La nouvelle loi sur les plaques d’immatriculation est entrée entre en vigueur hier. Et comme bien souvent avec la législation, la compréhension du texte n’est pas des plus claires. Ce que j’ai à peu près compris : les nouvelles voitures seront pourvues de plaques d’immatriculation composées de deux lettres, suivies de trois chiffres, puis de deux lettres encore (AA - 456 – AA). Jusque-là, c’est enfantin.

Petite nouveauté, les automobilistes auront le droit de choisir un département de leur choix, avec un drapeau lui correspondant, et c’est là que ça se complique. Trop de libre choix, c’est vite l’anarchie. Je me souviens que la dernière fois qu’on m’a laissée choisir un numéro, c’était pour mon abonnement chez Bouygues Télécom – cela dit sans vouloir faire de pub à l’opérateur. Ça m’a pris une heure ! Je trouvais que le 33 n’était pas en harmonie avec le 47, du coup, je me retrouve avec des chiffres qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Un numéro impossible à mémoriser. Je ne suis pas Rain Man ni un centralien formé en mathématiques appliquées (petite dédicace à mon ami Abdelkader, centralien).

Si on met de côté la cacophonie bureaucratique que la loi sur les plaques d’immatriculation engendre, on en vient vite au second aspect du texte : faire ressortir le régionalisme de chacun. Si vous vivez à Paris mais que vous votre cœur bat à l’évocation de la cancoillotte du Doubs, sachez que vous avez désormais le droit de l’exprimer haut et fort et d’assumer aux yeux de tous que vous ne ratez jamais le JT de Jean-Pierre Pernaut en arborant le 25.

Il en va de même si vous êtes adepte du foie gras d’Aquitaine ou fan de miss Poitou-Charentes. Seulement voilà, pour nous Parisiens, ça risque de brouiller considérablement nos pistes, parce que les Marseillais, certes, jouent bien au foot (allez l’OM, Ziani, si tu me lis…), mais un Marseillais en voiture dans Paris, c’est comme un pingouin qui fait du karting dans la savane. Ça roule dans les couloirs de bus, ça double dans les ronds-points. C’est le stress total au volant, mais mes amis marseillais, vous n’y êtes pour rien, le 13, ça porte la poisse.

La liberté laissée à chacun de choisir son numéro de département nous conduit tout droit à la paranoïa. « J’avoue que je me méfie lorsque je vois certaines plaques. Je suis d’autant plus vigilante lorsque je rencontre des 13, 60 ou encore 06 sur la route. Je reste alors sur mes gardes, non pas parce qu’ils ne savent pas conduire mais n’étant pas d’ici (Paris, of course), ils ne connaissent pas les chemins. Mais maintenant, si les Parisiens s’amusent à s’immatriculer 17 ou 59, ça va être la pagaille sur les routes », redoute Samia, une automobiliste très avertie.

Côté cloche-merle inter-régions, Sami, Marseillais, s’inquiète de devoir garder une plaque qui affiche un département auquel il n’adhère pas sentimentalement : « Si j’achète une voiture à un Parisien, je vais devoir garder une plaque de Paris alors que je vis à Marseille, ça ce n’est pas possible, j’ai pas bien compris le but de ce changement. » Amis chauvins, don’t worry, be happy !

Autre motif de grande interrogation, la plaque est définitive mais elle peut être changée (vous aussi, ça vous paraît bizarre, non ?). En fait, les chiffres attribués à la voiture sont définitifs et lui seront fidèles jusqu’à ce que la mort l’envoie à la casse. En revanche, le numéro de département, lui, pourra être changé en fonction du nouveau propriétaire de la voiture. Pas de blasphème à la patrie départementale, donc, la plaque de Paris, Sami, tu ne seras point obligé de garder.

En somme, si vous êtes un citoyen lambda comme moi, et que cette loi vous rappelle « La maison qui rend fou » des « 12 Travaux d’Astérix », dites-vous bien que désormais, vous n’êtes plus seuls dans ce cas.

Widad Kefti

Widad Kefti

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