Diam’s a empoché du flouse, de l’oseille. Des thunes, quoi. Diam’s a disparu un temps, on dit qu’elle a cassé la gueule d’un journaliste de Voici pour des photos volées et un article pas sympa. Diam’s s’est recroquevillée. En a profité pour déclamer ses malheurs. Ou ses bonheurs. Et puis Diam’s est réapparue, voilée. Dans Paris Match, à son insu, comme on dit. Depuis, elle n’a plus parlé, ne souhaite pas s‘exprimer sur sa religion, l’islam. Comme si elle ne voulait que chanter.

Chanter : « Dans cette course au succès, j’crois que j’ai connu l’enfer » (refrain de son dernier single, « Enfants du désert »). Elle porte toujours une casquette, mais la casquette est posée sur son voile. Un voile qu’elle voudrait rendre inaperçu. Peine perdue.

Dans une modeste mosquée de Saint-Denis, le muezzin se casse la voix. On se précipite à l’intérieur. C’est l’heure de s’abaisser au nom d’Allah, de prier. On ne parle pas, c’est pas le moment ! Alors, on attend, impatients. Arrive le moment de parler. Paroles à l’unisson : « Elle a fait quelque chose de courageux, Mash’Allah. » Ou en version plus directe : « Mash’Allah, ce qu’elle a fait est bien. » On se félicite de son choix, comme pour dire qu’elle a enfin trouvé le bon chemin. Dylan, Serbe converti musulman, s’insurge : « Laissez-la tranquille, vous, les médias ! »

A l’extérieur, dans une librairie débordante de livres sacrés, on interpelle trois gamines dans un rayon. « Pour moi, le voile, c’est pour la vieillesse », déclare l’une. Une autre se félicite du « geste de bravoure » de la rappeuse. Les gamines replongent leurs têtes dans les livres religieux. Sans grand intérêt, en vérité, pour le sujet abordé par ces deux reporters inquisiteurs. Allez voir ailleurs !

Paris, quartier Etienne Marcel. Un groupe d’amis s’y est donné rendez-vous. Ils passent l’après-midi ensemble. Normal comme tout. Balade, shopping. Tout d’un coup, la conversation n’est plus à la friperie. Le bonnet péruvien et le frou-frou des manteaux de fausse fourrure font place à une causerie sur ce voile sombre qui cache la célèbre chevelure garçonne de Diam’s. Salim et Lyna pensent qu’à l’avenir, elle « retirera le voile, c’est obligé ». Dihiya monte au front : « Et Madonna, quand elle fout sa croix entre ses seins », s’exclame-t-elle, trop jeune pour comprendre qu’à l’époque Madonna avait fait trembler le Vatican avec ce Christ érotique.

Les amis se déchirent : « Non mais attends, elle met un voile et elle chante « Jeune Demoiselle recherche un mec mortel », y a un gros paradoxe », lance un des amis du groupe. Dihiya répond : « Et une fille voilée, elle n’a pas le droit de rechercher un mec mortel ? » Salim calme le jeu, se fait comique trois minutes. Même moins que trois minutes. « Elle a qu’à dire que son mec mortel a la barbe et porte la gandoura. » Et d’envoyer, un brin moqueur : « Voilà, Diam’s, on attend ces paroles-là. » La rappeuse entendra, ou pas, ces paroles. La rappeuse rira, ou pas, de ça.

Rabah a les yeux bleus et le manteau soigné. Les pompes cirées. La mèche bien gélifiée. Il aime avoir le dernier mot. Il balance un conseil vestimentaire, comme pour ne pas être hors-sujet : « Moi j‘ai rien contre le voile de Diam‘s. Par contre, la seule chose que je peux lui demander, c‘est d‘arrêter de porter des pantalons peau de pêche, c’est horrible. » A bon entendeur, salut !

Pour quelques euros de plus. Opinion

Elle s’appelle Diam’s, Mélanie Georgiades à la vie. Ces derniers temps, elle tapisse les kiosques, recouvre nos journaux graveleux, fait la « une » et les gros titres. Elle ne l’a sûrement pas voulu. Aurait sûrement cauchemardé à l’idée d’un tel scénario. Pourtant, ça lui arrive, à elle, la boulette, l’âme solitaire qui criait qu’elle cherchait « un mec mortel ». Sa vie privée exposée à ceux qui veulent l’acheter, quelques euros.

Diam’s, la rappeuse indétrônable, photographiée dans Match à la sortie d’une mosquée. Un voile sur la tête, un portable entre les doigts et un mari à côté. Marianne s’y met à son tour, le net s’embrase, la vidéo finit par tomber. Diam’s, la rappeuse indéboulonnable, filmée sur scène avec son voile sombre. Il n’en fallait pas plus …

Fadela Amara monte au front : « Choquée » par le voile de la rappeuse, la secrétaire d’Etat. Au quartier ou au lycée, on se dit parfois « consterné par l’indignation suscitée », et parfois, à l’inverse, « indignée par le comportement de cette grande militante de la cause des femmes », Diam’s, donc.

Ne pourrait-on plus vivre, en France, librement ses croyances ? Diam’s, apprend-on, a recontré l’islam il y a dix ans. Est-ce le voile qui froisse les pupilles de nos concitoyens ? Est-ce un bout de tissu qui choque nos amis ? Diam’s ne souhaite pas s’exprimer sur les raisons de sa conversion à l’islam et sur son voile. Du moment où l’artiste qu’elle est continue à donner de sa superbe, à écrire, à chanter personne ne devrait y voir d’inconvénients …

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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