Le Bondy Blog : La visite du président Emmanuel Macron a créé un effet d’appel et a fait venir plusieurs migrants à Calais ces derniers jours dans l’espoir de passer en Angleterre. Combien sont-ils et d’où viennent-ils ?

Christian Salomé : 200 mineurs et une trentaine de femmes sont arrivés à Calais à la suite de la visite d’Emmauel Macron. Ils proviennent d’un peu partout, certains viennent de Paris, d’autres de Bruxelles. Certains nous ont dit venir de Lyon. Une partie d’entre eux sont des déboutés du droit d’asile français ou européen. Ils espèrent un changement des règles d’asile françaises à Calais qui leur permettrait de rester en France. D’autres ont entendu le projet du président Emmanuel Macron de faire pression sur la Grande-Bretagne pour accélérer le rapprochement familial et prendre en charge des personnes fragiles dans le cadre de l’amendement Dubs [article spécifique de la législation britannique qui prévoit la prise en charge des mineurs lorsque c’est « dans l’intérêt de l’enfant », nldr]. D’autres arrivées, principalement d’Érythréens, ont été constatées à la suite d’une rumeur sur d’éventuels transferts vers le Canada depuis Calais. Nous ne savons pas l’origine de cette rumeur. Les exilés sont désespérés et sont prêts à croire beaucoup d’histoires dans l’espoir d’avoir une vie meilleure… Nous avons également compté la présence d’une trentaine de femmes, persuadées qu’elles allaient pouvoir passer légalement. Nous constatons actuellement sur le terrain une grande confusion et un manque d’informations de la part des sources officielles.

Le Bondy Blog : Comment avez-vous réalisé ce décompte ?

Christian Salomé : Nous avons obtenu ce chiffre lors des distributions de repas, c’est une méthode très efficace. On effectue également des maraudes qui nous permettent d’estimer le nombre de personnes.

Le Bondy Blog : À combien s’élève le nombre d’exilés en tout depuis le début de l’année ?

Christian Salomé : Il doit y en avoir environ 800. C’est énorme. La préfecture préfère avancer moitié moins, donc 400.

Le Bondy Blog : Vous avez boycotté la visite du président de la République à Calais le 16 janvier, comme l’ONG Médecins du Monde et l’association Utopia 56. Pour quelles raisons ?

Christian Salomé : Le gouvernement n’a pas écouté les grandes organisations humanitaires, ni sur leurs critiques, ni sur leurs propositions, pourquoi le président tiendrait-il compte des mêmes critiques et propositions des associations locales ? Nous pensons que cela a davantage de poids de dire « vous n’écoutez pas ce que l’on vous dit, on ne veut pas vous parler », plutôt que de le rencontrer en sachant très bien que lui ne nous écoutera pas.

Le Bondy Blog : La signature le 18 janvier du traité de Sandhurst entre le Royaume-Uni et la France permettra le transfert de mineurs non accompagnés vers le Royaume-Uni, comme l’avait réclamé Emmanuel Macron lors de sa venue à Calais. Le chiffre d’au moins 480 mineurs a été avancé.

Christian Salomé : C’est très compliqué. Il faut retrancher à ce total de 480 les 220 mineurs qui ont déjà été accueillis en Grande-Bretagne dans le cadre de l’amendement Dubs. Il ne reste que 260 places au total, 260 mineurs qui rentreraient dans le cadre de cet accord.

Le Bondy Blog : Comment identifier les mineurs concernés par un transfert ? Où ? Comment ?

Christian Salomé : Nous n’avons pas les réponses. Nous manquons d’informations sur l’accord passé entre la France et le Royaume-Uni. Les personnes sont furieuses, elles ont fait la route jusque Calais, elles s’attendaient à voir des bus qui les emmèneraient vers l’Angleterre, mais ça ne marche pas. Les migrants sont coincés, ici, à Calais, dans le plus grand dénuement.

Le Bondy Blog : À la veille de la venue d’Emmanuel Macron à Calais, vous avez porté plainte contre X pour destruction et dégradation de biens, avec deux autres associations, le Secours catholique et Utopia 56. Vous rapportez en effet que, malgré la trêve hivernale, les couvertures des migrants sont arrachées par la police lors des démantèlements de camps de migrants.

Christian Salomé : Oui, et s’agit de couvertures floquées au nom des associations uniquement. Ces couvertures, qui nous appartiennent, sont mises à la benne. Il s’agit donc de vol. Elles sont parfois gazées. Cette procédure judiciaire nous permettrait de récupérer ces biens que les autorités confisquent. Mais il faut savoir que les forces de l’ordre ne confisquent pas que des couvertures, elles confisquent vêtements, téléphones… aux migrants.

Le Bondy Blog : La préfecture du Pas-de-Calais s’est engagée à compter de lundi à récupérer, laver, sécher et restituer ces couvertures aux associations. Qu’en est-il ? Vous avez récupéré couvertures et duvets ?

Christian Salomé : Pas encore. On ne sait pas ce qui se passe pour l’instant. Nous avons une réunion avec le sous-préfet ce mercredi pour déterminer la mise en place de la redistribution.

Propos recueillis par Leïla KHOUIEL

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