Renaud est un homme actif. Et pour cause. A 39 ans, cet ingénieur au CNRS, spécialisé dans la recherche sur le climat, a une vie bien remplie. Epanoui dans son travail, il n’en reste pas moins confronté aux aléas de la vie parisienne. Les râleurs dans le bus, les sorties de bureau hystériques, le stress dans le métro avec en fond sonore les mouflets qui braillent, il connait. Sans parler de la pollution vindicative qui sévit au dessus de la capitale, déterminée à vous pourrir tous les pores de la peau. Avec tout ça, comment fait-il pour trouver la paix intérieure ?

Cette épreuve «Fort-Boyard», que peut être une journée dans Paris, enfin achevée, il retourne « au calme » dans son appartement parisien. Comme lui, n’avez vous jamais eu le sentiment d’être complètement abruti en rentrant chez vous après une journée de boulot ?  Un jour, un ami bienveillant lui recommande de suivre la voie de Namikoshi, ce célèbre Japonais qui à l’âge de sept ans s’est rendu compte qu’il soulageait sa mère, atteinte de polyarthrite, par une pression des paumes et des pouces. Le shiatsu était né.

D’après le ministère de la Santé du Japon, la discipline est un « traitement qui applique des pressions des pouces et des paumes sur des points déterminés du corps, corrige des irrégularités, maintient et améliore la santé, contribue à soulager diverses maladies (gênes, douleurs, stress, troubles nerveux) et active la capacité d’auto-guérison de l’organisme. » Pour apprendre cet art, Renaud se tourne alors vers l’EJS (Ecole japonaise de shiatsu). C’est la révélation : « J’ai tout de suite accroché, surtout pour le côté humain. » Il commence à manipuler. À l’aide de fiches techniques et de bouquins, Renaud apprend les bases de la médecine traditionnelle chinoise, développe son toucher et ses connaissances sur les méridiens. Son entourage lui sert de cobaye. « On apprend, dit-il, à repérer les dysfonctionnements grâce au toucher. On a beau suivre le protocole c’est en manipulant qu’on travaille son ressenti. Si on observe un problème ou si la personne se manifeste, on va cibler avec un shiatsu plus curatif. S’il y a des « zones chaudes » on sait qu’il y a une inflammation musculaire par exemple.»

Et tout ça se travaille. Au même titre qu’un musicien développe son oreille et son toucher, Renaud apprend à ressentir les maux des gens. « Fais un test, si tu places ta main à deux millimètres de ton crâne, tu vas ressentir un peu de chaleur qui s’estompe quand tu l’éloignes », explique-t-il. Ecouter l’autre, ne pas se laisser envahir par les bruits parasites, et vous serez un bon pratiquant du shiatsu. L’argent et la célébrité seraient de bien mauvaises raisons de se lancer dans cette activité. La notion de don est récurrente, il faut aimer les gens et l’échange. «Je ne répare pas une voiture», affirme Renaud. Génération hippie de retour dans ce monde de brutes ? Renaud n’a ni les cheveux longs, ni de fleurs derrière les oreilles mais une réelle volonté d’apporter du bien-être aux gens.

Beaucoup de personnes se tournent aujourd’hui vers les médecines alternatives. Un phénomène de mode qui apporte ses bienfaits et parfois des dérives. C’est bien connu, les Français sont les numéros 1 dans l’acharnement médical. N’importe qui peut se faire livrer une boîte de Prozac. On pense à Melinda qui se shoote parce qu’il pleut alors qu’elle avait misé sur les tongues ou Kelly, 14 ans trois quart qui souffre d’une rupture amoureuse du myocarde. On nous gave d’antibiotiques pour la moindre constipation et qui sait, un jour, le LSD sera peut-être fourni par les psys pour les artistes en manque d’inspiration.

Au final, des problèmes qui ne se règlent pas forcément,  et surtout des effets secondaires. « Une femme à la radio expliquait que les industries pharmaceutiques avaient des blockbusters : « Tel médicament est super car il est au top de la vente ! » Il y a quand même une question de fric dans l’histoire », déplore Renaud. Il ajoute que les gens ont tendance à faire leur propre diagnostic et se dirigent parfois vers des charlatans.  D’après lui, « il y a un sacré déséquilibre en France. »

Mais Renaud insiste sur le fait que la médecine occidentale reste indispensable et ne peut être remplacée par les médecines alternatives. « On n’est pas des médecins, on n’est pas des psys. Le shiatsu ne peut pas soigner toutes les maladies mais peut aider le corps à mieux se défendre. On ne remplace aucune autre technique, mais il est intéressant de travailler en complémentarité », précise-t-il. En effet, le shiatsu joue la carte de la prévention, on renforce le bouclier de nos globules en évitant ainsi les effets de la fatigue et les maladies courantes. Une expérience qui l’enrichit également sur le plan personnel. Un retour aux « valeurs authentiques », loin du stress, de l’aspect matérialiste d’une société centrée sur elle-même. « Je me sens plus japonais », plaisante-t-il.

Et selon lui, les Parisiens en auraient visiblement bien besoin : « Ça devrait être d’intérêt public », déclare-t-il. « Si les Parisiens pratiquaient tous cette discipline, ils ne seraient plus des Parisiens, ils iraient tous à Tokyo ! Paris serait vide ! Le bonheur ! »

Aude Duval

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