La leader du mouvement postait hier un tweet raciste et islamophobe, avant de l’effacer. Trop tard, la toile était déjà sous le choc.

Au début il y avait de l’innovation dans l’action comme un vent de fraîcheur venu de l’est. Plus qu’une bande de femmes qui n’avait plus envie de faire la vaisselle, il y avait une sorte de valeur ajoutée, un discours audible, il y avait de l’intérêt. Mais finalement, la fraîcheur, le renouveau tout ça, ne venaient que de la couronne de fleurs et de la paire de seins.

Et je me suis dit, est-ce vraiment une provocation que de montrer ses seins dans une monde ou les poitrines sont en libre-service sur le web ou contre quelques billets ? Parce que moi, en tant que femme, voyez-vous, c’est bien cela qui m’oppresse, cette utilisation du corps de la femme. Petite Femen, iras-tu montrer tes seins à la sortie d’un défilé de mode ou les femmes ne sont que des corps ? Et pourquoi pas un happening devant chez Marc Dorcel ? Tu ne fais rien pour nous, ces « femmes sommées d’exhiber qu’elles ont bien tout aux normes » comme l’a écrit Despentes.

Mais non, tu ne fais rien pour nous quand l’ennemi est là, devant, si simple et qu’il tend les bras. La religion, ennemi millénaire de ceux qui se disent les plus libres d’esprit. En effet, nombreux sont ceux qui ont combattu le dogme religieux. Tous l’ont fait plus brillamment que toi.

Aujourd’hui, sur Twitter et dans un gloubi-boulga philosophico-politico-révolutionnaire duquel j’essaie encore de me sortir, tu as essayé de justifier de toutes les manières possibles les propos de ta chef de file Inna Schevchenko qui a qualifié le Ramadan de « stupide » et l’islam de « moche ». Et cela dans une indifférence générale, ce n’est pas condamnable certes, parce que la loi n’exhorte pas les gens à être tolérants, elle compte sur leur bon sens puisqu’elle a été faite pour des Hommes et non des animaux.
Tu as tout simplement expliqué que tu étais « religiophobe » et non « islamophobe ». Et pis que de toute façon, on s’en fiche de ça, parce que tu attaquerais, tous tétons dehors sûrement, tous ceux qui ont des croyances qui « oppressent les femmes ».

Mais dis-moi comment fait-on pour savoir ce qui oppresse les femmes ? Hier, on allait encore apporter la civilisation à de pauvres petits basanés sauvages qui nous étaient inférieurs. As-tu la même démarche ? Veux-tu aller « désopresser », apporter la liberté à toutes ces femmes si bêtes qu’elles ne savent pas qu’on les a privées de leur liberté ? Voilà une bien belle démarche ethnocentrée. Toi la femme blanche, toi la femme libre, viens et délivre nous du mal ! Alors pour être libre on doit penser comme toi ? Je préfère encore la burqa.

Les bouleversements politiques ont toujours abouti à toutes sortes d’excès, ces excès qui plongent des peuples entiers dans l’incertitude sont le terreau de ta provocation. Voilà ce qui me chagrine le plus dans ta démarche que tu ne mènes pas au bout. Tu ne l’as pas mené au bout, par exemple, lorsqu’il y a quelques semaines, tu as préféré regretter tes actes plutôt que de rester quatre mois dans les geôles tunisiennes. Quatre mois, ce n’est rien voyons, va donc demander à Mandela. Mais j’oubliais, c’est vrai, tu montres tes seins, pas tes couilles.

J’ai pu le lire sur ta poitrine, sur Internet, je le sais, tu m’emmerdes, moi non, je ne t’emmerde pas. Pour me retenir de t’emmerder je pense fort à cette maxime que l’on prête à Voltaire ( philosophe que tu dois beaucoup apprécier, ça tombe bien moi aussi) : « Je ne partage pas vos idées mais je me battrais jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer ». Bon peut-être pas jusqu’à la mort, quand même, mais je suis prête à aller jusqu’à l’entorse. Parce que je trouve vos couronnes de fleurs vraiment trop jolies.

Tout ça pour te dire que je porte Marianne dans mon cœur et elle ne te ressemble pas.

Latifa Oulkhouir

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