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Quand des ados se cuitent à l’alcool nuit et jour, d’autres, encore plus jeunes, se shootent au Coca. C’est devenu une habitude dans certaines familles que de donner à boire aux enfants, dès l’âge de 2 ans, le mythique soda plein de bulles et plein de sucre. L’une des boissons les plus vendues au monde coule à flots dans le gosier des bambins. Elle en vient parfois à remplacer le lait. L’autre jour, dans le bus, je tombe nez à nez avec une maman d’une trentaine d’années accompagnée de ses deux enfants, des jumelles âgées de 2 ou 3 ans. L’une des petites semble réclamer avec insistance un petit quelque chose. Je m’attends à un biberon, un jouet, un bonbon. J’ai tout faux : la maman tend à sa petite fille une bouteille de Fanta, toute prête à être consommée.

Tout d’abord, je suis surprise par la taille de la bouteille déposée sur les genoux de l’enfant : elle la dépasse presque. Ensuite, il faut voir les yeux de la bambine ! Elle semble tenir entre ses mains une boisson magique qui fait d’elle la plus heureuse du monde. Mais ce qui me subjugue – j’en parle en tant qu’ex-droguée du Coca –, c’est la vitesse à laquelle cette petite, avec l’aide de sa mère et de son autre sœur, engloutit la bouteille. A chaque gorgée, les deux petites sont comme en transe. Elles se passent la bouteille comme deux alcoolos.

Dans le bus, je ne suis pas la seule à observer la scène. Un jeune assis près de la maman lui fait cette remarque : « Madame, c’est du Fanta qu’elles boivent les petites, je sais que c’est bon, mais à leur âge, faut faire attention, vous n’avez pas peur ? » La mère ricane, comme si le jeune homme venait de lui lancer une vanne, et rétorque : « Oh non ! Elles aiment bien ça, alors une fois de temps en temps, ça ne fait pas de mal ! »

Le cas de cette jeune mère est loin d’être isolé. Cette addiction aux sodas est fréquente dans les familles arabes et noires, d’autant plus lorsque le vin n’est pas présent à la table des parents. L’eau n’est bue qu’en cas de sécheresse totale à la maison, c’est-à-dire lorsqu’il n’y plus de Coca ou de Fanta dans le frigo… Alors, quand un tout petit voit constamment cette bouteille à l’étiquette rouge ou orange passer devant ses yeux, il finit forcément par en réclamer ! Les mamans ne savent plus quoi faire : ne plus acheter de soda ? Ça voudrait dire se priver soi-même et là, dans les familles, il y en a plus d’un qui vont faire la gueule. La solution que beaucoup de mamans ont adoptée pour avoir bonne conscience et la paix autour de la table, c’est un fond verre seulement donné aux tout petits. Mais si on fait le calcul, un fond tout les jours, plusieurs fois par jour, à la fin de la semaine, ça fait une bouteille de plus d’un litre.

Certes, un pack de Coca, c’est moins cher que du Candia Babylait. La crise, oui, c’est dur, mais ce n’est pas une raison pour droguer nos enfants aux boissons gazeuses hyper-sucrées. On commence à deux ans par le Coca, on continue à douze avec le champagne et on finit à seize par un flacon de whisky dans le cartable ! Fin de l’histoire : je suis descendue de mon bus, j’ai laissé les deux petites siroter jusqu’au bout leur cocktail favori, en pensant que j’avais bien fait d’arrêter le Coca !

Zineb Mirad
(Paru le 4 février 2009)

Zineb Mirad –

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