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Ce matin n’était pas un matin comme les autres pour les chibanis du Faubourg Saint Antoine, dans le XI° arrondissement parisien. Depuis quelques jours, ils s’endormaient et se levaient confiants, des promesses de logement ayant été adressées à seize d’entre eux mettant fin à l’angoisse dans laquelle il vivait depuis l’été dernier.

Seulement voilà, ce matin, aux alentours de 7 heures ce sont des CRS accompagnés de déménageurs qui ont débarqué pour les expulser. La surprise a vite laissé place au stress et à l’angoisse chez ces vieux messieurs quand ils ont compris qu’il fallait vider les lieux. Layachi Ait Baaziz se tourne un peu pour me montrer son sac à dos « c’est tout ce que j’ai pu prendre, c’est pas digne » me dit-il, « j’avais tellement peur et y’avait trop d’affaires, je savais pas par quoi commencer. J’ai même oublié mes médicaments. Ils auraient pu nous prévenir quand même, je comprends pas. En plus y’en a qui sont en vacances au bled en ce moment, va falloir qu’ils reviennent. On est en 2015 et y’a des choses comme ça qui arrivent ».

image (2)Ils ont dû quitter les lieux tandis que les déménageurs se sont chargés d’empaqueter ce qu’il y avait dans chaque chambre et de les déposer dans un entrepôt en attendant que chacun vienne chercher ses affaires dans les prochains jours.

Cette expulsion, la préfecture de police la fonde sur la dangerosité de l’immeuble, une dangerosité qui n’est pourtant pas nouvelle. Voilà des années que ces chibanis vivaient dans des conditions indignes sans que les autorités s’y attardent.

En attendant leur relogement, les chibanis sont hebergés dans un foyer d’urgence du XIIIe arrondissement. Leur première nuit dans un lieu salubre est donc arrivée plus vite que prévu mais ils auraient aimé prendre le temps de faire leurs affaires, de dire au revoir à cet hôtel, tout insalubre soit-il, mais dans lequel ils ont passé tant d’années, dans lequel ils se sont rencontrés, mobilisés et battus.

image (3)Ce soir, des CRS sont encore là pour bloquer l’accès à l’immeuble. Sur le trottoir d’en face, ils sont une trentaine de militants associatifs, des voisins, pour les soutenir. Au milieu d’eux les chibanis sont là et espèrent pouvoir récupérer leurs affaires au plus vite mais espèrent par-dessus tout qu’il y aura des propositions de relogement pour tous et qu’ils pourront emménager bientôt. C’est avec le sourire que Layachi Ait Baaziz parle du logement qu’on lui a proposé et qu’il a accepté, un sourire qui s’élargit quand il voit son ami Mohamed Amrouni danser sur la chanson « Chibanis » de Zebda en narguant gentiment les CRS sur le trottoir d’en face.

Ce dernier m’invite à la rejoindre me regarde en souriant et me dit « tu sais dans les situations comme ça, faut chanter et danser si tu veux pas que le ciel te tombe sur la tête. Il y a que ça ». C’est ainsi que ce soir il a regagné un peu de la dignité qu’on lui a enlevé ce matin en l’expulsant de chez lui de cette manière.

Latifa Oulkhouir

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