Vous avez peut-être déjà commandé un tiramisu sur le réseau social Snapchat, à une heure tardive de la nuit, seul ou entre amis. Mais qui se cache derrière ces comptes dont le succès ne se dément pas ? Derrière l’écran, tous types de profils qui cumulent, parfois, plusieurs milliers d’abonnés  : des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des Parisiens et des banlieusards… En essayant d’en savoir plus sur ces cuisiniers de l’ombre, nous avons pu en rencontrer trois d’entre eux. Leur point commun : les réseaux sociaux. Leur crédo : la restauration. Explication.

A seulement 24 ans, Karim gère une pizzeria à Mitry-Mory (Seine-et-Marne) et… le compte Snapchat « Tiramisubynight », lancé il y a un an maintenant. « Lorsque j’ai commandé un tiramisu pour la première fois, j’ai dû attendre trois heures pour être livré, raconte le jeune entrepreneur. Mais je me suis dit que si le livreur a pris autant de temps pour livrer, c’est qu’il y a forcément de la demande. C’est donc là que m’est venue l’idée de me mettre dans la vente de tiramisus. » Quant au terrain de jeu, il était tout trouvé. Pour cibler et appâter un public toujours plus jeune et vaste, rien ne vaut les réseaux sociaux. « Snapchat, c’est de la publicité gratuite, confirme Karim. La majorité de nos clients sont des jeunes, très actifs sur les réseaux sociaux. On ne pourrait pas rêver mieux en termes de marketing et placement de produit. » Imaginez : qui touche le plus de personnes entre un spot publicitaire de 30 secondes sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes entre 22h et 23h et un placement de produit fait par Kelly Jenner, 124 millions de followers sur Instagram et un statut d’influenceuse-star ?

Pour beaucoup, ces « foodtrucks virtuels » se gèrent en solitaire, depuis un petit studio ou un appartement familial, sans stratégie commerciale pensée ni développée. Mais certains sont allés plus loin, comme Rebecca. A seulement 18 ans, la jeune femme est en première année de BTS commerce international le jour et vendeuse de tiramisus la nuit. Avec son profil Instagram « BeccaTyraxx », elle a même été repérée par un vrai restaurateur, le traiteur Monstercrêpe à Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Et ses sucreries sont désormais commercialisées par l’enseigne.

Grand investissement, petits bénéfices

« Je n’ai jamais fait d’annonces concernant la vente de mes plats. Grâce à mes pages Facebook et Instagram, je réponds à une demande », raconte Rania, 41 ans, détentrice du profil Instagram « Les P’tits plats palestiniens ». Néanmoins, malgré le temps qu’elle lui demande, la vente de nourriture en ligne ne dégage pas assez de revenus pour constituer l’activité principale de Rania : « Je prépare énormément de plats pour des particuliers, des associations voire des mairies, mais cela ne me suffit pas à gagner de quoi vivre. »

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Marhaba! De retour après une petite absence due à une semaine chargée de travail et d'émotions! Après le succès du buffet palestinien de la Maison de Quartier de La Plaine Saint Denis, j'ai posé mes ptits plats palestiniens sur les tables de l'Ecole Normale Sup à l'occasion de leur Assemblée Générale! Au menu: le célèbre hommous, mtabal, muhammara, fattoush, ouzi, bamieh, frikeh, #ghraibeh, assabe3 zeynab, des $manaishs, des #sfihah et tant d'autres mets… Tout plein de délices qui ont ravi la centaine de convives! L'occasion pour moi de répondre à toutes les questions gourmandes ou culturelles sur l'héritage que j'ai reçu des femmes de ma vie. Le bonheur! ❤ Merci à l'Ecole Normale Sup pour ce formidable accueil ainsi qu'à mes petites mains, Rachida et Fatiha, qui m'ont tellement aidée pour que ce buffet soit une réussite! Palestinement, Rania 🇵🇸✌🏼 . #LaResistanceDanslAssiette . #Palestine #Falastin #Catering #CoursDeCuisine #Brunch #Végétarien #events #Hummus #Hommous #Mtabal #CaviardAubergine #ouzi #Salade #SalataFalahiyeh #Tahina #ail #citron #Huiledolive #RecettesPalestiennes #CuisinePalestinienne #PalestinianFood #vegan #Végétarien #RecetteVegetarienne #Evenementiel #traieur #FoodPorn #InstaFood

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Ainsi, seule et avec sa propre cuisine, Rania dégage en moyenne à peine 150 euros par mois. Quant à Karim, qui emploie 3 personnes la semaine et 4 le week-end, il perçoit en moyenne par mois un revenu « entre le RSA et le SMIC ». Ce qui explique ces marges si faibles malgré le succès de leurs comptes, c’est notamment l’achat des matières premières. La plupart d’entre eux achètent leurs denrées en gros, comme Rebecca, mais Karim se contente de faire ses courses dans les supermarchés du coin. Rania, elle, a plus de soucis à s’approvisionner. L’achat de produits palestiniens étant fortement restreint suite à l’embargo d’Israël sur la Palestine, elle ne peut se procurer qu’au goulot ses différentes denrées alimentaires, exclusivement palestiniennes.

A défaut de s’enrichir avec, l’argent récolté par cette vente de nourriture 2.0 sert parfois à investir dans un autre projet ou à épargner. Rebecca compte ainsi sur le bénéficie de ses tiramisus pour l’aider à payer ses études… puis l’aider à développer sa petite entreprise. Rania, elle, met de côté avec un objectif clair : ouvrir son propre restaurant de spécialités palestiniennes, dans le centre-ville de Saint-Denis. Enfin, pour Karim, l’aventure Snapchat n’est qu’un passage. Son ambition à lui, c’est de revendre au prix fort son concept d’ici un an, dans le but d’avoir les fonds nécessaires pour développer sa pizzeria et se concentrer au maximum sur cette seule et même activité.

Amine HABERT

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