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Le 4 mars 2009, Élie Domota, leader du LKP, signait l’accord de fin de conflit après des grèves massives contre la vie chère en Guadeloupe et en Martinique. Quinze ans plus tard, les choses n’ont guère changé. Les prix sont toujours largement plus élevés qu’en métropole, alors même que les revenus sont nettement inférieurs. Une situation intenable, rendue encore plus précaire par l’inflation galopante de ces dernières années. Une mobilisation de masse semblait donc inévitable. Un mois après le début de celle-ci, où en est-on ?

À l’issue de ce mois de crise, des discussions ont été engagées (tables rondes, négociations, discussions). La collectivité territoriale de Martinique (CTM) s’est par exemple dit prête à suspendre l’octroi de mer, sur un panier de 54 familles de produits essentiels, pendant 36 mois. Cet impôt s’applique sur les produits importés et est perçu par les collectivités territoriales. Une proposition qui n’a pas encore reçu de réponse de la part de l’État français et qui ne fait pas nécessairement l’unanimité chez les partenaires sociaux engagés dans les débats.

Suppression de l’octroi de mer, une solution viable ?

Beaucoup de discussions ont concerné l’octroi de mer, cette contribution ayant pour but la protection de la production locale. Faut-il le supprimer et risquer un manque à gagner pour les collectivités locales, déjà exsangues ? « Pourquoi pas, mais il faudrait que l’État contrebalance la perte de revenus et est-ce qu’il va le faire ? », interroge le secrétaire général de la Confédération Générale du Travail de la Martinique (CGTM), Gabriel Jean-Marie.

Nos revendications s’articulent autour de l’augmentation des salaires, des pensions de retraite, des minimas sociaux

Pour le syndicat, la solution est ailleurs. L’organisation plaide pour l’augmentation des revenus plutôt qu’une baisse d’impôts qui risque de pénaliser les services publics déjà bien mal en point. « Nos revendications s’articulent autour de l’augmentation des salaires, des pensions de retraite, des minimas sociaux, d’une part, et du contrôle des prix, d’autre part », explique-t-il.

Le syndicaliste fait également valoir l’importance d’engager par la suite des discussions par secteur d’activité, afin de coller au mieux au contexte de chacun d’entre eux.

De son côté, Jean-Philippe Nilor, député LFI de la 4ᵉ circonscription de la Martinique, regrette que la focale ait été mise sur cet élément. « Des études montrent que l’octroi ne compte que pour 5 % du prix final d’un produit », expose-t-il. « Même historiquement, la baisse de l’octroi consentie en 2009 a été suivie d’un mouvement inflationniste, et d’une perte de revenus fiscaux dont les collectivités ont mis 10 ans à se remettre. »

Le député souligne par ailleurs qu’il s’agit du seul impôt perçu de manière indépendante de l’État central par les collectivités. « C’est aussi, à l’heure actuelle, la garantie d’une forme d’autonomie fiscale sur nos territoires. »

Sans même parler de l’action sur les revenus demandés par les organisations, il y a d’autres leviers à actionner pour diminuer les prix. « Il faut absolument aborder la question des marges, pas seulement au dernier échelon de la distribution, mais tout au long des 14 échelons qui la composent. Il y a aujourd’hui trop d’intermédiaires », pointe Jean-Philippe Nilor.

Sa réflexion s’inscrit dans un cadre plus large. « Il faut qu’on établisse un véritable service public de transport de personnes et de marchandises. Ce sont des choses qui existent pour la Corse par exemple. »

Développer la production locale

L’octroi de mer, tel qu’il existe aujourd’hui, soulève même une question sur l’incitation des collectivités locales à développer la production martiniquaise et guadeloupéenne. Si cette contribution a été pensée comme une taxe protectionniste, elle nécessite des investissements importants dans une production locale diversifiée, et d’un budget des collectivités locales de qualité.

« Il faut que le levier de la production locale soit réellement activé, que l’État agisse enfin pour permettre l’éclosion d’une production endogène martiniquaise qui serait aussi une solution à la question de la vie chère », plaide Jean-Philippe Nilor.

Jiovanny William, député PS de la première circonscription de Martinique, partage ce constat. « Si leurs revenus dépendent de cet impôt, les collectivités ne sont pas incitées à participer au développement de l’économie locale, il faut donc peut-être le repenser », complète Jiovanny William.

Une réponse de l’État central jugée décevante

De son côté, le député PS déplore une réponse insuffisante du gouvernement. « Nous avons contacté le Premier ministre dès le début du mois, il n’a pas donné de réponse », déplore-t-il. Entre temps, l’exécutif a esquissé des réponses : une hausse de 2 % du SMIC par anticipation et la convocation du CIOM (comité interministériel des Outre-Mer) en 2025.

Il faut des engagements d’urgence, la population a été suffisamment patiente, et la situation est grave

« Quasiment une blague » pour Jiovanny William. « Le smic est d’ores et déjà revalorisé en fonction de l’inflation. Nous parlons de 2 % d’augmentation, alors même que les prix sont jusqu’à 40 % plus cher qu’en métropole », s’exaspère le député PS. Quant à l’échéancier, il n’est pas bien reçu non plus. « Cela fait a minima depuis 2009 que ces revendications sont portées par la population, il faut des engagements d’urgence, la population a été suffisamment patiente, et la situation est grave », conclut-il.

Tout un modèle économique en question

D’une manière plus générale, c’est tout un modèle économique qui est à repenser pour ces représentants. « Aux Antilles, il y a besoin de changer de modèle économique pour sortir de cette dépendance de la consommation de produits importés, qui représente plus de 80 % pour la Martinique », développe Jiovanny William.

En question également, le cadre législatif autour des transactions régionales. « Un certain nombre de normes font qu’il nous est impossible de négocier avec des pays plus proches, ce qui pourrait réduire les prix.  Si l’on ne revoit pas ça, on ne peut espérer que des baisses marginales. »

Une réponse en premier lieu sécuritaire

L’envoi de la CRS-8, que sa réputation précède, sur le territoire, lui, ne s’est pas fait attendre. Alors même que les CRS ne sont pas admis aux Antilles depuis la fin des années 1950 à la suite de manifestations sanglantes.

On attend d’autres réponses que celle, ultra-sécuritaire, que la France à désormais l’habitude d’adresser à nos territoires

« On attend d’autres réponses que celle, ultra-sécuritaire, que la France à désormais l’habitude d’adresser à nos territoires, comme ça a pu se faire récemment en Kanaky », tonne Jean-Philippe Nilor. « Si l’État dit, dans ses discours, que nous sommes français, on ne va plus se contenter de ces paroles, on veut des actes concrets », prévient l’élu LFI.

« C’est un très mauvais message envoyé à nos concitoyens au regard de notre histoire », renchérit Jiovanny William et « une décision que nous dénonçons absolument » pour le syndicaliste, Gabriel Jean-Marie. Tous trois font aussi valoir la détermination des peuples martiniquais et guadeloupéen face à l’inertie de la réponse de l’État.

Ambre Couvin

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