Depuis que mon petit frère a repris le chemin de l’école, il lui arrive de se réunir avec quelques-uns de ses copains à la maison pour faire ses devoirs. J’étais présente aux dernières révisions des mioches. Un téléphone portable sonne, Cyril décroche : « Allo, oui ça va, je suis toujours chez Mehdi, oui, oui oui, d’accord maman, à tout à l’heure. » Etonnée, je lui demande si le portable qu’il tient en main est bien le sien. Réponse affirmative. Il me montre son téléphone : le même que le mien (du moins celui que j’ai perdu) : un Samsung Player One. Différence entre lui et moi : l’âge. Il a dix ans, j’en ai quinze. Fiers, les trois autres copains de mon frère me montrent chacun leur téléphone. Et pas n’importe quoi : ça va du tactile au clavier azerty, en passant par le dernier coulissant.

Certes, aujourd’hui, en prenant un forfait, le téléphone, même le plus classe, est à 1 euro. Possible, mais mon premier portable, je l’ai eu pour ma rentrée au collège, et c’était avec une puce « sans engagement », que je rechargeais approximativement tous les deux mois. Loin du clapet ou du tactile. Un Nokia de basee me convenait parfaitement.

Je vous entends d’ici marmonner derrière votre écran : « De mon temps les jeunes n’avaient pas du tout de téléphone ! » Je sais, mais il faut vivre avec son temps, mesdames et messieurs, et de nos jours, il est assez courant de voir un enfant, oui, un enfant, tenir son portable à l’oreille. Comme un grand.

Cet appareil peut s’avérer utile, même pour un gamin. Mon petit frère n’en a pas encore mais, dans la famille, papa-maman y pensent. Non pas que Mehdi veuille frimer face à ses copains, mais avec un portable au moins sera-t-il joignable, et ça rassurera mes parents lorsqu’ils sont au travail. Bien entendu, Mehdi ne parcourt pas Paris seul à 10 ans, mais il est toujours plus rassurant pour la famille de le savoir joignable quand il est chez un copain ou de s’assurer qu’il est de retour à la maison après la fin des cours. Ah oui, mon petit Mehdi, le portable c’est chouette pour appeler tes amis mais c’est aussi un moyen de te tracer…

L’école ! Parlons-en, c’est l’endroit où, qu’on soit enfant ou adolescent, on passe le plus clair de son temps. Etant donné que le collège de mon frère n’autorise pas les appareils électroniques en son enceinte et encore moins en classe, le téléphone ne sert plus à grand-chose, si tant est qu’on respecte les règles à la lettre. Le collège, je l’ai quitté il n’y a pas si longtemps que ça, et je vous avouerai que j’emportais mon téléphone avec moi. Quelle délinquante je suis ! Mais je n’étais pas la seule à transgresser le règlement. Environ 80% des élèves avaient un portable. Nous le mettions en mode « silencieux » ou l’éteignions. Le tour était joué. Les profs n’y voyaient que du feu. Les SMS sans vibreur, ça le faisait. Du moment qu’on ne se faisait pas attraper par la principale…

Une chose, toutefois, me consterne : avoir un portable dernier cri à 10 ans. J’étais dans une boutique d’un centre commercial lorsqu’une mère et son garçon y sont entrés. La maman, apparemment une ancienne employée du magasin, a commence à discuter avec ses ex-collègues. Ces dernières lui ont fait remarquer que son petit avait grandi (réplique un peu idiote, mais pas tant que ça, commercialement parlant). La maman précise que son fils a pile 12 ans. Une des vendeuses s’aperçoit que l’enfant tient à la main un sac SFR. Elle se permet de lui demander ce qu’il y a dedans.

« Ma maman m’a acheté l’iPhone 4 pour la rentrée », répond ce dernier. La mère confirme, fière d’elle. Je ne rêve donc pas. « Et t’en as eu pour combien ? », interroge la vendeuse. « 198 euros, eh oui, le téléphone, le forfait 1 heure d’appel plus les SMS, Messenger et internet illimité », récite la mère face à ces ex-collègues. Elles sont estomaquées.

C’est la journée des surprises. En rentrant chez moi, je tombe sur mon petit frère Mehdi, et un de ses copains de classe. « Sarah, Sarah, regarde ce que la mère de Karim lui a acheté ! », et dans la seconde, son camarade me met un Blackberry sous le nez ! J’hallucine : un Blackberry ! A 10 ans ! Il me demande de lui donner mes codes BBM (codes destinés aux adeptes de cet appareil). J’ai un peu honte de lui répondre que je ne suis pas à la page. Je fais pitié avec mon téléphone de récup’. J’ai eu la malchance de perdre mon téléphone et me suis rabattue sur mon premier modèle, vintage…

Ma mère est sidérée : « Je suis complètement contre cette nouvelle mode et cette surenchère dans les modèles de téléphones portables. J’estime que c’est une provocation qui ne peut qu’apporter des problèmes, racket et violences. En plus, les gamins ne vont plus pouvoir se concentrer à l’école s’ils ont ces petites merveilles de technologie dans leur poche, sans compter l’accès à Internet que cela permet. »

C’est bientôt l’anniversaire de ma petite cousine qui va avoir 6 ans. Si je lui achetais un iPad ?

Sarah Ichou

Sarah Ichou

Articles liés

  • La solidarité sur tous les champs à Villetaneuse

    #BestofBB À Villetaneuse, les générations se mêlent autour des potagers solidaires et du cinéma. L'association l'Autre champ et le collectif du Ver Galant organisent des distributions de fruits et légumes, des ateliers jardinages, des séances de cinéma pour faire éclore le lien social dans cette période de pandémie. Reportage.

    Par Eva Fontenelle
    Le 27/07/2021
  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021
  • La cantine des femmes battantes : solidarité féminine, ambition et cuisine

    #BestOfBB Lancée en fin 2019, l’association dionysienne La cantine des femmes battantes vise l’émancipation des femmes précaires grâce à la cuisine. Tous les weekends, Aminata, Mariame, Maïté et Fatou se réunissent pour cuisiner, vendre et livrer une cinquantaine de plats à Paris et en Seine Saint Denis. Issues de parcours compliqués, ces cuisinières ont décidé de monter l’association dont elles avaient besoin, afin d’aider, par la suite, les femmes qui leur ressemblent. Reportage.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 26/07/2021