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Rachel Keke s’est fait connaître du grand public en 2019. Femme de chambre puis gouvernante à l’hôtel Ibis Batignolles, elle et ses collègues se mettent en grève pendant 22 mois pour protester contre leurs conditions de travail. Elles dénoncent alors leur exploitation facilitée par le système de sous-traitance, leur précarité et les cadences imposées… Une lutte qui portera ses fruits en 2021 et leur permettra d’obtenir gain de cause sur un bon nombre de leurs revendications.

Forte de cette victoire, elle se lance en politique et devient en 2022 la première femme de chambre élue députée dans la 7ème circonscription du Val-de-Marne. Mais à l’été 2024, le président de la République annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Elle perd alors son siège de députée à une centaine de voix près.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais Rachel Keke en a décidé autrement. Elle considère que sa lutte pour les droits des « invisibles » n’est pas finie et crée son association « d’Invisible à Visible », pour apporter de la force, une voix et le respect de leurs droits à ceux qui n’en n’ont pas. Interview. 

Qu’est-ce que l’association D’Invisible à Visible ?

C’est une association de visibilisation, de sensibilisation et de soutien pour les travailleuses et travailleurs précaires. Ceux qui n’ont pas de voix ou plutôt, ceux qu’on ne veut ni voir ni entendre. Je veux dire par là les personnes qui font des métiers comme femme de chambre, agent d’entretien, auxiliaire de vie, ouvrier, livreur, gardien… Les invisibles quoi.

Concrètement qu’est-ce que va faire l’association ?

Avec l’association, j’aimerais qu’on puisse leur apporter de la force et une voix. Les rendre visibles et pouvoir faire beaucoup d’actions. L’idée est que lorsque des travailleuses et travailleurs se mettent en grève contre la sous-traitance ou des maltraitances au travail, les adhérent.e.s viennent les soutenir en masse sur le piquet de grève, devant l’entreprise.

On ne peut pas mener une lutte avec seulement une dizaine de personnes, mais imaginez si on est 1 000 ou 2  000 devant l’entreprise, ce n’est plus pareil. Cela permet de médiatiser la mobilisation. Le but est de les rendre visibles pendant la lutte, qu’on ait du poids, rien ne peut changer sans la pression et la mobilisation.

Elles et ils travaillent mais on les paie mal et après on les chasse comme des chiens. Ce n’est pas normal ! 

On va faire beaucoup d’actions pour accompagner et défendre ceux qui se lèvent tôt le matin, les visibiliser, parler d’eux et montrer les métiers qu’ils font. On retrouve beaucoup de personnes sans papier qui travaillent dans des métiers précaires. Elles et ils travaillent, mais on les paie mal et après on les chasse comme des chiens. Ce n’est pas normal !

Mais pour ne pas qu’on les utilise gratuitement ou presque comme c’est le cas actuellement, on va mener des actions pour les faire régulariser. Autre chose qu’on va faire, c’est apporter un accompagnement juridique et engager des frais d’avocats pour les cas les plus compliqués.

Il y a déjà les syndicats qui jouent ce rôle de protection des salarié.e.s pourtant

Oui et non. Il y a des dérives de la part de certains syndicats, et ça, c’est aussi le genre de pratique que l’association va dénoncer. Il faut que tous les syndicats fassent leur travail. Parce qu’on souffre, on vient au travail, on nous maltraite, on est syndiqué pour être protégé, on paie parfois 10 à 15 euros par mois avec un faible salaire, mais si derrière on n’est pas protégé devant le patron et que rien ne change, voire que c’est pire encore, ça ne sert à rien !

Pourquoi avoir voulu créer cette association après votre mandat de députée à l’Assemblée nationale ?

Parce que je me souviens du mépris qu’il y avait du côté de la Macronie et du Rassemblement national sur ces questions-là. Ce sont des gens qui n’aiment pas parler des conditions de ces travailleurs-là. Comment peut-on ne pas vouloir augmenter le salaire de personnes qui gagnent 800 euros ou 600 euros par mois pour qu’elles puissent mieux vivre ?

Moi, je rendais visible tous ces métiers précaires et peu considérés que je représentais. Et l’idée de créer cette association était déjà un projet à cette époque. Je ne suis plus à l’Assemblée nationale, mais je veux continuer la lutte avec cette association.

Les premiers bus, les premiers trains, RER et métros sont remplis de ces mains invisibles que l’État piétine aujourd’hui

La plupart de ces métiers sont invisibles pourtant, ce sont eux qui tiennent ce pays debout quand elles et ils se lèvent à 4 heures du matin pour aller travailler. Les premiers bus, les premiers trains, RER et métros sont remplis de ces mains invisibles que l’État piétine aujourd’hui. Il faut qu’on puisse avoir un peu de considération pour les travailleurs. Et j’ai envie de dire, tous ces métiers essentiels, pénibles, dont on ne parle pas, qu’on oublie souvent, ce sont eux qui tiennent la France debout. Sans eux, la France ne peut tenir.

Christiane Oyewo

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