L’avenue Pierre Semard à Villiers-le-Bel, à proximité de la gare RER, baigne dans l’ambiance sonore du marteau piqueur et des perceuses. Alors que des ouvriers installent des plots pour éviter le stationnement sur le trottoir, des menuisiers s’activent pour colmater les devantures des commerces avec de grandes planches en contreplaqué. Comme chaque lundi, cette avenue somnole. C’est jour de fermeture pour une grande majorité de petits commerces. Aujourd’hui, les esprits sont taraudés par ce qui s’est passé dans la nuit de dimanche à lundi. Les regards sont vagues, l’atmosphère est lourde. La police est discrète, les journalistes aussi. Quelques minutes auparavant, une équipe de télévision et un reporter de radio ont été pris à partie par un groupe de jeunes.

Devant le café PMU, des gens attendent l’arrivée du cortège. La marche silencieuse en hommage à Mouhsin et Larami passera devant la gare et empruntera l’avenue. Près de 300 personnes, essentiellement des jeunes, forment ce flot humain. Certains tiennent les portraits des deux gamins dans les mains. Steeve, un ami des deux jeunes : cortege.mp3

Michèle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur, est venue l’après-midi dans la ville. Elle a déclaré qu’il était « indispensable qu’on connaisse avec précision et sans contestation les causes et les circonstances de cet accident et de ces deux décès  ». Autrement dit, le gouvernement actuel ne souhaite pas refaire les erreurs d’il y a deux ans. Tout dans ce fait divers rappelle le scénario de novembre 2005. Mohamed est responsable associatif, il était présent lors de cette visite de la ministre. Son point de vue sur la situation oscille entre la lucidité de l’homme engagé et le désenchantement du militant : moha.mp3

Dans le cortège, on parle tout bas. Certains prédisent d’autres incidents entre les jeunes et la police. Paradoxalement, personne ne parle de moyens financiers supplémentaires, d’emploi ou de pouvoir d’achat. Le thème de tous les murmures est bien celui de la relation jeunes/police. Beaucoup de chercheurs ont pointé du doigt ce problème, comme ils ont alerté sur l’absence de corps intermédiaires dans les banlieues susceptibles de transformer toute cette colère en demande politique. Leurs études sont bien au chaud dans les tiroirs. A la fin du cortège, un jeune joue le rôle d’agent de la circulation. Il invite les automobilistes, avec des gestes très précis, à changer de direction puisque le cortège bloque toute l’avenue. Voici son point de vue sur la police : jeune.mp3

Tout le monde est d’accord sur un point : Villiers-le-Bel a fait son entrée dans l’espace médiatique sans crier gare et personne ne sait quand tout cela va s’arrêter.

Nordine Nabili

 

 

 

 

Nordine Nabili

Articles liés

  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels sont partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021
  • « On avait envie de ramener les vacances en bas de leurs bâtiments »

    Avec la crise sanitaire, pour de nombreux jeunes des quartiers populaires, l’été se passe souvent à la maison. Pour faire face à un été compliqué, des associations proposent (heureusement) des alternatives pour les plus jeunes. Reportage.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 16/07/2021
  • Le fast food social de l’Après M, 13 organisé à Marseille

    Dans les quartiers Nord marseillais, l’Après-M est en pleine phase de transition : de la débrouille à la structuration, mais toujours dans une quête d'indépendance. En pleine discussion avec la mairie phocéenne qui a annoncé son rachat, le 9 juillet prochain l’Après-M connaîtra la nature de sa propriété et de ses propriétaires. En attendant, l’auto-organisation locale reste toujours la marque de fabrique de la structure qui continue de fournir de l’aide alimentaire. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 08/07/2021