A Aulnay-sous-Bois (93), ils étaient nombreux, hier, à ne pas être informés du droit de retrait des conducteurs de bus, décidé la veille. « C’était la grande surprise, j’ai attendu le bus pendant une demi-heure, il n’y avait aucune information, alors j’ai marché jusqu’à la gare à pied », raconte Abdel, un étudiant. C’est encore plus difficile lorsque l’on prend le train à 6 heures du matin.

C’est le cas de Nathalie, résidente au quartier de la Rose des vents et employée à Paris, qui a attendu le bus à cette heure-là lundi dernier. « On n’a pas vu de bus arriver, alors on a traversé le parc du Sausset jusqu’à la gare à pied. On était en groupe, donc ça allait, mais cela n’empêche pas que l’on avait peur, en plus c’est vraiment mal éclairé. »

Pour les habitants du quartier de la Rose des vents (la fameuse cité des 3000), la gare la plus proche est celle de Villepinte. En s’y rendant à pied, les riverains sont obligés de traverser le parc du Sausset. Un parc jugé assez dangereux. De nombreuses agressions y ont eu lieu, raison de s’inquiéter, surtout lorsque l’on quitte son job tard en soirée. « J’ai traversé le parc à 23 heures, je quittais tard le travail ce soir-là. Vous n’imaginez même pas la peur que j’ai eue. Je ne sais même pas comment j’ai fait », rapporte une jeune femme de 23 ans.

Hors de question, toutefois, de cautionner l’agression d’un conducteur, en l’occurrence, d’une conductrice. Même si l’attitude des chauffeurs des bus à l’endroit des usagers n’est pas toujours cordiale, à en croire une partie des personnes interrogées. « Certains conducteur ne nous respectent pas, soit parce qu’ils ne passent pas là où ils sont censés passer, soit parce qu’ils ne s’arrêtent pas aux arrêts. Mais ils ne méritent pas d’être frappés. On nous a vraiment foutu la honte : Aulnay-sous-Bois à la télévision pour parler d’une agression… », déplore une habitante.

Ce qui revient très régulièrement dans les propos des Aulnaisiens, c’est le manque d’information, le fait de payer leur titre de transport – « très cher » – et d’être privés de bus. Les usagers ne seraient pas assez tenus au courant des changements d’itinéraires, consécutifs aux travaux décidés par la municipalité (dans le cadre du programme de rénovation urbaine) ou à des agressions de conducteurs. « Ils (les chauffeurs et leur direction) privent les usagers de leur transport alors qu’ils payent pour cela. Ils en font trop », estime Nathalie.

En avril dernier, ce sont ces mêmes bus qui ne circulaient plus dans les cités de la ville d’Aulnay-sous-Bois. La raison ? Le caillassage des bus à Tremblay, ville proche. « C’est pas juste. Si Tremblay fout le bordel, ce n’est pas aux quartiers d’Aulnay, surtout les 3000, d’en payer les frais », se plaint un jeune conducteur du réseau TRA. Il comprend le mécontentement des habitants et dit se mettre à leur place. « Il y a des familles, des personnes qui vont travailler, des jeunes qui vont à l’école, ils paient leurs titres de transport, ils n’ont pas à subir cela. »

Ce n’est pas l’avis d’un autre conducteur du même réseau, qui pense qu’il faut faire quelque chose pour être solidaire avec la conductrice agressée et les autres bus caillassés. « Les gens nous parlent mal, nous insultent, nous tapent et on devrait rouler ? Est-ce que ces jeunes ont pensé à leurs parents prenaient le bus ? C’est à eux qu’il faudrait parler, pas à nous ! » Même s’il arrive à comprendre le mécontentement des usagers, pour ce jeune conducteur c’est aux présumés coupables qu’il faut s’en prendre, non aux conducteurs de bus.

Il est très rare pourtant, lorsqu’on habite Aulnay-sous-Bois, comme moi, de ne pas entendre quelqu’un crier parce que le bus n’est pas passé, qu’il est en retard ou qu’il ne s’arrête pas. « On se plaint tous le temps à la TRA. Quand un bus ne passe pas, on attend 30 minutes dehors, dans le froid, et c’est malheureusement le conducteur du bus qui vient après qui se fait engueuler, c’est comme ça qu’il y a des agressions », affirme une autre personne.

Lundi, les bus ne circulaient pas et mardi le trafic est revenu à la normal à partir de 19 heures. Des affiches ont été collées à chaque arrêt de bus pour informer les voyageurs de la situation. « Elles ont été collées aujourd’hui (hier), y’avait rien hier, je ne sais pas pour qui ils nous prennent », se lamente un jeune homme.

Imane Youssfi

Imane Youssfi

Articles liés

  • Guadeloupe : « On est obligé d’arriver à des extrêmes dramatiques »

    Depuis la mi-novembre, la Guadeloupe est traversée par un mouvement social profond, allumé par une grève des pompiers et soignants face à l'obligation vaccinale de ces derniers. Un mouvement de grève générale qui s'est suivi par des révoltes urbaines, et qui illustre un malaise profond de la société guadeloupéenne et de sa jeunesse face à l'État français. Témoignages.

    Par Fanny Chollet
    Le 26/11/2021
  • Exilés : « La France et l’U.E vous ont laissés vous noyer »

    27 exilés ont perdu la vie le 24 novembre dernier, alors qu'ils tentaient de traverser la Manche, pour rejoindre le Royaume-Uni depuis Calais. Une nouvelle hécatombe, qui devraient mettre la France et l'Union Européenne face à leurs responsabilités. C'est l’électrochoc que voudrait voir Félix Mubenga, devasté et en colère devant des drames qui se répètent. Comme nous tous. Edito.

    Par Félix Mubenga
    Le 25/11/2021
  • « J’augmente mon budget essence et baisse mon budget nourriture »

    Alors que la hausse des prix du carburant continue de s'approcher des records du mois d'octobre dernier, dans les quartiers on prend son mal en patience face aux chiffres de la pompe. Étudiants, travailleurs, mères célibataires, toutes et tous ressentent un poids supplémentaire sur leur budget, alors que le chèque énergie du gouvernement n'est attendu par personne. Témoignages.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 22/11/2021