+29,6% pour l’énergie, +43,6% pour le gazole, +7,6% pour les produits frais : au mois de mai, l’Insee affirmait que les prix à la consommation avaient augmenté en moyenne de 4,5% en un an. Les produits alimentaires, dits courants, comme les légumes et les fruits, le poisson ou encore les pâtes sont particulièrement touchés, avec des hausses des prix entre 6% et 20%.

Une succession de chiffres tous plus affolants les uns que les autres, répétés à longueur de journée sur tous les plateaux télé. Une seule question se pose : De qui parle-t-on ? Quelles sont les personnes qui souffrent réellement de ces chiffres ?

Familles nombreuses, mères célibataires, étudiants, jeunes couples et associations : alors que le quotidien est déjà compliqué, tous se retrouvent aussi pénalisés par la flambée des prix.

Carburant et alimentation : des hausses toujours d’actualité

Alors que les vacances approchent, la question de l’augmentation des prix du carburants est omniprésente. Sur les panneaux des stations services, le tarif varie autour des 2 €. Le prix moyen du litre d’essence, dévoilé en juin par le ministère de la Transition écologique, les a d’ailleurs largement dépassé en France. Un record battu, malgré la remise de 18 centimes par litre accordée par l’État.

Les pleins à 100€ sont aujourd’hui courants. Un budget si affolant qu’il en devient incalculable pour les familles nombreuses. C’est ce que Amel, 24 ans, val-d’oisienne et employée administrative, regrette. « Je compte à peu près 70€ à 80€ de plus, juste pour l’essence. Pour l’alimentation, je ne compte même plus ».

On veut juste se déplacer et manger et on se retrouve à la fin du mois toujours en négatif à compter les centimes.

Même constat pour Eden, étudiante à la Sorbonne résidant à Poissy qui « n’arrive plus à joindre les deux bouts », et n’a d’autre choix que d’utiliser la voiture. « On veut juste se déplacer et manger et on se retrouve à la fin du mois toujours en négatif à compter les centimes. »

Au-delà des déplacements, c’est la hausse des prix de l’alimentaire qui gêne les familles. Dans les quartiers où l’enclavement est particulièrement rude, ce sont les jeunes qui en pâtissent. « Avec ces augmentations on se rend compte qu’il ne reste plus grand-chose niveau budget, constate Amel. On se prive de certains plaisirs, que ce soit le shopping, les restaurants ou les activités. Pour mes petits frères et sœurs, on évite de les priver, mais c’est assez compliqué au vu des prix. »

Les associations de quartier face à la hausse des demandes

Face à l’inflation, les familles sont contraintes d’aller chercher de l’aide pour boucler les fins de mois difficiles. C’est le cas pour Ahmed, jeune père d’un enfant de 4 ans, habitant d’Aulnay-Sous-Bois. « On se tourne vers des associations puisque les salaires ne suffisent plus ».

Les livraisons hebdomadaires des Frères du Monde tournaient généralement autour d’une quinzaine de familles par semaine. Dorénavant, elles sont une trentaines.

En face, les organismes redoublent d’efforts, bien qu’elles se retrouvent vite surchargées par la demande. L’association Frères du Monde située dans le 20ème arrondissement de Paris, qui vient en aide aux familles dans toutes l’Ile-de-France, a dû faire face à une recrudescence des demandes d’assistance sans précédent. Les livraisons de colis alimentaires distribués ont même été multipliées par 5.

En période de forte activité, nous gérions près de 300 à 400 familles par mois. La demande et nos capacités de livraison sont passées à plus de 1500 familles.

« Pour vous donner une idée, avant la crise du COVID, en période de forte activité, nous gérions près de 300 à 400 familles par mois, explique Ali, 28 ans, vice-président de l’association. La demande et nos capacités de livraison sont passées à plus de 1500 familles.»

Leur aide quotidienne représente un véritable « filet de sécurité » pour de nombreuses de familles. « La hausse des prix récente a encore plus fragilisé les familles bénéficiant des minima sociaux. Nos livraisons leur permettent d’alléger temporairement la gêne dans laquelle elles peuvent se trouver, mais elles ne résorbent pas pour autant les difficultés structurelles auxquelles elles font face au quotidien (santé, alimentation, habillement, transport etc.).»

De plus en plus de familles chez les associations

Un filet qui risque néanmoins de céder face à une baisse massive de dons et une affluence de nouveaux profils. « Jusqu’alors nous parvenions à prioriser les personnes sans logement ou en situation irrégulière. Avec la hausse des prix, la demande des familles établies en France de manière plus stable (i.e. qui bénéficie d’un logement et d’un accès à des prestations sociales) est devenue plus insistante et plus préoccupante. »

L’engorgement des services sociaux et leur manque d’effectif au niveau national font porter à des associations bénévoles telles que la nôtre la responsabilité de la gestion de cette surcharge avec des moyens bien moindres.

Dans ce contexte, Ali désespère de devenir en quelque sorte  le dernier maillon de la chaîne.« L’engorgement des services sociaux et leur manque d’effectif au niveau national font porter à des associations bénévoles telles que la nôtre la responsabilité de la gestion de cette surcharge avec des moyens bien moindres. »

Dans des quartiers où l’État n’agit que très peu, les associations comme Frères du Monde réclament des moyens pour encourager cette entraide collective. « L’effort fourni par des associations telles que la nôtre est un effort citoyen qui profite à l’ensemble du pays ainsi qu’à la stabilité de ce dernier par le partage des richesses. Sans le relais de tout le maillage des associations humanitaires bénévoles, la situation serait difficilement supportable au niveau nationale et particulièrement dans les zones de forte densité humaine. »

Une solution miracle à laquelle on ne croit plus

Pour répondre à cette précarisation, le gouvernement a décidé de sortir le chéquier. La nouvelle première ministre Elisabeth Borne a annoncé au début du mois le versement d’une aide pour les plus modestes « à la rentrée ». Mais l’annonce d’un chèque alimentaire, au montant variable en fonction des revenus et du nombre d’enfants, laisse sceptique les ménages concernés. « L’indemnité de 100 € palliera sans doute le budget essence. Mais pour les aliments, le gaz, l’électricité, qui ont eux aussi complètement augmenté, ce n’est pas assez du tout », se désole Amel.

Pour d’autres, l’intervention de l’État au pic de l’inflation agace. Pour Amina, 49 ans, conseillère clientèle et maman célibataire de 5 enfants en Seine-Saint-Denis, c’est un vrai ras-le-bol : « Une loi d’urgence pour 100 €, d’accord, pourquoi pas, mais à l’heure actuelle, ce n’est pas suffisant. Les chèques alimentaires qui ont été proposés non plus. C’est toute l’année qu’on a besoin d’aide, pas seulement quand c’est déjà compliqué de manger. »

Kamelia Ouaissa.

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