Vendredi après-midi, j’ai rendez-vous devant l’hôtel Saxo avec Dolly. Vous souvenez-vous? Il y a quelques jours, ma collègue Sabine avait parlé d’elle sur ce blog. Dolly a 30 ans, elle est Congolaise et a été expulsée de son appartement avec ses trois petits enfants. Arrivée en France en 2001, elle n’a pas de titre de séjour, le père de ses enfants l’a quittée depuis longtemps et elle survit depuis deux mois dans l’appartement deux-pièces de compatriotes. Un destin poignant et une femme qui se bat avec l’énergie du désespoir.

« Vous connaissez un café sympa dans la région? » Je me rends immédiatement compte de la stupidité de ma question. Dolly ne va pas dans des cafés sympas. Trop cher, beaucoup trop cher pour elle. Quand elle parvient à travailler, elle gagne 15 euros par jour dans un restaurant congolais qui l’emploie de temps en temps. Alors prendre un café… On se décide finalement pour un coca chez un Turc. Nous entrons rapidement dans le vif du sujet. Comment les choses ont-elles évoluées depuis que Sabine l’a vue il y a trois semaines?

Pour la faire courte: mal. Le couple d’ami chez laquelle elle vit momentanément « ne peut plus la sentir » après plus de deux mois de cohabitation. Alors l’ambiance devient lourde. « Ils regardent la TV jusqu’à 2:00 du matin dans la chambre où je dors avec les enfants. Ils doivent attendre très tard avant de se reposer. Et l’école commence tôt le lendemain. » Elle va devoir sortir, Dolly le sait, mais il n’y aura aucun toit pour elle. Sans permis de séjour, sans argent, c’est une mission impossible.

Alors ce mardi, Dolly a demandé à une assistante sociale de faire rentrer ses enfants dans un foyer. Les larmes lui viennent aux yeux, mais elle ne voit plus d’autres solutions. « Juste le temps pour moi de stabiliser la situation », dit-elle, sans avoir l’air d’y croire. Aujourd’hui, elle est contrainte de frauder dans le bus pour amener ses enfants à l’école. La hantise! Les contrôleurs, les uniformes, l’administration, ça lui fait peur. Un avocat lui a dit qu’elle n’était pas expulsable, mais Dolly est terrorisée. « Je dis aux enfants de prier pour qu’il n’y ait pas de contrôleurs. Jusqu’à présent cela a marché. »

Le 6 décembre, Dolly s’est présentée au Tribunal. Depuis son expulsion, ses affaires personnelles ont disparues et le propriétaire de son ancien appartement dit ne pas savoir ce qu’elles sont devenues. Il y avait les habits des enfants, « ils n’ont plus que deux paires de pantalons », une TV et surtout des sacs à main que Dolly voulait faire revendre au Congo via des contacts qui retournent au pays. Hélas pour elle, tout est loin et le propriétaire ne s’est même pas présenté au Tribunal… Autant dire que ses effets sont perdus.

Le dernier espoir auquel Dolly se raccroche, c’est sa fille aînée de 13 ans. Au mois de septembre 2006, elle aura été scolarisée depuis cinq ans en France et pourra obtenir la nationalité. Dolly recevra alors un permis et sa situation devrait être un petit peu meilleure. Un peu. Mais, il faudra tenir jusque là…

Je quitte Dolly devant le Monoprix de Bondy. Malgré les épreuves, elle reste belle et digne. Elle se bat avec l’énergie du désespoir, mais ses traits sont tirés, fatiguée par le combat quotidien. Lundi ou mardi, je l’accompagnerai avec ses enfants prendre le bus pour l’école.

Sans ticket, moi aussi.

Par Pierre Nebel

 

Pierre Nebel

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