Peut-être se plaint-on trop. Peut-être est-ce normal, finalement, qu’une femme voilée ne puisse pas faire la sieste sur la plage. Peut-être avons-nous eu tort de la défendre, cette femme. Peut-être les policiers ont-ils eu raison de la réveiller, puis de lui ordonner de quitter la plage. Peut être que tout cela est tout à fait acceptable et peut être devrions-nous fermer nos gueules. Ne plus rien dire. Se soumettre à ces lois qui « interdisent ». C’est tellement reposant d’être soumis. Peut-être n’avons-nous pas compris que nous étions dans un pays qui avait la culture de l’interdit quand il s’agissait d’un voile, sous prétexte de la laïcité.
Peut être, finalement, Julien Dray avait-il raison quand il suggérait que ces photos « n’avaient rien de photos surprises » et qu’elles étaient montées de toutes pièces. Et même si l’agence de photos avait démenti toute « mise en scène », sans doute mentait-elle. Sans doute cette femme avait-elle préalablement contacté un photographe, s’était exposée sur cette plage de galets, avait demandé qu’il la photographie pendant sa sieste et avait recruté, par la suite trois hommes, déguisés en policiers, venus l’arrêter pour faire « le buzz ». C’est possible. Peur être faisions-nous fausse route en défendant l’indéfendable : cette femme qui, une journée d’août, avait provoqué la police et par la police, avait provoqué l’Etat.
Et sans doute l’Etat avait-il totalement raison d’être hermétique à sa provocation en ne disant rien, en restant totalement silencieux, en espérant que cette affaire se tasse comme toutes les autres s’étaient tassées avant elle. Sans doute avions-nous eu des réactions disproportionnées. Tout simplement. Sans doute fallait-il faire comme l’Etat d’ailleurs : ne rien dire. Laisser faire. Laisser cette femme se faire verbaliser alors qu’elle faisait une sieste. Sans doute l’avait-elle bien mérité. Et puis, sans doute devrions-nous ne rien écrire à ce sujet, peut-être était-ce trop de revenir sur ce fait absolument divers. Peut-être le rédacteur en chef de France 2, Olivier Siou, avait-il raison de se demander sur Twitter : « Quelle pudeur y-a-t-il à s’afficher voilée sur une plage où le regard tombe sans arrêt sur des corps dénudés supposés offenser la pudeur ? »
Sans doute devions-nous profiter de la fin de l’été, de la chaleur des rues, de la fraîcheur de l’eau, de la poésie du temps et des rebelles qui se cachent dans les égouts. Sans doute, les femmes voilées devaient rester chez elles, faire la cuisine comme elles le font si bien, offrir des bébés à leurs maris, ne pas sortir, ne pas trop rire, ne pas se baigner parce qu’elles risqueraient d’effrayer les riverains. Sans doute, les journalistes réactionnaires telle Eugenie Bastie avait raison de se battre comme des lions contre ce communautarisme rampant. Et depuis le début, sans doute avions-nous tort de nous opposer à eux. A la Raison. Dans ces cas-là, sans doute devions-nous avoir honte de nous.
Mehdi MEKLAT et Badroudine SAID ABDALLAH
C'est tellement reposant d'être soumis
Articles liés
-
Après Trappes, le procès du racisme médiatique
Depuis l'attentat raciste de Trappes, la colère contre les médias ne retombe pas. Accusées d'avoir promu les discours de haine, les chaînes d'information en continu cristallisent les critiques. Une étude sur la couverture télévisuelle de l'attaque révèle aussi la place dérisoire accordée aux victimes, comparée à celle réservée aux dégâts matériels des manifestations.
-
Rue d’Aubagne : huit ans après, le logement indigne tue encore à Marseille
À la veille de l'ouverture du procès en appel des effondrements de la rue d'Aubagne, qui avaient fait huit morts en 2018, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche à Marseille pour réclamer un logement digne. Huit ans après le drame, les habitants dénoncent une situation qui perdure et entendent inscrire leur combat dans le mouvement contre la vie chère.
-
Les antifascistes font barrage au week-end de la « remigration »
À la veille de l'acte III des mobilisations sociales, les antifascistes s'organisent pour faire barrage à trois événements d'extrême droite annoncés en région parisienne. Deux ont été interdits jeudi 29 octobre, quelques jours après l'attentat raciste de Trappes. Une première victoire pour les militants, qui n'entendent pas baisser la garde.