« J’avais des plans en Corse et en Espagne. Mais le séjour pour lequel je suis le plus triste est Zanzibar… Les directeurs m’ont prévenu début mai que tout était annulé, avant ça j’avais encore un espoir. » Julien l’a encore mauvaise. Le jeune homme de 25 ans travaille dans l’événementiel à l’année et profite de toutes les vacances scolaires pour partir en séjour en France ou à l’étranger, comme animateur.

« J’ai recherché des plans pour cet été il y a presque un an, explique le Vosgien. Je me renseigne toujours auprès d’anciens collègues ou d’amis pour savoir s’ils recherchent des anims pour l’été suivant. Je recherche également auprès d’organismes avec lesquels j’ai déjà travaillé. »

Tour à tour, les grands organismes de séjours tels que l’AVEA (comité d’entreprise de La Poste) et Sans Frontières ont annoncé l’annulation de leurs colos aussi bien en France qu’à l’étranger durant les mois d’avril et mai. Emilie était censée partir avec l’organisme Cap Monde. « J’avais un séjour prévu avec l’organisme jusqu’au 26 juin mais tout a été annulé suite au coronavirus », illustre-t-elle.

Prof l’année, animateur l’été

La Parisienne de 19 ans débute à peine dans l’animation et ambitionne déjà d’être éducatrice spécialisée. Elle a été contrainte de rapidement s’adapter face à cette vague d’annulation de dernière minute. Exit le mois et demi qu’elle comptait passer au travail cet été. Ce ne sera que trois semaines. « J’espère encore trouver mais pour le moment, je n’ai pas de plan B. Je croise les doigts pour qu’il y ait des désistements d’animateurs », sourit-elle.

Pas de poste, pas de salaire. Pour nos trois animateurs, la pénurie de travail peut vite se transformer en difficultés financières majeures. Comme beaucoup, Alexandre profite en effet des vacances pour mettre un peu de beurre dans ses épinards. Professeur des écoles dans son quotidien, le Marseillais de 27 ans exerce dans l’animation depuis maintenant 10 ans.

Bénéficiant d’une équivalence du BAFD (Brevet d’aptitude aux fonctions de directeur) en raison de son statut de prof, il aurait dû exercer comme directeur cet été pour la première fois en juillet, puis enchaîner sur un séjour en Australie au mois d’août.

Mais l’instit n’a pas eu plus de chance que les deux autres : « Pour le séjour au mois de juillet nous avons eu beaucoup de réunions et finalement la décision a été prise d’annuler les séjours, explique-t-il. J’ai très bien compris la décision mais il est vrai que j’avais prévu ce salaire, et que financièrement ce séjour avait été attendu ».

La peur de l’ennui et de ne rien faire

Et pas question de chômer : « J’avais d’abord décidé de ne pas travailler en juillet pour profiter des vacances chez moi, mais financièrement je ne pouvais pas me le permettre ». Par chance, le professeur a été contacté par le centre de loisirs où il exerçait plus jeune dans sa petite commune de Roquefort-La-Bédoule. « Je ferai deux petites semaines qui me font gagner un peu plus que le salaire prévu initialement pour ma direction », raconte-t-il, soulagé.

Même son de cloche pour Julien, ce dernier avait prévu de partir en voyage dès septembre grâce à l’argent glaner cet été ici et là : « L’été est la saison où il y a plus de colos et elles durent longtemps, donc le salaire est plus gros. Je ne vais pas dire que je suis en galère mais cet argent aurait pu financer des projets personnels. »

Il ajoute : « Ce qui me gêne le plus dans le fait de ne pas avoir de plans est la peur de l’ennui et de ne rien faire. Aller en colo me permettait de partir en vacances tout en travaillant mais malheureusement, ça ne sera pas cet été ».

Pour les enfants et les équipes d’animation les colos de cet été ne seront assurément pas comme les autres. Espérons tout de même pour Alexandre, Emilie et Julien que cette situation ne se reproduise à l’avenir. Tous les trois n’attendent que de pouvoir repartir en séjour afin de partager des souvenirs mémorables avec de nombreux jeunes, et exercer un métier qu’ils aiment et pour lequel ils sont doués.

Félix MUBENGA

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