C’est le CREDOC qui le dit, dans une étude malicieusement intitulée « Consommation durable : l’engagement de façade des classes supérieures » : malgré les intentions affichées, les personnes très diplômées et disposant de fortes ressources ont une empreinte écologique plus forte que les personnes peu diplômées et ayant de faibles ressources. Aussi, il faut savoir qu’en France « les très riches émettent 40 fois plus de carbone que les pauvres ».

C’est une vérité que j’ai eu l’occasion de vérifier durant toute mon enfance et toute mon adolescence avant de m’en aller polluer d’autres cieux que ceux de mes géniteurs. Je n’ai pas eu besoin d’empiler des données dans des tableaux Excel pour aboutir à la conclusion suivante : quand on n’est pas très riche, on n’a pas le choix que d’être écolo. Force est donc de constater que je suis née écolo contrairement à certains amateurs de toilettes sèches nés avec une cuillère non biodégradable dans la bouche.

Sur les équipements numériques par exemple : franchement, qui a besoin d’une TV connectée quand il suffit seulement de bien avoir paramétré son enfant ? Je me revois encore me précipiter hors de ma chambre après avoir entendu mes parents crier mon nom et une fois dans le salon entendre « Latifa, mets Al-Jazeera », « Latifa, éteins la lumière », « Latifa, ferme le robinet (et ferme-là) ». A votre avis qui consomme le plus, un enfant docile ou un objet connecté ? Voilà un vrai sujet d’étude pour le CREDOC.

Plus sérieusement, prendre des bains à plusieurs : écolo. Donner une seconde vie aux vêtement de sa grande sœur et ainsi se donner une petite mort stylistique : écolo. Pareil pour le fait de nourrir le chat des voisins avec les restes du couscous ou du tajine de la veille au lieu de les jeter au point de le rendre plus chebba que Sheba. Que dire du fait de ne manger que les légumes plantés par son père au jardin ouvrier ? Et aller directement chercher son lait à la ferme ? Tout ça pour dire : ma mère mérite plus le ministère que François de Rugy. C’est simple, si un jour je veux intégrer une ZAD, je n’aurai qu’à faire valoir une VAE (NDLR : Validation des Acquis de l’Expérience). Pierre Rabhi(lle-toi).

Ce qui était moins écolo, en revanche, c’est le CO2 émis lors de débats interminables avec mon père, persuadé que la viande du McDo était en plastique ou encore que les fruits et légumes hors-saison présents dans les rayons étaient en réalité ceux de l’an dernier qui avaient été congelés avant d’être revendus bourrés d’eau. Depuis, rassurez-vous, il est revenu de cette phase de complotisme vert.

Cela étant dit, je ne peux pas dire que nous avions une réelle conscience écologique malgré le fait que notre famille était souvent traversée par de grands débats. Valait-il mieux débrancher la télé chaque soir ou la laisser en veille ? Valait-il mieux se laver les mains après manger ou plutôt utiliser du Sopalin ? Aller en vacances à 10 en camion, était-ce vraiment économique ? Boire son urine, pour ou contre ? (Cette question ne s’est jamais posée tout simplement parce que nous vivions pas dans une tranchée).

A l’existence des bobos, j’oppose donc celles des prolo-écolos. D’accord nous n’avions pas tellement le choix, mais aujourd’hui, je fais attention à toutes mes consommations, ok plus par nostalgie que par écologie. Mais qu’importe le flacon… tant qu’il est recyclable.

Latifa OULKHOUIR

Crédit photo : FLICKR – Jeanne Menjoulet

Articles liés

  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021
  • « On avait envie de ramener les vacances en bas de leurs bâtiments »

    Avec la crise sanitaire, pour de nombreux jeunes des quartiers populaires, l’été se passe souvent à la maison. Pour faire face à un été compliqué, des associations proposent (heureusement) des alternatives pour les plus jeunes. Reportage.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 16/07/2021
  • Le fast food social de l’Après M, 13 organisé à Marseille

    Dans les quartiers Nord marseillais, l’Après-M est en pleine phase de transition : de la débrouille à la structuration, mais toujours dans une quête d'indépendance. En pleine discussion avec la mairie phocéenne qui a annoncé son rachat, le 9 juillet prochain l’Après-M connaîtra la nature de sa propriété et de ses propriétaires. En attendant, l’auto-organisation locale reste toujours la marque de fabrique de la structure qui continue de fournir de l’aide alimentaire. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 08/07/2021