En ce début d’été il me faut oublier la plage, les cocotiers et le sable fin, car étudier dans une grande école a du bon jusqu’au jour où la note de frais de scolarité tombe. Heureusement il existe des solutions. Laissant derrière eux des postes vides, de nombreux salariés de la fonction publique hospitalière partent en vacances dès le mois de juin. C’est alors que débarque une armée de remplaçants intérimaires dont je fais partie.

Cette armée c’est autant de paires d’yeux et d’oreilles qui seront plongées en immersion dans le monde de l’hôpital. Mais pourtant après quelques semaines d’emplois saisonniers j’en viendrais presque à ne pas regretter. Car croyez-moi, débarquer dans une équipe hospitalière déjà constituée vaut bien la meilleure série TV de l’été. Première expérience du monde du travail, premier contact avec l’administration publique, premier épisode, qui s’avère fastidieux, de mise en place des personnages et du contexte.

Les toutes premières heures passées à s’occuper de lourds cartons remplis de dossiers brisent d’entrée tous les clichés admis sur les fonctionnaires. Mais au cours de ces rangements un énorme dossier attire mon attention. Une fois ouvert, j’ai l’impression de me trouver devant un de ces exemples caricaturaux appréciés par nos champions libéraux. D’après son dossier d’infirmière, Madame Pépère aurait passé 6 de ses 12 ans d’ancienneté en arrêt maladie et congés divers. Quelle carrière !

La responsable « paie » s’avoue vaincue : elle prend souvent des cours de droit hospitalier donnés par des employés très au courant des législations portant sur les congés. A cette étape de la série, vous sentez votre diable reagano-thatchérien se réveiller en vous, vous l’entendez commencer à chantonner « tous des fainéants ces fonctionnaires ». C’est compter sans Super-Mélenchon, qui le mettra KO.

Sous le soleil brulant de ce mois de juillet, vous n’avez qu’une hâte, c’est de rentrer vite chez vous. Puis vous imaginez avec dégoût – mais y’en a qui kiffent – l’épisode hammam du RER et vous finissez alors votre journée dans une humeur maussade. D’autres ne pensent même pas à ces frotti-frotta sudoripares, car l’hôpital est leur maison. L’état du marché immobilier ayant jeté à la rue plusieurs membres du personnel, l’hôpital leur a réservé des lits la nuit. Le soir venu, ils s’endorment sur ces lits qu’ils ont poussés toute la journée. Même les chirurgiens (oui, les filles, même les chirurgiens) s’y couchent, à l’instar de Derek, grand brun aux yeux bleus vivant dans une roulotte. Les scénaristes sont décidément très doués…

Venons-en à la pause café. Le temps d’un expresso, j’ingurgite l’équivalent de l’intégrale des « Feux de l’amour ». Ainsi, Madame Badaboum aurait été mise en probation pour affaire de mœurs durant sa garde ? Mieux que le Cluedo, le nouveau jeu de l’été est : « Trouver qui a amusé Madame Badaboum durant ses heures de garde. » Le CSA lève un sourcil et se demande si cette série peut continuer à être diffusée « à une heure de grande écoute ».

Je mène ma propre investigation et soupçonne Monsieur Bambou. Malheureusement une secrétaire me vole la vedette, révèle l’info, et attire définitivement les foudres du CSA sur la série : « Je sais qui a fricoté avec la Badaboum. J’accuse, Monsieur Crik Crak, dans la salle de garde, avec un ***… »

« Merci  Thérèse, merci. »

Rémi Hattinguais

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