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Aux Etats-Unis, un groupe religieux évangélique prévoit de commémorer samedi le neuvième anniversaire des attentats du 11 septembre à sa manière : brûler 200 exemplaires du Coran. Cette date coïncide avec la fête de l’Aïd-el-Fitr marquant la fin du Ramadan. Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris refuse de céder à la provocation. Interview.

Quelle a été votre réaction en apprenant cette nouvelle ?

Je n’ai été qu’à moitié surpris. L’initiative me paraît une erreur grossière. Une pratique d’un autre temps puisque brûler des livres nous ramène aux méthodes médiévales de l’Inquisition qu’on appelait les autodafés. Lorsqu’un livre ne plaisait pas à l’Eglise, il était réduit en cendres. Comme si brûler les livres de Copernic ou Galilée allait supprimer leurs idées. C’est d’autant plus curieux que les protestants, qui utilisent ces méthodes ont eux-mêmes été victimes de semblables méthodes durant les guerres de religions. À l’évidence, le but recherché n’est pas le souvenir des attentats du 11 septembre, c’est une provocation envers les musulmans.

Les musulmans de France sont très choqués par cette provocation. Comment y répondre ?

Ce n’est pas la première fois que les musulmans sont provoqués. La première réaction de sagesse est d’ignorer et de mépriser ces gens, de les laisser dans leur haine et leur venin. Je conseille à tous les musulmans la réserve. C’est un piège qui est leur est tendu. Cela ferait trop plaisir aux provocateurs de voir les musulmans s’élever au plafond.

Cette affaire en rappelle une autre, celle des caricatures du prophète Mohamed. Doit-on craindre des débordements ?

En France, la plupart des musulmans ont franchi le niveau de la réaction primaire. On ne les manipule plus. La jeunesse musulmane française est informée, elle connaît l’histoire, la psychologie, etc. J’espère que nos coreligionnaires ne tomberont pas bêtement dans le piège. Le fait que cet acte fanatique tombe en même temps que l’Aïd est au contraire une bonne chose puisque c’est une fête du pardon, de la réconciliation, de l’oubli des offenses. La révélation du Coran a un niveau tellement élevé dans notre esprit que rien n’atteindra la qualité de notre Livre Saint. Une fois de plus, on veut voir dans l’islam la source de la violence et du terrorisme. Ce serait leur donner raison que de répondre à leur violence par la violence. Il y a dans le monde une islamophobie qui se répand.

D’après-vous, à quoi est due cette islamophobie ambiante ?

Les Etats d’Occident n’ont pas fait suffisamment attention à ces tendances fondamentalistes ou intégristes qui se sont répandues et se sont emparées de la religion pour en faire une politique. C’est très grave, grave que des individus, depuis les Frères musulmans, aient réussi à convaincre les pays occidentaux que l’islam est une revendication comme le marxisme. Ainsi, il devenait facile d’affirmer, comme Samuel Huntington, que le monde allait vivre un choc des cultures. Donc la notion de péril vert, tombe très bien après l’affaissement du péril rouge communiste, en attendant peut-être le péril jaune qui se pointe à l’horizon.

Propos recueillis par Hanane Kaddour

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