Une initiative de l’État dans sa politique d’égalité des chances qui fait suite aux émeutes de 2005. Résultat : seulement 14 % de personnes perçues comme « non-blanches » (asiatiques, noirs, arabes et autres..) sont présentes à l’antenne. Un bilan décevant puisque le chiffre stagne par rapport à l’année 2014 (14 %) et a même diminué si l’on compare avec les chiffres de 2013 (16 %). Indépendamment de l’origine ethnique, le baromètre montre qu’il y a plus d’hommes (62 %) que de femmes (38 %). Les personnes « non blanches » sont représentées à 16 % pour les hommes contre 13 % pour les femmes.
Je suis une femme, noire et qui souhaite devenir journaliste TV… Tout cela semble bien compliqué.
Mais plus sérieusement, il y a un véritable problème dans la représentation de notre société sur les chaines télévisées. La société qui y est reflétée n’est pas celle que je côtoie au quotidien. Il ne s’agit pas d’un caprice ni une volonté de victimisation, mais simplement le constat d’une situation qui doit changer ! Être Français c’est aussi être représenté à travers les médias, « miroirs de la société ». Il ne faut pas oublier que les médias existent uniquement grâce à nous, public.
À noter que ce manque de diversité est un phénomène général qu’on retrouve aussi dans les rédactions de journaux, de radios, au théâtre ou encore au cinéma… Pire, toujours selon le CSA, les personnes dites « non-blanches » incarnent à 37 % une activité illégale ou marginale à l’écran. Non seulement ces personnes sont sous-représentées mais en plus elles sont utilisées pour véhiculer et même renforcer certains clichés.
Télé, cinéma, même combat 
Prenons comme exemple le cinéma. Dans Intouchables (l’un des plus grands succès du box-office français et international), l’un des personnages principaux, noir, est interprété par Omar Sy. On pourrait se féliciter d’avoir une personne « non-blanche » en tête d’affiche sauf qu’ici le personnage vient de faire six mois de prison et tente de frauder les ASSEDIC.
Dans le film Bandes de filles présenté l’année dernière au Festival de Cannes, les personnages principaux sont des femmes noires. Sauf que l’héroïne du film est en échec scolaire (on lui refuse l’entrée en seconde). On assiste également à des bagarres entre bandes rivales.
Ces exemples laissent véhiculer dans notre société l’idée selon laquelle les « noirs » seraient le plus souvent en situation d’échec ou auraient enfreint la loi. Non, non et non. Les Hommes, indépendamment de leurs origines ethniques, religion ou sexe, se retrouvent dans des situations d’échec ou et parfois enfreignent la loi. Malheureusement, je ne peux pas appuyer mon argument avec des chiffres, les statistiques ethniques étant interdites en France. Et puis de toute façon, il n’y a rien à prouver ni à justifier. Il y a des « noirs » qui respectent la loi, qui ne sont jamais allés en prison, mais plutôt à l’école et qui ont réussi socialement et professionnellement. Il serait intéressant de voir surtout cela au cinéma. Voir des histoires un peu plus proches, non pas de ma réalité, mais de la réalité qu’est la société française.
Le plus choquant est d’observer que ce sont les médias qui colportent ces stéréotypes. Pourtant, ils ont conscience de la puissance de l’image, de la diffusion des messages et de la manipulation qui peut en découler… On peut aussi se demander si finalement les médias ne répondent-ils pas à la demande de ceux qu’ils la regardent ? Sont-ils le reflet d’une pensée majoritaire de la société française ?
Quelles actions après les constats ?
Le baromètre c’est bien, cela donne des preuves, mais ensuite ? Il ne s’agit pas du premier baromètre et malgré les constats, la « diversité » dans les médias ne s’améliore pas. Cette question de la diversité illustre l’inertie de l’État, son incapacité à intervenir au sein de grands groupes privés. C’est d’autant plus inadmissible pour France Télévisions, entreprise du service public et pour tout support médiatique ou artistique subventionné l’État.
L’État semble lui même incapable de mettre en place des initiatives pour améliorer une situation qu’il constate et dénonce. Il participe d’une certaine manière à l’acceptation généralisée de ce problème et finalement donne du crédit aux entreprises privées mises en cause.
Est-ce un manque de compétences de personnes dites « non-banches» ?  Ou un manque de candidats ?  Il n’est bien sûr pas question de mettre des personnes « non blanches » à la télé parce qu’il faut en mettre, mais parce qu’elles sont toutes aussi douées que les personnes dites « blanches ».
J’aimerais bien balayer le sujet en tenant les traditions et les mentalités pour responsables, dire qu’avec le temps ça ira. Mais jusqu’à quand ? Il faut arrêter de se contenter des deux ou trois exemples qu’on nous affiche, car ce n’est qu’un leurre, une manière de nous faire croire qu’il y en aura d’autres. Il ne faut donc pas baisser la garde, continuer à se battre.
C’est la loi du silence qui règne. On a tous conscience que quelque chose ne va pas, mais on continue en tentant de normaliser, pire, de minimiser le problème. Mais quel exemple donne-t-on à notre jeunesse ? Comment leur donner de l’espoir lorsque l’on représente une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas ?
Yannise Tchouankea
(Avis à tous ceux qui un jour, auront mon CV entre les mains. Engagez-moi pour ma personnalité, mon talent et ma détermination et non en raison de mon sexe, de mon origine ethnique ou sociale. Je ne les renie pas, ils font partie de moi, mais ne me déterminent pas !)
httpv://www.youtube.com/watch?v=_cabEkOqgFY

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