« En sombre forêt de Bondy/ Il advint, dans les temps jadis/ Que trois marchands sans grand méfiance/ A Clichy, furent assaillis/ Par des brigands, dans la chênaie/ Enchevêtrée d’épais taillis. » C’est ainsi que commence l’histoire du pèlerinage de Notre-Dame des Anges, le deuxième plus ancien de France. En 1212, une bande de trois voyageurs qui, cherchant à se désaltérer dans la forêt de Bondy, se fit racketter à Clichy-sous-Bois. Les malfaiteurs ligotèrent chacun à un arbre et prirent la fuite.

Passèrent ainsi trois jours durant lesquels les trois voyageurs appelèrent au secours en vain. Ils invoquèrent alors la Vierge-Marie, qui les délivra, faisant tomber les liens. Ils érigèrent un petit oratoire en guise de remerciement. Aujourd’hui, le décor n’est plus vraiment le même. Ce n’est plus la forêt de Bondy qui cache cette clairière avec sa chapelle sortie de terre, mais une petite cité de Clichy.

A ma descente du bus, à deux pas de la Mairie de Bondy, j’aperçois sur le trottoir d’en face un attroupement d’une quinzaine de personnes devant une boutique fermée. En ce dimanche matin, ce ne pouvait être qu’un groupe de pèlerins. Uniquement des femmes à l’exception de l’homme qui les guide tel un pasteur avec sa canne. Quatre d’entre elles ont revêtu la tenue de religieuse. Je me décide à les rejoindre. Ou plutôt, on me tend le carnet de pèlerinage pour que je puisse suivre.

La marche reprend son cours. Nous passons devant un arrêt de bus étrangement rempli pour un dimanche de bonheur. Les dix personnes qui attendent le 105 se retournent, intriguées par les « Je vous salue Marie » à répétition. Cela n’a pas l’air de préoccuper les pèlerins qui attendent le feu rouge pour traverser. « Vous êtes adventistes ? », m’interroge une souriante dame blonde d’une cinquantaine d’années sortie de nulle part. Plusieurs « non » retentissent. « Nous sommes catholiques », ajoute fièrement une femme antillaise du groupe. « Ah d’accord », répond la passante d’un air complice avant de reprendre son chemin dans le sens opposé.

Je dois prendre congé de ce groupe afin de rejoindre celui des jeunes de 18-30 ans qui s’est donné rendez-vous aux Pavillons-sous-Bois. Avec la venue du pape à Paris, un week-end spécial leur a été consacré au niveau du diocèse. Une vingtaine d’entre eux ont d’ailleurs passé la nuit au gymnase de la ville. Sur la grande place de l’Eglise du Raincy, des petits groupes assis en cercle se sont formés. C’est l’une des trois haltes du parcours, et ici est lu un discours prononcé par le pape lors des Journées mondiales de la jeunesse à Sydney en juillet dernier, événement auquel un bon nombre de jeunes présents ont participé.

Moment de silence. Chacun est appelé à méditer la lecture. « Alors ? », lance Sandrine. La responsable du plus grand groupe de pèlerins rompt ce moment de calme afin de proposer aux jeunes qui le souhaitent de réagir. « Je n’ai pas bien compris le sens de la dernière phrase », s’interroge une jeune femme assise sur une des pierres. Sandrine se charge de la réponse : « Moi, la façon dont je comprend le texte, c’est qu’il faut se donner les moyens d’agir et ne pas rester passivement dans l’attente. » Lionel, assis à la gauche de l’animatrice, résume en un adage : « Aide-toi et le ciel t’aidera en fait. »

Deux prières, le « Notre Père » et « Je vous salue Marie » marquent la fin de chaque halte. Un autre groupe poursuit la marche en priant. Nous devons attendre pour maintenir l’écart entre les deux groupes. « Préparez-vous bien, buvez de l’eau parce qu’après, il y a une grande montée », prévient Sandrine. Nous reprenons la route. « On devait pas passer par là ? », s’inquiète Corinne, les yeux rivés sur la carte et le doigt pointant l’itinéraire de la route empruntés par les infortunés voyageurs. « Non c’est normal, rassure Sandrine. On a pris un raccourci. »

Direction Clichy pour la troisième et dernière halte, tout près du parc départemental. La lecture aborde la question de la société qui change mais est aussi un appel aux jeunes à devenir « témoin du Christ ». « Ça donne envie d’agir, réagit une fille du groupe. On est une génération qui se doit de se faire porte-parole du Christ. » « Mais l’esprit dynamique des JMJ à tendance à s’essouffler après », analyse l’animatrice. Le reste du groupe demeure assez silencieux. La fin est proche et c’est l’heure du repas. On entonne un chant pour se donner du courage. Mais les cordes vocales se fatiguent au bout d’un refrain.

Tous les pèlerins sont enfin arrivés à Notre-Dame des Anges. Derrière la chapelle, trois grandes croix en bois rappellent l’origine du pèlerinage. Tandis que certains finissent leur pique-nique, d’autres s’adonnent à une petite sieste digestive sur l’herbe. L’après-midi consacrée aux témoignages des jeunes sur leur engagement sera clôturée par une messe animée par les jeunes artistes de l’association Evangelis.

« Ce pèlerinage est une occasion pour tous les chrétiens du diocèse de se retrouver en début d’année, conclut le père Daniel Pizivin, vicaire général, dont la fonction est de seconder l’évêque dans ses responsabilités. Souvent les chrétiens se sentent isolés dans les villes où ils sont donc ils ont besoin de temps fort pour se dire qu’ils ne sont pas tout seuls. » Je l’interroge sur le fait qu’il y ait de moins en moins de catholiques qui se déclarent pratiquants. « Dans ce département, je ne suis pas sûr qu’il y ait moins de chrétiens, car la population a beaucoup évolué et vient de partout dans le monde. Je crois qu’il y a un certain nombre de lieux où les chrétiens sont plus nombreux qu’il y a 20 ans mais avec un mélange culturel très fort. »

Mathy Mendy

Mathy Mendy

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