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Avez-vous entendu parler de ce site comico-sympathico-pervers ? Ce site où on fait des rencontres en tout genre, amicales et plus si affinités. Mais non, je ne parle pas de Meetic. Celui qui m’amène s’appelle Chatroulette (prononcez tachtroulette), allusion à la roulette russe, tant tout y est aléatoire. L’approche en est très simple : se connecter et cliquer sur « play ». Dès lors, votre webcam s’allume, si vous en disposez d’une, et vous voilà en tchat audio et vidéo avec la terre entière. On tchate donc, et on clique sur « next » pour passer à quelqu’un d’autre. Les quelques fois où je me suis branchée sur ce site, j’ai passé plus de temps à nexter les gens qu’à discuter avec eux.

Pourquoi cela ? Eh bien parce Chatroulette est un nid de pervers. Un grand nombre d’hommes y prennent leur pied avec leur main, nus devant leur cam. La majorité des connectés vient d’Allemagne, des Etats-Unis, des pays de l’Est, mais aussi de Turquie et du Canada. L’anglais est la langue commune. Toute discussion commence par « hi », salut in English. Je me suis amusée à essayer de deviner l’origine de mon interlocuteur (trice) et visiblement je suis douée à ce jeu. Je ne me trompe presque jamais.

Sur ce site, on a droit à tout type de personnage : le gothique extrême écoutant des musiques aussi assourdissante qu’un marteau-piqueur en bas de chez vous ; le mec tout droit sorti du festival de Woodstock 69 et son joint à la bouche avec un peace sur son t-shirt ; ou encore la petite Chinoise fringuée en Lolita qui se trémousse devant sa webcam pensant avoir le déhanché shakirien. La pauvre, elle en était ridicule. J’ai aussi vu un type obèse vêtu d’un mini slip noir dansant sur Lady Gaga, gaga oulalaaa, ai-je eu envie de dire comme la chanteuse.

Mais en matière d’insolite et de culot j’ai eu mieux : « Montre-moi tes seins et je te joue un air de guitare », m’a sorti un ado pré-pubère allemand. Je me suis bien marrée mais jamais n’aurai recours à ce genre de deal pour qu’on me dédicace une musique ! Un sourire c’est mieux. Il y a ça, aussi : « If You show me your boobs, you can see my di.. » Décidément, la poitrine, c’est leur fantasme à ces mecs !

Certains se servent de Chatroulette pour faire peur aux gens. Le 26 mars, un homme a fait un gag. Il a accroché une poupée gonflable au plafond sans en montrer la tête. L’a vêtue d’un jean, d’une chemise ainsi que d’une paire de baskets, et il a allumé Chatroulette. L’image laissait vraiment croire qu’un homme s’était pendu. Le but de cette mise en scène était selon lui de montrer qu’un internaute ne se soucie guère de la vie d’un autre. Et donc, durant cinq minutes, toutes les personnes ou presque tombant sur cet homme « mort » se marraient à gorge déployée, pensant à un gag. Certes, c’en était un, mais ç’aurait pu ne pas en être un… Les personnes choquées se contentaient de pousser un cri ou d’ouvrir leur bouche en grand comme un hippopotame et de nexter rapidement. Mais personne ne dénonça cette « performance » à la direction du site…

Sur Chatroulette, on peut rire, s’adonner à des jeux érotiques, danser, chanter, bavasser, mais quand on a affaire à ce genre d’interlocuteur, on hésite à y retourner. J’y ai rencontré deux gamines de 14 ans, de Norvège, en train de s’y amuser cachées dans leur grenier. Je les ai averties de la nature du site, leur conseillant de plutôt l’éviter ou de se connexter sur des chats pour ados pour éviter d’y croiser des pervers de l’âge de leur grand-père. Elles m’ont remerciée de les avoir prévenues et envoyés pleins de « kisses ». Mais bon, je ne me fais pas trop d’illusions, elles y sûrement.

Inès El Laboudy

Inès El laboudy –

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