Dans son dernier ouvrage, Les pompiers pyromanes, Pascal Boniface dresse le portrait des « experts qui alimentent l’antisémitisme et l’islamophobie ». Rencontre.
Si la pyromanie est la fascination extrême pour le feu, c’est une fascination extrême pour la polémique que semblent partager Caroline Fourest, Frédéric Haziza ou encore Frédéric Encel dans la vie et dans le livre de Pascal Boniface Les pompiers pyromanes aux éditions Max Milo.
A la lecture de ce livre, on peut avoir l’impression que Pascal Boniface « règle des comptes » ce dont il se défend. « Je réponds à des accusations, si règlement de comptes signifie débattre, alors oui je règle des comptes. Mais le règlement de comptes c’est quand on prend à partie quelqu’un sans l’affronter, comme ce que fait Frédéric Haziza qui tweete ou parle de moi sur Radio J, mais qui refuse de m’avoir en face de lui pour un débat ».
Ce sont des batailles d’idées, mais également d’influences que relate le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, l’IRIS, dans son ouvrage qui permettent de comprendre l’omniprésence médiatique d’un Hassen Chalghoumi ou d’un Bernard Henri-Lévy. « Les plus grands et véritables intellectuels comme Raymond Aron ont discrédité Bernard-Henri Lévy mais il s’est bâti un système d’influences dans les médias qui fait que certains ont peur de lui ». Quant à Hassen Chalgoumi, il montre la différence entre les réalités du terrain et ce que créent les médias « il y a une différence entre la légitimité du terrain et la bulle médiatique, mais les gens ne sont pas idiots et heureusement il y a les réseaux sociaux pour faire tomber les arnaques ». Pascal Boniface prend donc soin de retracer le parcours et les connexions de ce « drôle de paroissien ».
« Des acteurs unipersonnels »
Comme il retrace les fois où Caroline Fourest s’est mise en indélicatesse avec la vérité ou a, sans raison apparente, émis des doutes quant à l’agression d’une jeune fille voilée et s’interroge « la vraie question concernant Caroline Fourest, c’est pourquoi alors que tout le monde sait qu’elle est une menteuse, elle a encore pignon sur rue ? Mais je pense qu’elle est prisonnière du personnage qu’elle a créé. Elle ne supporte pas qu’on la contredise, mais à l’origine elle a un engagement sincère pour la cause féministe et homosexuelle, reste qu’elle a un ego surdimensionné ».
Pascal Boniface évoque également à juste titre le fait qu’Alain Soral, auquel un chapitre est également consacré, et Frédéric Haziza se nourrissent l’un l’autre, ils sont pour lui « un couple parfait », ainsi il écrit dans un chapitre intitulé « Frédéric Haziza : Déontologie ? Connais pas ! ». « Par une attaque haineuse lancée contre lui, Soral a rendu Haziza intouchable […] Mais le sentiment d’impunité d’Haziza le conduit à des comportements qui ne seraient acceptés pour personne d’autre et permet à Soral de répandre sur les réseaux sociaux son message de la toute-puissance des juifs dans les médias ». Ainsi, une mécanique idéologique extrêmement dangereuse est créée, une dangerosité dont Frédéric Haziza n’est pas conscient selon Pascal Boniface, car « il n’a jamais franchi le périph à part pour prendre l’avion ». Quant à Alain Soral « il en est bien conscient, mais il s’en fout ». « Moi ce qui me va très bien c’est que pour Haziza je suis antisémite et que pour Soral je suis vendu aux juifs ».
Justement, avec ce livre, Pascal Boniface se défend également de cette étiquette d’antisémite que certains lui collent « critiquer la politique de Netanyahu ce n’est pas être antisémite. Si je l’étais, je n’aurais pas reçu le soutien d’André Schmer face aux accusations d’Haziza ».
Au-delà des idées, Pascal Boniface pointe également les actions ou plutôt l’absence d’action de ces « pompiers pyromanes », « ces gens-là sont des acteurs unipersonnels. Je ne vois pas ces gens-là invités à Amnesty International. On ne dénonce pas ces manipulations de l’opinion à travers des associations bidons comme “Onze Janvier” de Mohamed Sifaoui où il doit être le seul ».
C’est donc sans langue de bois que dans ce livre, le directeur de l’IRIS livre ses points de vue, comme il a déjà pu le faire par le passé, mais il n’oublie pas ses responsabilités « je serais plus libre si je n’étais pas à l’IRIS. Je ne serais pas la cible d’autant d’attaques, car je représenterais moins une menace. Je suis responsable de vingt-cinq salariés je dois donc concilier ma liberté d’expression et ma situation de patron de think tank ». En bref, Pascal Boniface dénonce, mais ne joue pas avec le feu.
Latifa Oulkhouir

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