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Plus jeune, la galère estivale était l’une de mes plus grandes appréhensions. Le mois d’août surtout, avec ses coups bas télévisés, comme la série  Extrême Limite avec Astrid Veillon (pour ceux qui s’en souviennent). Ce sitcom venait enfoncer le clou quand je cherchais des raisons de relativiser. Et cette réponse, quand mes potes, leurs valises presque prêtes, me demandaient où je partais cet été : « Pour moi, c’est Carrières Beach », blague pourrie bien connue des privés de vacances.

Tout ça, c’est fini. Comme s’il voulait tordre le cou à la boutade, Eddie Aït, jeune Maire de Carrières-Sous-Poissy et originaire de la ville, a décidé de prendre les choses en main. Depuis 2009, le stade municipal Bretagne se transforme chaque été, l’espace d’un mois, en « Carrières Plage ». Pour de vrai cette fois-ci !

Alors, chaises longues, parasols en paille, buvette et piscine géante remplacent les cages de foot du terrain stabilisé de la ville. Hors subventions, le projet coûte cette année 170 000 euros à la ville. Pour le Maire, aucun doute, l’opération est un succès, et l’investissement largement amorti par l’adhésion des Carriérois. « Dimanche 31 juillet, on a eu près de 500 personnes sur le site (qui peut en accueillir 700). Des jeunes et des moins jeunes. À mon sens, c’est là où réside son succès : il n’y a aucune barrière générationnelle.  Les gens viennent même en famille, et tous les Carrièrois se reconnaissent dans leur plage. »

Lundi 1er août, 11 heures du matin. Tandis que le thermomètre affiche déjà 27 degrés,  les premiers « vacanciers » arrivent, tout sourire. Ils sont tous Carrièrois,  et prennent directement leurs quartiers sous les chaises longues. « On est des habitués, confie une jeune maman, crème solaire à la main, glacière à ses pieds, et visiblement ravie, dès qu’il y a du soleil, j’embarque tous les enfants ici. Nous ne partons jamais en vacances, alors c’est un moyen pour nous de profiter un peu. »

Ses deux petites filles sont déjà dans la piscine. Et comme dans Alerte à Malibu, un maître-nageur veille au grain. À quelques mètres, trois petits garçons s’essayent à escalader de manière peu académique le toboggan géant. Très vite, ils sont repris par un animateur, t-shirt rouge, dont la seule voix suffit à les dissuader.

Alors, ils se séparent.  Momentanément. Deux des trois larrons s’en vont près de la buvette et le dernier court vers un hamac, avant d’en descendre à peine une minute plus tard, pour sprinter vers ses deux compères lorgnant des boissons avec insistance et désir. Un petit bout de Deauville, délocalisé à Carrières-Sous-Poissy.

Derrières les grillages qui délimitent la plage, il y a pourtant la réalité. À portée de vue, le foyer Sonacotra flambant neuf, et à quelques encablures, la cité, et ses problèmes classiques : chômage, délinquance et surtout, paupérisation. Bouteille d’eau à la main, à peine l’entrée franchie, Julie, la vingtaine passée, accompagnée de son petit, est catégorique : « Si la plage était dans une autre ville, même à côté, je n’y serais pas allée. Avec mon RSA, je n’ai pas les moyens de payer des transports. Là, je viens de la cité, à pied. »

À 3 euros l’entrée, et 2 pour les moins de 12 ans, les tarifs ont été volontairement fixés pour que Carrières Plage soit accessible à tous. Le prix est presque symbolique, d’autant plus que la mairie envoie régulièrement des invitations aux habitants, notamment aux plus démunis. Pour Eddie Aït, pas question pourtant d’accorder, à terme, un libre accès : « Si tu ne paies pas, il faut un justificatif, comme une invitation. Je veux que ceux qui viennent soient responsabilisés, et prennent conscience que derrière il y a un gros travail. Passer par un guichet fait partie de ces choses là. »

Certains voyaient déjà les jeunes des quartiers voisins semer la zizanie. Il n’en fut rien. Depuis 2009, aucun vol, ni dégradation. Les choses se passent bien, et à entendre le Maire, Carrières Plage va au-delà d’un simple rendez-vous annuel, « le but est que les Carriérois se retrouvent autour d’événements, pour qu’ils se forgent une mémoire collective. C’est une fierté pour moi de voir des gamins de la cité s’amuser à côté des seniors. Je veux que les gens aiment leur ville. »

L’été pourri n’a pas entamé l’engouement des Carriérois pour leur plage, en dépit de quelques fermetures ponctuelles, quand la pluie rendait le site complètement impraticable. « Il y a même une page de fans sur Facebook » lance le Maire, tout sourire, pas peur fier non plus de me montrer la liste de sponsors partenaires de Carrières Plage 2011. « La RATP, Bouygues ou encore la Poste… il y a du beau monde. C’est important que les habitants voient que leur ville existe et se développe. »

Ramsès Kefi

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