Mardi 10 juillet 2012, mon seul jour de congé de la semaine. Les vacances d’été donne à ma ville, Vitry-sur-Seine, un air de tranquillité. Je reçois un texto d’un ami me disant qu’il y a une prise d’otages à Vitry. Je crois à une blague. Mais en allumant la télé, je vois que c’est bel et bien  réel :  Cet évènement se passe bien à deux pas de chez moi ! Je décide de me rendre sur place.

Je sais déjà qu’un homme d’une trentaine d’années a pris en otages dès 7h du matin des enfants et leurs animateurs à l’école Charles-Perrault. Puis, un père de famille qui déposait son petit au centre de loisirs a proposé à l’homme de relâcher les enfants et de le retenir en otage, lui. Il s’exécute, le prend donc en otage et relâche les enfants.

Bien sûr, le quartier est bouclé. J’essaie d’accéder par le parc des coteaux qui donne directement sur l’école. Encore une fois, impossible de passer. Un habitant des environs me confie qu’on lui a aussi interdit l’accès. Il devait voir sa tante qui vient d’être évacuée vers l’autre école la plus proche, Diderot. « Elle m’a dit qu’un car est venu les chercher à 7h30, sans leur dire au début ce qu’il se passait…. Elle avait peur que ce soit quelque chose de grave ! » raconte-t-il.

Un autre voisin âgé d’une cinquantaine d’années se joint à notre conversation : « C’est bizarre. Vitry avait retrouvé son calme depuis quelque temps… Mais là, plus du tout ! Il y a deux jours, à l’école Charles-Perrault, le feu a été allumé à deux reprises et quelques jours auparavant des policiers ont été agressés !» Ce monsieur tient même un discours politique : « C’est la faute au gouvernement : On n’est plus en sécurité nulle part ! ».

En me rapprochant du lieu, derrière le parc, j’observe une armée de journalistes, d’unités de police et de curieux. Une voisine s’écrie : « De toute ma vie, je n’ai jamais vu cela !». On attend. A 12h, on nous annonce que tout est fini. L’homme a été interpellé. Pourtant, même Amaury de Hautecloque, le patron du Raid, n’explique pas quelles ont été les motivations du preneur d’otage… Saura-t-on jamais pour quelle raison cet homme a pris la décision de prendre en otage un groupe d’enfants puis un père de famille, un matin de juillet ?

Dans le hall de l’école Diderot, les habitants évacués apprennent aussi par Joël. P, le président de la Croix Rouge du secteur de Vitry-sur seine, que tout est rentré dans l’ordre. Ils applaudissent. Puis c’est au tour du 1er adjoint au maire de Vitry, Jean-Claude Kennedy, de prendre la parole. Il délivre un message de soulagement et d’apaisement pour rassurer les familles. « Tous s’est bien passé. Vous allez pouvoir rentrer chez vous. Ceux qui partent en vacances, profitez de vos séjours et bonnes vacances pour les autres à Vitry ! Profitez des nombreuses activités offertes par la ville. Merci !»

Après ces paroles rassurantes, et les remerciements collectifs au président de la Croix rouge de Vitry-sur-Seine, les habitants se sentent-ils néanmoins en sécurité ? Je pose la question à une voisine qui a écouté le discours avec attention : « Franchement, non. Parce-que même si la rue des Papelots où nous résidons n’a jamais connu ce genre de situations, elles peuvent arriver partout ! ». Puis elle se dit soulagée qu’il n’y ait pas eu de blessés ou de dégâts. Moi aussi.

Irène  Alambwa

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022