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Le Bondy Blog : La population de la « Jungle » a atteint un pic avec 6.000 réfugiés fin octobre. Comment expliquer cet afflux soudain ?

Christian Salomé : Il y a plusieurs facteurs. La nouvelle politique migratoire de l’Europe d’abord, qui a permis l’arrivée de plus de réfugiés à Calais. Autre explication possible, un effet mécanique lié à l’afflux des migrants venant de Paris. Ajoutez à ces migrants fatigués d’être systématiquement expulsés de leurs campements, les exilés calaisiens eux aussi évacués de leurs différents squats. Ils se retrouvent tous ici finalement où il existe un campement fixe et où le centre d’hébergement de jour fonctionne. Autre raison : l’arsenal pour empêcher les passages en Angleterre s’est intensifié. Les autorités ont mis le paquet sur la sécurisation du site d’Eurotunnel et de la rocade pour les camions qui se rendent au port de Calais : grillages, barbelés, 400 caméras pour surveiller 650 hectares, renforts policiers, hommes et chiens. La frontière est devenue quasi infranchissable. Tous ces facteurs ont mené à la sédentarisation des migrants dans un même lieu.

La majeure partie de la « Jungle » est située en zone Seveso, en raison de sa proximité immédiate avec deux usines chimiques. Quelles sont les conséquences pour les migrants ?

Le terrain est particulièrement pourri. Le camp s’étale sur une ancienne décharge sauvage où les réfugiés vivent sous des bâches ou dehors, sur un sol inondable. C’est extrêmement dangereux, les migrants sont exposés à de nombreux risques. Les deux usines chimiques sont situées à quelque 300 mètres du camp et font ainsi encourir à une grande partie des migrants des risques et ce depuis le début. Nous le savions depuis longtemps et avions demandé d’autres emplacements. C’est regrettable que cela n’ait pas été pris en compte dès la formation du camp, mais à présent, il est trop tard pour déplacer 6.000 personnes.

En plus du problème de surpopulation, les conditions sanitaires sont déplorables. La situation peut-elle être explosive ?

Elle était déjà très précaire avant l’été. Il n’y a que quatre points d’eau installés sur le site (il en faudrait 10 de plus) et 60 douches au sein du centre d’accueil de jour qui propose un logement spécifique pour 100 personnes, femmes et enfants. Ça reste très en deçà des standards internationaux. Enfin aucun dispositif régulier de ramassage des ordures a été mis en place. Rien ne répond aux exigences sanitaires en France, ni dans un camp de réfugiés. Nous avons aussi constaté des crevaisons sur les semblants de canalisations, les eaux usées débordent sur les points d’eau. Conséquence : les personnes sont exposées à diverses infections et contaminations. Ce qu’il faudrait, cest un vrai camp de réfugiés comme en Afrique.

Le gouvernement a annoncé un dispositif humanitaire censé offrir à 1.500 personnes un logement en dur et en clos au sein même de la « Jungle » d’ici le 31 décembre. C’est suffisant ?

Non. Que fait-on des deux tiers restants ? Il y aura plus de promiscuité et donc des tensions encore plus fortes. Cela va aggraver la situation des 2.500 autres et créer de la jalousie entre les heureux élus du site et les autres.

Propos recueillis par Leila Khouiel

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