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L’amie de ma femme fait le pont loin d’ici. Alors c’est Yannick et Nicolas, des copains de son fils, qui nous attendent sur la place de la gare, dans une petite voiture blanche. On explique le projet. On fait le tour de la ville. Une cité tous les 300 mètres. Bondy sud, elles sont aérées, repeintes. Bondy nord, c’est « béton style » comme dit Nicolas, plus serré, pas de verdure. Les voitures ont brûlé des deux côtés de la Nationale 3, mais davantage au nord. Et puis on tourne pour trouver un bar et boire une bière. Difficile: tout est fermé, c’est la banlieue.

– Pour sortir, faut aller à Paris, dit Yannick. Si t’as pas de voiture, t’es mal. Le dernier RER, c’est minuit. Après, tu rentres à pied ou t’attends le premier train, vers 5 heures. Maintenant, ils ont mis les Noctambus. Oublie, c’est pas la peine. La dernière fois, il y avait des junkies et une vieille qui se pissait dessus. Déjà, les chauffeurs ont les boules, ils roulent comme des oufs. Ils se font gazer, braquer, insulter et cracher dessus. Alors aux arrêts, ils passent tout droit. Faut le prendre au départ, à Châtelet, sinon t’es sûr de rien même si tu connais la ligne. Mais bon, Paris, on y va pour les restos parce que dans les boîtes, tu fais une heure de queue mais t’es recalé à cause de ta gueule de rebeu. Si t’amènes des gonzesses, ça passe, mais il en faut pas qu’une et pas des black. Ils disent « j’ai des consignes » et toi tu peux rien faire.

Yannick, 26 ans, Français originaire de la Réunion, a quitté l’école trop tôt. Trois ans dans le bâtiment, le seul secteur qui embauche. Mais c’est dur. Alors il a repris les cours. Aujourd’hui, il est comptable. Nicolas a le même âge. Il est moniteur de colo et encadre des activités sportives dans plusieurs écoles de Bondy.

– Notre truc, c’est le basket. Mais si tu prends pas de licence à 200 euros, t’as pas de terrain pour jouer. On avait un panier dans le quartier, mais le béton dessous il est défoncé. Quand tu sautes c’est dangereux, tu retombes et tu te tords la cheville. Il y a un autre panier dans la Cité Rouge, mais ils l’ont fait sur du gravier. T’en connais toi, des terrains de basket sur du gravier? Pour le foot ou le basket on a souvent sauté les clôtures des terrains, ou bien forcé les cadenas. Au début, les flics se pointent mais après, ils nous laisse tranquille. Sauf quand les voisins se plaignent du bruit. Mais tu veux faire comment du sport sans bruit? Là à côté de l’école on avait un terrain super. La journée j’emmenais les enfants pour jouer et le soir, on faisait du basket. Mais les voisins se sont plaints du bruit. Ils ont enlevé les paniers et les cages, ils ont barricadé. Le terrain est vendu, ça va se construire. Le maire a dit qu’il allait en faire un autre en deux mois où ça dérange personne, mais ça fait deux ans. Maintenant le sport à l’école je dois le faire dans la cours de récré. J’ai des groupes de 15 mais il y en a 200 autour qui traversent le terrain, c’est ingérable. Et moi les mômes je suis obligé de leur mentir tous les jours quand je leur dis « travaille à l’école, t’auras un bon boulot ».

Serge Michel

Derrière le mur de Berlin –

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