Un salon de coiffure baisse sa grille, en plein milieu de l’après-midi. L’épicerie toute proche fait de même, bientôt suivie par une autre boutique. Dans un fracas métallique autour de la galerie marchande, un flot de commerçants commence à converger vers la place centrale du quartier Pissevin, à l’ouest de la ville de Nîmes. Peu à peu, les habitants de barres décrépies descendent à leur tour.

A 15 heures, 300 personnes sont réunies pour interpeller les élus, et dénoncer l’insécurité de la ZUP. Deux fusillades à la Kalashnikov ont éclaté sous leurs fenêtres en l’espace de quinze jours. La première avait fait s’abattre une rafale de balles sur la galerie marchande du quartier. La seconde, le 10 février dernier, avait fait trois blessés, dont un grave.

« Ce rassemblement, c’est un appel au secours ! Nous vivons dans la peur », lance d’emblée Ali Karrim, représentant du conseil de quartier. Timidement, la foule hoche la tête, l’oeil humide. « Nous ne pouvons plus vivre dans la peur. Je ne veux pas avoir à organiser une marche blanche. » Cette prise de parole finira pas un éclat en sanglots.

70% de pauvreté, du trafic mais pas de commissariat

Si les deux fusillades n’ont fort heureusement pas causé de décès, le bruit des coups de feu a profondément marqué les habitants. « Mes enfants, dans la cour d’école, jouent à faire des gangs, miment des armes de guerre », chuchote Fatima. Visiblement distraite, la mère de famille toise plusieurs hommes dans la foule. « Je ne vais pas vous mentir. Je trouve leur présence indécente. » Ces hommes, en habit impeccable, sont les candidats à la mairie de Nîmes.

Le quartier de Pissevin est l’un des dix quartiers les plus délabrés de France : 70% des habitants y vivent sous le seuil de pauvreté. Très périphérique du centre-ville et de ses préoccupations, la ligne de bus y est régulièrement coupée, et la galerie marchande Richard Wagner est devenue le théâtre de trafics de plus en plus implantés. Les habitants, depuis plusieurs années, demandent une présence policière à Pissevin ainsi qu’un nouveau commissariat.

Au milieu des 300 habitants, le maire sortant et candidat (LR) Jean-Paul Fournier, n’a jamais entamé la construction d’un hôtel de police dans le quartier. Il y a quelques semaines, il avouait son impuissance face à la montée des groupes rivaux et adressait un courrier à Emmanuel Macron.

300 habitants avaient répondu présent pour tirer la sonnette d’alarme

Partir ? Mais où ?

« Marine le Pen est venue, on pense à faire venir Christophe Castaner… Tiens, on est à la mode pendant les municipales ! », explose Marie, à la barbe même des équipes de campagne. J’habite à Pollux (un bâtiment du quartier, ndlr) et on a eu deux incendies criminels, rien que cet été ! Partir ? Mais où ? Je suis propriétaire. Notre appartement ne vaut plus rien. »

La ZUP de Pissevin a été bâtie dans les années 60 avec deux objectifs : loger les travailleurs immigrés et les populations issues de l’exode rural. 7 500 logements sont plantés sur les collines de la garrigue, loin des colonnes romaines du centre de Nîmes.

Le 11 février, le préfet du Gard Didier Lauga assurait que le quartier n’était pas « abandonné de la République. » Après les paroles, les 13 000 habitants de Pissevin attendent encore un plan d’envergure pour vivre, enfin, dans la sérénité.

Sarah NEDJAR

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