Le 15 octobre dernier, aux alentours de 15 heures, l’amie de Meggy Biodore appelle en urgence le SAMU. La jeune guadeloupéenne qui a des antécédents médicaux se plaint de symptômes sérieux. Une fièvre importante, des vomissements, une perte de connaissance et des douleurs très intenses. La jeune femme de 25 ans décrit sa sensation de « bruler de l’intérieur » et se plaint d’une raideur dans la main droite.
Selon son amie, l’opérateur du service d’urgence lui suggère alors de « boire de l’eau avec du sucre » et de s’orienter vers SOS Médecins, un service de docteur à domicile. Dans un entretien pour La1ère, l’amie de Meggy Biodore décrit l’attitude et le ton particulièrement méprisant de l’opérateur, tout au long de l’échange.
Une demi-heure plus tard, Meggy explique à son amie qu’elle est paralysée des membres inférieurs et qu’elle éprouve des difficultés à respirer. Elle contacte donc cette fois-ci les pompiers, qui, eux aussi, vont minimiser ses symptômes. Elles sont de nouveau redirigées vers le SAMU, qui leur conseille cette fois de « prendre une douche chaude » et de la Ventoline, sans envoyer d’ambulance.
Les deux jeunes femmes s’en remettent finalement à un de leurs amis. Ce dernier les emmènera à l’hôpital en voiture. Entre temps, la vision de Meggy se trouble et une éruption cutanée inquiétante apparaît sur son corps. Des symptômes concordant avec une méningite aiguë. Lorsque les trois jeunes gens arrivent au CHU de Montpellier, il est trop tard. Meggy Biodore décède un peu avant 19h30.
Comment les expliquer ?
Meggy Biodore est vraisemblablement morte dans l’indifférence de ces différents opérateurs. Un drame qui a très rapidement rappelé des affaires extrêmement similaires où de jeunes femmes noires ont rencontré le mépris d’opérateurs du SAMU et la minimisation de leurs symptômes.
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À ce titre, on peut citer le décès de Marie-Noëlle Allamélou à la Réunion en février dernier. Cette femme est morte faute d’avoir été prise en charge par les secours. En 2018, à Strasbourg, la mort de Naomi Musenga avait beaucoup ému. La jeune mère de 22 ans avait fait face au mépris d’une opératrice du SAMU. Elle n’avait pas été prise en charge à temps et est décédée.
Le syndrome méditerranéen
Ces trois femmes ont en commun d’être des femmes non-blanches. Ce qui pose la question de la prise en charge des personnes racisées dans le domaine médicale. En janvier dernier, une étude européenne documentait les différences de traitement, en fonction de la race et du genre, dans la prise en charge des patients dans les services d’urgences.
C’est aussi ce qu’expliquait Myriam Dergham, de l’université de Médecine Jean Monnet à Saint Etienne. Dans des articles de recherche et lors d’une interview sur France Inter, elle rappelait les biais sexistes et racistes qui perdurent dans le monde médical. Les femmes restent « touchées par l’histoire de l’hystérie » et « le taux de mortalité maternel est deux fois plus élevé chez les femmes noires que chez les femmes blanches aux États-Unis ».
Un phénomène qui n’est pas nouveau
Le phénomène n’est pas observé ici pour la première fois. Frantz Fanon, psychiatre ayant notamment travaillé en Algérie, parlait déjà du « syndrome nord-africain » en 1952. Il évoquait « une attitude de défiance quant à la réalité de la maladie » du personnel soignant face aux personnes nord-africaines.
Dans un article de recherche sur le sujet, différents auteurs dont Mathilde Lambert, de la faculté de Médecine Paris-Saclay, rappelle comment les préjugés racistes, sur les personnes non-blanches sont toujours très actifs dans le milieu de la santé : « jugés plus angoissés, plaintifs, douillets et pour qui il s’agirait donc de moins donner suite à leur plainte », décrivent-ils.
Quelles suites ?
La famille de Meggy Biodore a porté plainte contre les pompiers et le SAMU, et une enquête est ouverte. L’ARS (Agence Régionale de Santé) a annoncé avoir lancé un travail d’inspection.
Quant à Louis Soulat, vice-président du Samu, il s’est exprimé au micro de France 3 Région et a déclaré qu’« il [était] trop tôt pour parler de dysfonctionnement », tout en admettant qu’une prise en charge rapide était nécessaire.
Ambre Couvin