Toc-toc. D’un coup de vent, le mal peut s’immiscer dans votre foyer. Ce qui se trame de l’autre côté du judas n’est pas toujours de bon augure.

Tout commence un soir après une éreintante longue journée de travail. C’est connu, après l’effort le réconfort… L’avion s’écrase sans cris et gare sur le tarmac-canapé. Les yeux enlisés, je sens que je m’en vais rejoindre les bras de Morphée sans me faire prier. Soudain j’entends que l’on frappe à ma porte. À chaque toc-toc, mes poils se hérissent. L’objet de ma complainte se tapit sournoisement dans l’ombre de ma porte. Il essaie de se faufiler tel un serpent avec son discours préétabli. Je les flaire à des kilomètres à la ronde toutes ces espèces machiavéliques, les boas, les couleuvres, les pythons…

Je ne vous cache pas que j’ai eu des envies de meurtre. Un homme se tenait face à moi le sourire en évidence. Il avait le crâne chauve, le teint clair accompagné d’une moustache foisonnante. Qui cela peut-il bien être ? Un témoin de Jéhovah ? Non, ils viennent en général à deux et pas le soir. Un vendeur de portes ou de fenêtres ? Non il n’était pas sur son 31.

D’une phrase, il se présente avec bonhomie, me soufflant son accent créole à bout portant. Il veut me refourguer à tout prix la fibre optique avec SFR. Il est sympathique, mais il débite comme une mitraillette son argumentaire. J’essaie de m’échapper avec courtoisie, mais le bougre est coriace. Il alimente chaque rafale par un sourire… Tonton la banane (c’est tabou en ce moment), la carotte ce n’est pas à moi que tu vas la mettre. Malgré tout cela j’ai de l’empathie, je me revois essayer de refourguer du triple vitrage et des portes-fenêtres par téléphone. Derrière son rictus complaisant se cache un homme qui pleure sa commission pour joindre les deux bouts. On est mercredi soir, cela fait une demie-heure qu’il me raconte sa vie, je sature. « Monsieur quoi qu’il arrive, ce n’est pas moi qui décide c’est ma mère et elle n’est pas là. »

L’ascenseur s’ouvre, elle débarque tout sourire téléphone à la main. Ma mère entre après de brèves salutations. J’ai cru mourir. Le visage du moustachu s’illumine et le conforte dans son raisonnement. « Elle est là, vous pouvez lui en faire part de vive voix. – Vous savez elle vient d’arriver, la matraquer avec des chiffres ce n’est pas correct ! Je lui en parlerai ultérieurement. »

Il me dit qu’il sera dans les environs dans la semaine, au cas où. Il me demande mon numéro de téléphone je lui donne, de toute façon je ne répondrai pas. À mon avis l’affaire est close, la vie continue. Samedi je m’en vais à la salle de sport, une surprise m’attend à mon retour. Ma mère croit me faire une surprise et m’annonce avec stupeur, « j’ai souscrit à SFR. » Je reprends mes esprits, mais tout le monde fait des erreurs, surtout que ma mère ne connaît pas ce monde fourbe où la politique est de tout enjoliver pour séduire la clientèle.

Lundi je suis au travail, les enfants sont particulièrement agités. La journée est presque terminée, il y a ce numéro qui a essayé de me joindre. Je rappelle, j’essaye de savoir qui est mon interlocuteur. Son prénom ne me dit rien, mais je reconnais son accent et il signe avec SFR. Mon rythme cardiaque commence à s’intensifier. Dans ma tête il y a cette phrase qui résonne : « C’est le mec qui a arnaqué ta mère ! »

J’essaie de me contrôler car les enfants sont auprès de moi, il risque de ne pas comprendre pourquoi tant d’énervement de la part d’une personne qui leur dit à longueur de journée : « calme toi, doucement ». Il me demande si j’ai bien reçu l’e-mail. Je coupe court : « Je suis désolé mais je suis au travail ». Je rentre chez moi et demande à mère :

– Pourquoi le mec de SFR m’a appelé ? Qu’est-ce qu’il me veut encore ?

– Je te l’ai dit la dernière fois, sûrement parce que j’ai signé.

Ma petite sœur rentre, je la brieffe sur la situation qui me dépasse. Elle n’y va pas par quatre chemins : « Maman c’est chaud… Depuis que tu travailles avec les personnes âgées, tu tombes dans les même pièges qu’elles ! »

La punchline fait son effet, tout le monde rigole. Finalement, on s’est rabattu sur l’ultime solution : la rétractation sous sept jours. J’ai appris que le tact ne fait pas bon ménage quand un serpent à sonnette sonne à votre porte.

Lansala Delcielo

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