Kylian Mbappé, appelé « Kiki » ici, va affronter, à à peine 19 ans, les Croates en finale de la plus grande compétition de football au monde. « C’est une fierté pour la France, on est très content nous les Bondynois et pour tous les autres Français. C’est vraiment beau de voir un petit prodige de nos quartiers porter tous les espoirs d’une nation à seulement 19 ans. Il nous a régalés durant la compétition », témoigne Saïd Amar, jeune chauffeur de taxi de 30 ans, les étoiles pleins les yeux.

Drapeaux pris d’assaut

Pas besoin non plus de beaucoup de temps pour se rendre compte de l’engouement des Bondynois pour cette finale : dans les rues du centre-ville qui mènent au stade, les chants des supporters, les t-shirts aux couleurs de l’équipe, les concerts de klaxon et les visages maquillés en tricolore sont partout. La ville s’est transformée en une immense salle des fêtes à ciel ouvert. A l’entrée du stade, petits et grands prennent d’assaut les drapeaux offerts aux spectateurs. Dans la foule, des hommes, des femmes, de tous les âges, des passionnés de foot de toujours, des convertis de la dernière heure venus fêter cette finale de Coupe du monde. L’ambiance est très familiale et le soleil tape fort !

Au stade Léo Lagrange, la pelouse artificielle s’est vite remplie pour devenir noire de monde devant le grand écran. Voilà les Bleus qui font leur entrée sur le terrain. De vifs applaudissements et des cris sont réservés à Kylian MBappé. Puis vient la «Marseillaise» chantée avec une vigueur à donner des frissons.

Le match commence. Le fort pressing sur les Français effectué par l’attaque croate stresse beaucoup des supporters qui, à des milliers de kilomètres de Moscou, poussent des « Allez les Bleus » sincères d’encouragement.

L’attente d’un but signé Mbappé

Coup de sifflet. Durant les quinze premières minutes, la peur, le doute et un peu d’angoisse se lisent sur les visages des spectateurs alors que, dans leur insouciance, les enfants courent de tous les côtés. Les Croates maîtrisent le jeu. Maxime, lui, savoure malgré tout. « Rien à dire, que du bonheur ! Vingt ans après l’histoire est déjà belle. Ils le méritent tous. Ils ont écrit leur propre histoire. Et nous sommes déjà fiers d’eux ». Les Bondynois se détendent lorsque la Croatie marque contre son camp à la 18ème minute. Joie de courte durée quand les adversaires égalisent avant le pénalty transformé par Antoine Griezmann. La deuxième mi-temps s’annonce aussi stressante que la première.

Après le retour des vestiaires, les occasions se multiplient pour les Français et Kylian régale son public de Bondy avec ses accélérations dignes d’une fusée. La France n’est pas encore championne mais la fierté se lit dans les visages. « Aujourd’hui, ces petits jeunes ont prouvé à la nation qu’ils étaient capables du meilleur, eux issus de la diversité comme on dit, et ce, malgré leur origines sociales », réagit Saïd Chahlafi, 41 ans banquier bondynois, avant d’ajouter : « Les jeunes de quartier peuvent encore croire en leurs rêves. Nous avons vu grandir Kylian, il a réussi à réaliser ses objectifs. Donc, plus de persévérance, de détermination pour sortir de tout nos stéréotypes ».

Saïd Chahlafi, 41 ans, Bondynois : « Les jeunes de quartier peuvent encore croire en leurs rêves. Nous avons vu grandir Kylian, il a réussi à réaliser ses objectifs »

L’attente d’un but de l’enfant du pays était si grande. « Faut que Kylian marque », lance Saliha. Une finale sans but de Mbappé, ce serait une finale sans saveur. Le voici à la 65ème minute. La foule du stade s’est mise à crier et à chanter au cri de « Kylian, Kylian » ! Parmi les spectateurs qui exultent, Alasane Sy, 17 ans, élève d’une école de foot à Bondy. « On ne doute plus de nos talents. Kylian nous a montré qu’on peut venir des quartiers populaires et réussir. Nous sommes très fiers d’être français. On espère qu’un jour nous aussi nous défendrons les couleurs de notre pays ! Je suis très heureux ! »

Alors oui, il y a eu ce but stupide encaissé par Lloris un peu avant la fin et l’attente interminable des 5 minutes de temps additionnel, mais au bout de 95 minutes, le coup de sifflet final a été fêté comme il se doit par les Bondynois.

Partout dans la ville, chansons et klaxons ont résonné, les drapeaux tricolores ont flotté sur les voitures et sur le dos des jeunes gens qui ont enfourché leurs deux-roues pour fêter la victoire. C’est une vague bleue-blanc-rouge qui a envahi les rues de Bondy. « Tout le monde a rêvé de cette deuxième étoile. On peut enfin la broder sur nos maillots », témoigne Javier. Certains Bondynois ont quitté Bondy direction Paris et les Champs-Elysées, la plupart sont restés dans leur ville pour fêter entre amis ou en famille cette deuxième Coupe du monde de l’histoire du pays. Dans les rues de Bondy ce dimanche soir, il y avait beaucoup de passion : des gens qui ne se connaissent pas se sont embrassés, des danses se sont improvisées, des chants ont été entonnés avec vigueur. Dans les rues de Bondy, ce dimanche 15 juillet, il y avait surtout de la fierté. Celle d’avoir l’impression d’avoir marqué, en quelque sorte, l’histoire de France grâce à l’enfant du pays.

Kab NIANG

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