Connaissez-vous un pays où les amoureux peuvent être soupçonnés de fraude et traqués tels des délinquants ? Connaissez-vous un pays où les agents de police peuvent frapper à votre porte dès l’aube pour s’enquérir de la fréquence de vos ébats sexuels et de la date de votre « toute première fois » avec lui ou elle ? Connaissez-vous un pays où vous êtes suspects parce que votre photo de mariage ne trône pas en bonne place dans le salon ou parce que le lit conjugal est déjà fait de très bon matin ?

C’est bien de la France qu’il s’agit. Et ces faits apparemment ubuesques ne sont, hélas, que les images fidèles d’authentiques actions menées chaque jour par des fonctionnaires zélés à l’encontre des couples franco-étrangers installés en France. Tel est, en effet, le sort de milliers de conjoints dont les amours sont, souvent, suspectes aux yeux des autorités françaises et, parfois même, de leur propre entourage.

Ici pas de présomption d‘innocence. Vous êtes de prime abord considéré comme complice ou coupable d’un délit passible d’une forte amende et d’emprisonnement : le mariage de complaisance ou mariage blanc, contracté entre deux personnes dont le but principal est l’obtention pour l’une d’une carte de séjour et, à terme, de la nationalité française.

Pour endiguer ces pratiques, l’État a donc transformé la vie de certains couples franco-étrangers en un véritable parcours du combattant soumis à une multitude de contrôles, de démarches administratives, de formalités parmi les plus mesquines, d’enquêtes, d’interrogatoires et pire : d’incursions dans la vie privée, parfois à domicile. Bref, d’investigations invraisemblables, éprouvantes et humiliantes. Entre les dossiers perdus ou bien pas encore traités à la préfecture, les attentes au consulat, la suspicion des fonctionnaires, le dialogue de sourds entre ces derniers et leurs interlocuteurs est vite à son paroxysme.

Cette galère, le Malien Bakary, la Russe Olga, la Maghrébine Leïla et bien d’autres l’ont vécue. Leur crime : aimer et avoir épousé des Français. La jolie Raïssa, originaire d’Afrique, a poussé, elle, le bouchon jusqu’à être enceinte de son soi-disant époux alors qu’elle n’avait pas encore obtenu ses papiers français ! Point de mariage blanc dans ce cas mais ça, allez l’expliquer aux fonctionnaires ! Après tout, « ils ne font que leur travail », comme ils s’en défendent.

Toutes ces histoires aux allures surréalistes, mais pourtant bien inspirées de la vie réelle, ont été mises en scène par Robert Marcy dans une comédie satirique en cinq actes « L’amour au ban », écrite par Massamba Diadhiou. Sur scène, neuf comédiens interprètent à merveille le rôle de ces couples « exogames » et des fonctionnaires qui les traquent. Un peu comme chez Molière, le but de cette pièce est de « châtier les mœurs en faisant rire » et elle le fait très bien !

Derrière cette œuvre, se cache Les amoureux au ban public, une association dont les filiales sont disséminées un peu partout en France et qui luttent pour le droit des couples franco-étrangers à vivre en famille. Par cette représentation théâtrale, elle souhaite ainsi sensibiliser le public et l’amener à des réflexions sur les discriminations dont font souvent l’objet les couples « mixtes ». Pari réussi avec ce spectacle !

Gaëlle Matoiri

« L’Amour au ban », comédie au service de la cause des couples mixtes, pièce de Massamba Diadhiou, mise en scène Robert Marcy. Dimanche 22 mai à 20h45 et lundi 6 juin 2011 à 19 heures. Théâtre du Nord-Ouest – 13 rue du Faubourg Montmartre  – 75009 – M° Grands Boulevards, ligne 8 ou 9 – Tarif: 13€/23€. Site internet de l’association : http://amoureuxauban.net/

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