Ce soir, j’ai rendez-vous avec moi-même. Plus précisément avec mon corps. Mes cours de danse ont pris fin il y a peu et m’aventurer dans une expérience différente avec mon enveloppe corporelle me séduit. A quelques pas de l’Arc de triomphe, le Secret Square, « temple du glamour et de la volupté », m’attend. La petite porte en velours noir s’ouvre à l’heure dite. L’obscurité qui règne me transporte instantanément dans l’ambiance du cabaret, dans l’univers de la nuit et des jeux interdits. La rambarde en bois massif accompagne ma longue descente vers la salle de restaurant, qui est des plus intimidantes.

Le bar faiblement illuminé fait face à la petite estrade circulaire où le spectacle se donne. Des petites tables rondes avec fauteuils de velours rouge jouxtent le podium à moins d’un mètre. Après avoir été chaleureusement reçue et après avoir endossé le tee-shirt de la maison, prêté pour l’occasion ; fébrile, je tente cependant de me mettre à l’aise. J’écoute Léa, la directrice artistique du lieu, une ancienne danseuse, dont l’unique pièce de tissu laisse apparaître un corps magnifiquement entretenu. J’observe attentivement les lents mouvements de son corps déployé dans l’arène de la volupté.

Lenteur dans la marche autour de la barre, pauses pour admirer le corps se livrer, regard qui fixe et suggère le désir : la séquence érotique est assurée. Léa explique comment faire de même en prodiguant moult conseils. Son regard, à la fois bienveillant, un tantinet lubrique et excité me rend nerveuse. Chaque regard lancé doit être rempli de désir. La posture d’une strip-teaseuse enseignant son art me trouble.

Mon tour arrive. Je me dois de minauder, corporellement, entièrement. J’imite mon professeur, fais quantité d’erreurs. J’enregistre : marcher à pas de loup, jeter un regard par derrière l’épaule, enchaîner très lentement les poses qui éveillent l’appétit sexuel. Il faut apprendre à dompter la barre, pas facile. A moins que ce ne soit moi ? Je répète : prendre tout son temps, poser, cambrer son dos, caler son fessier contre la barre. J’aurais du mal à soutenir le regard d’un public. Je ne suis pas farouche mais tarde à trouver le tempo de l’exercice, la tonalité de la sensualité.

Bien que les positions de pole dance m’y aident, j’ai des difficultés à retenir les pas, à ne pas douter. Sous le haut patronnage de ma coach d’un jour, je me mets dans la peau d’une show-woman. Je feins le désir, je fais semblant, je m’abandonne partiellement. Même après 1h30 d’essai, l’exercice est loin d’être facile. L’expérimenter me fait comprendre la prouesse d’un tel show. Assumer son corps et ce qu’il peut évoquer, donner à voir, susciter ; je poursuivrai l’aventure dans la vraie vie, c’est sûr. Au Secret Square, un jour peut-être.

Stéphanie Varet

Stéphanie Varet

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