En pénétrant à Paris Manga pour la première fois, on ne sait pas exactement à quoi s’attendre, sauf si on prend le temps de consulter le programme en longueur. Ce que je n’ai pas fait. J’ai donc été très surpris de voir un tatami à la place d’une énième boutique à la gloire de Dragon Ball Z.

La première chose à faire, avant de pénétrer sur le tatami, est d’enlever ses chaussures, son sac et son manteau. Ça commence fort avec des roulades. Pas celles que vous avez l’habitude -ou pas- d’effectuer. Ce sont celles que vous voyez dans les films d’arts-martiaux. Les curieux qui participent à l’initiation avec moi sont assez nombreux, de sorte que nous ne pouvons pas tous effectuer les roulades en même temps.

Il faut se concentrer pour effectuer correctement les mouvements et accessoirement s’épargner la honte d’une gamelle devant plusieurs spectateurs qui ont les yeux rivés sur vous. Mais je suis désormais un pratiquant du Ninjutsu !

Nous accomplissons plusieurs figures individuellement, toujours sous le contrôle des « senseis ». C’est la première fois que je les effectue. Après cela, nous passons aux exercices à deux. On nous enseigne des mouvements aptes à nous dégager d’une emprise. Ce qui surprend c’est le constat que la force brute n’a pas d’importance. En effet, il suffit (dans la majorité des cas) de se servir à bon escient de sa flexibilité et du transfert de masse dans son corps. C’est-à-dire bouger rapidement plutôt que de perdre son temps et son énergie à utiliser sa force. On n’est pas loin de transpirer une fois que l’initiation est terminée. C’est très physique! Avant de quitter le tatami, on nous demande de saluer. Le respect est une valeur fondamentale de cet art-martial.

Que signifie « ninjutsu »? Amel explique: « jutsu » ça veut dire technique ». « Nin » a plusieurs significations, entre autre « endurer ». On apprend des techniques simples et efficaces dont la finalité est de répondre à une agression. « Le lien avec le monde du manga? « Evidemment, si je prend le terme de ninjutsu, je pense à ninja, donc à Naruto. » La jeune génération est souvent attirée vers les arts-martiaux grâce aux mangas et en particulier aux shonens (Dragon Ball Z, One Piece…).

Émilien, autre instructeur a également conscience du fait que le succès de Naruto a promu les arts-martiaux auprès des jeunes. Mais il y a eu avant Les Tortues Ninja (bande dessinée américaine) au cours des années 80 et après Dragon Ball Z. « Malheureusement, du fait de la mauvaise presse du manga et de l’animé, le ninjutsu a été dévalorisé. » TF1 a eu des ennuis avec le CSA lorsqu’il diffusait Dragon Ball Z… qui a battu des records d’audience sur Direct Star. « DBZ a apporté cette mentalité du don de soi, de l’envie de se donner pour les autres, de s’entraîner dur car les ennemis sont de plus en plus forts. Les métaphores sur le fait de se transformer (par exemple en super sayen), c’est une référence à l’hindouisme ».

Comme j’ai beaucoup d’imagination, pendant un instant je vous cache pas que je me suis pris pour Sangoku  (héros de DBZ) pendant les exercices. J’ai même joint les mains dans une tentative désespérée de faire un kamé hamé Ha (faire sortir de mes doigts une boule de feu capable de détruire la planète). Certes tout le monde m’a regardé de travers, mais quel  garçon de moins de 30 ans n’a jamais essayé dans la solitude de sa chambre ?

Olufémi Ajayi

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