« On n’a pas le même maillot, mais on a la même passion ». Quand j’y repense, je me dis que je ne suis plus tout jeune car les moins de 17 ans ne doivent pas connaître. Pour les autres, qui ne se souvient pas de ce spot ? A l’époque où ça passait à la télé, je ne me voyais pas devenir un jour arbitre. Cette idée ne m’a tout simplement jamais traversé l’esprit, même si à l’image de beaucoup de garçons, je fréquentais un club de football quand j’étais plus jeune. Je dois ce job à mon cousin Samuel qui m’a proposé un jour de fin d’année 2010 de devenir arbitre.

N’ayant pas de job, mon petit frère et moi n’avons pas hésité longtemps avant d’accepter. Il fallait joindre au formulaire d’inscription quelques document dont un certificat médical datant de moins de trois mois attestant l’aptitude à arbitrer un match de football en compétition officielle. Dernier point important, il fallait prendre contact avec l’AS Bondy pour que notre lettre de candidature soit signée par le Président et que le club fasse un chèque de 69 euros pour payer notre formation. Cette année, la première session dura comme d’habitude trois semaines. Il fallait être présent le lundi, le mardi et le jeudi de 19 heures à 21 heures au district de Saint-Denis, au Blanc Mesnil. Avec mon petit-frère, nous avons pratiquement assisté à tous les cours. Selon les sessions, on pouvait avoir un cours se déroulant dans un stade de foot. Quitter une salle dans laquelle on se retrouve face à un rétroprojecteur pour passer à la pratique était évidemment un plus. Encore fallait-il se montrer volontaire pour participer aux activités car tout le monde ne pouvait pas passer.

Au début de la formation on reçoit un livre: Le football et ses règles. Comprendre l’arbitrage. Il semblerait que le livre que j’ai reçu l’année dernière est le même cette saison. Donc pas de mise à jour. Cependant, de nouvelles circulaires doivent être téléchargées car les règlements changent toujours, même un peu. On peut se demander pourquoi, avec une première Coupe du monde s’étant déroulée en 1930… Après avoir réussi mon test écrit, j’ai reçu à la fin du mois de novembre une convocation du district pour mon match probatoire. A part les chaussures, tout mon matériel m’a été fourni par l’AS Bondy. La consigne est de se présenter une heure à l’avance au stade. La raison est simple : à partir de trois quarts d’heures aucune équipe ne peut poser de réclamation sur l’état du terrain.

Pendant l’heure qui précède le coup d’envoi, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Il faut inspecter le terrain, prendre la clé de son vestiaire, s’échauffer, prendre la feuille de match ainsi que les licences des deux équipes. On doit alors procéder à un contrôle d’identité et vérifier que les personnes qui sont sur la feuille de match ont une licence. Pour le match probatoire, un contrôleur est présent pour vérifier notre prestation. A ce moment, on n’est pas encore officiellement arbitre. Même après avoir réussi le test théorique, on peut avoir affaire à des imprévus avant même le début du match probatoire.

Je me suis présenté sur le terrain avec des crampons métalliques. Or le terrain était synthétique. Le gardien du stade m’a dit que je ne pouvais pas arbitrer dans ces conditions. J’ai dû utiliser mes baskets. Heureusement, j’ai découvert plus tard que l’on pouvait enlever les crampons métalliques. On arbitre rarement un match avec deux autres arbitres officiels. Jusqu’à présent, j’ai toujours dû composer avec des juges de touche qui étaient en fait des membres de l’encadrement des deux équipes. Il faut faire attention dans ces situations car en plus d’être -a priori- moins qualifiés que vous, ces juges de touche sont susceptibles de favoriser leur équipe. Je pense tout de même que ce phénomène est rare. Un arbitre central doit souvent regarder ses assistants quand des actions se déroulent près d’eux mais également pour signaler d’éventuelles positions de hors-jeux qui lui auraient échappé. Il faut faire attention à ne pas devenir passif et simple spectateur mais se montrer ferme, sous peine de perdre le contrôle de la rencontre. Les arbitres de district ne peuvent pas se montrer aussi permissifs que ceux qu’on voit à la télé. Nous n’avons aucune obligation par rapport au spectacle.

Une fois qu’on a réussi le test pratique du match probatoire, on est convié à une soirée au siège du district au cours de laquelle on reçoit son écusson officiel d’arbitre. Après, il faut se montrer très patient. Pour le reste de la saison, je n’ai eu que trois convocations. J’ai de plus manqué le premier match car ma licence est restée sur un bureau alors qu’on aurait dû me prévenir pour que j’aille la chercher ! Même si on n’arbitre pas, il y a de quoi faire. Au cours de la saison à venir, deux jours d’examens obligatoires sont prévus, de même que des cours de perfectionnement.

Un arbitre peut distribuer des cartons. Si le jaune ne pose pas de problème généralement, il en va autrement pour le rouge. Il y a deux raisons à cela. Une fois que l’on expulse un joueur ou tout autre membre d’une équipe, il faut après la rencontre effectuer un rapport en plus de s’occuper de la feuille de match. Il faut être précis et ne pas oublier de détails. Une fois le rapport transmis au district, il faut être prêt à répondre à une convocation à laquelle le contrevenant est également convié. Je ne sais pas très bien comment ça se passe car je n’ai pas encore rédigé de rapport, mais avec une saison complète à venir je pense que j’aurai l’occasion de passer à la pratique.

Les arbitres ont une sorte de syndicat, l’UNAF : Union Nationale des Arbitres de Football. Elle a plusieurs fonctions, dont l’aide aux arbitres en cas de problèmes, qu’ils soient psychologiques ou pénaux. Si un arbitre se fait agresser, il n’a pas à se soucier de l’aspect financier en cas de poursuites judiciaires. Dans un registre plus réjouissant, l’UNAF peut nous faire bénéficier de tarifs préférentiels sur des équipementiers, organise des rassemblements conviviaux, etc.

On peut participer à la formation d’arbitre dès 13 ans. Ce n’est pas uniquement positif vis-à-vis de parents éventuellement radins pour l’argent de poche. Débuter tôt permet d’envisager une grande carrière d’arbitre en France et peut pourquoi pas à l’international pour redonner du lustre à l’arbitrage de notre pays.

Notre fonction nous confère des avantages. On peut assister gratuitement à des matches du PSG. Pour un Olympien, le Parc des Princes n’est pas vraiment « the place to be » mais si on peut assister à de belles rencontres, pourquoi s’en priver ? On est plutôt bien payé (70 euros pour un match de U17) et on jouit d’un peu de prestige : en marge du match France-Biélorussie, j’ai fait une dédicace à un enfant qui venait d’apprendre que j’étais un « arbitre » !

Olufémi Ajayi

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