Journée ensoleillée. Les couloirs du collège Pablo Neruda d’Aulnay-sous-Bois (93) sont calmes. Ils ne ressemblent plus tout à fait à ceux d’un établissement scolaire en cette semaine de vacances de Pâques. L’institution est restée ouverte pour les besoins de plusieurs tournages : la classe de 3e F réalise un court-métrage, « Protection fraternelle » ; France Télévisions, elle, est venue mettre en boîte un téléfilm réalisé par Alain Tasma, « Lakdar », avec dans le rôle principal Samy Séghir (« Neuilly sa mère ! », « Michou d’Auber »).

Sur le plateau de tournage de « Lakdar », pas mal d’élèves qui apparaissent dans des scènes. Des bavardages ça et là, on se taquine en attendant le « ça tourne». « Il y a eu un casting au collège », raconte un jeune garçon assis. Les 3e F, eux, tournent ce jour-là la scène où Dany, un élève, est convoqué au commissariat de police. L’inspecteur est interprété par Moussa, un surveillant d’environ 25 ans au collège Pablo Neruda. Les élèves l’ont intégré dans le scénario. Kadeem et Jordan, élèves de 3e F, qui ne jouent aucun personnage dans le court-métrage, livrent des conseils, s’occupent de la caméra et des micros. Marc Montout, intervenant vidéo à la ville d’Aulnay-sous-Bois, apporte ses compétence techniques à toute l’équipe. C’est lui qui filme et initient les élèves à la caméra.

Moussa est prêt : blouson noir, brassard fluo « police ». « Silence plateau ! Action ! » Moussa et Dany jouent leur scène. Kadeem est au micro, Marc Montout à la caméra. Myriam Fraine (leur professeur documentalise) regarde, donne aussi des conseils. Nordine, élève, a décroché un petit rôle. En parlant avec ces jeunes, on se rend compte qu’ils ne sont pas à proprement parler des amateurs de cinéma. Ce qui les intéresse, ce sont les comédies, françaises ou venues d’ailleurs, peu importe. Jordan a un faible pour les séries américaines, Will Smith est son acteur préféré.

« Protection fraternelle » est l’histoire d’un jeune adolescent qui arrive dans un nouveau quartier et qui va fréquenter la sœur de son nouveau copain. Grave erreur, on ne sort pas avec la sœur de son copain ! Voilà donc l’élément perturbateur du film qui va mener l’histoire vers un côté sombre. Quand je leur demande ce qu’ils pensent de cet « interdit » qui constitue la trame du film, ils approuvent : « Ça ne se fait pas de sortir avec la sœur de son ami. »

Ce sont les collégiens eux-mêmes qui ont écrit le scénario du court-métrage. « Dès qu’ils avaient un moment de libre, ils venaient me voir pour savoir si j’étais libre pour les aider », explique Myriam Fraine. Le scénario fait une trentaine de page. L’enseignante est restée fidèle au propos dramaturgique des élèves. « C’est une vision de jeunes sur les jeunes. C’est beaucoup plus réaliste que si un adulte venant de l’extérieur faisait un film sur des jeunes de banlieue », dit-elle. Elle ajoute qu’« il a tout de même été nécessaire de les aider à ne pas entrer dans quelque chose de stéréotypé. Mes élèves ont parfois une image assez négative d’eux-mêmes, alors qu’il y a des choses qui sont plutôt pas mal. »

Voyons ce qui se passe sur le tournage de l’autre film, celui des pros, « Lakdar ». « Le cinéma me plaît beaucoup. Jaimerais en faire et continuer d’aller à l’école en parallèle, on ne sait jamais ! », espère  Samy Seghir, 15 ans (ci-contre). Lakdar, dans le film, est un garçon de banlieue passionné par le dessin. Sa vie va basculer le jour où il apprend qu’il est atteint de la maladie de Volkman, suite à un plâtre « mal posé » à son bras. Cette maladie empêche le sang de circuler correctement. Un handicap qui privera Lakdar de vivre sa passion. Cet accident dramatique va l’amené à « faire plein de bêtises ». D’où la scène de bagarre dans la cour de récréation. « Lakdar » parle aussi d’une enseignante issue d’un milieu relativement aisé, amenée à enseigner en banlieue. Le téléfilm s’attarde sur son insertion dans un quartier « sensible ». Samy s’identifie de loin au personnage. « Je vis aussi mais j’ai moins de problèmes que lui et je ne réagis pas comme lui », dit-il.

Moussa le surveillant regrette qu’à la télé, on ne parle jamais du « respect mutuel » que les jeunes de banlieue peuvent avoir entre eux. « Le respect c’est à tout âge. Je suis plus grand qu’eux – les élèves de 3e F – mais je les respecte. Je ne me permettrais pas de faire quelque chose qu’ils n’aiment pas. Eux me respectent aussi. » Ces jeunes déplorent que l’on parle beaucoup de diversité et de mixité mais que cela demeure peu visible au quotidien, surtout à la télévision. « Dans les films, les Noirs meurent les premiers », affirme Jordan.

Imane Youssfi

Imane Youssfi

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