Doux rêveur, passionné, désir profond d’aider l’autre : ces traits de caractère animent tout autant Arnaud, François-Xavier et Vincent (photo, de droite à gauche). Cet altruisme tapi en chacun de nous peut trouver un endroit où s’exprimer. Il suffit de cliquer sur le site www.dreamshake.com fondé par Arnaud Dubois et François-Xavier. Ces deux amis d’enfance, devenus compagnons de route, ont mis au service des autres leur expertise de « rêve réalisé ». Vincent, lui, met la robotique au service des handicapés.

Depuis l’âge de 14 ans, Vincent Thiberville (photo ci-dessous), aujourd’hui 19, est féru de robots : « J’ai commencé par mettre au point des diodes qui clignotent, puis j’ai découvert la robotique qui m’a immédiatement passionné. » Vincent compulse alors tout ce qu’il trouve dans ce domaine. « J’ai réalisé mes premiers robots mobiles autonomes d’entraînement, à partir de livres, et c’est en autodidacte que j’ai peu a peu réalisé mes propres robots, de A à Z. C’est pour moi à chaque fois un grand moment lorsqu’un complexe mélange de mécanique, d’électronique et de programmation donne naissance à un robot. »

Porté par cette passion, Vincent obtient son Bac STI (sciences et technologies industrielles), option génie électronique, au lycée Jean Perrin, classé ZEP, à Saint-Ouen-l’Aumône, à 17 ans, mention très bien. Il terminera premier au Concours général des lycées et des métiers en 2007. Il déplore cependant le côté rébarbatif de la robotique, qui manque cruellement d’humanité.

Un heureux hasard se produit en mai 2007 : la rencontre, sur un forum, de Francis Simon, un artiste peintre professionnel de 62 ans, atteint de polyarthrite galopante, maladie qui l’empêche d’assouvir sa passion. « Je cherchais un moyen de rendre mes réalisations utiles à la société et aux personnes en ayant besoin. J’ai toujours voulu donner un coté plus humain à la robotique, et le fait de pouvoir concilier handicap et robotique a en fait grandement augmenté ma motivation et mon intérêt. » Le peintre professionnel prodigue de précieux conseils techniques dans la peinture et l’art en général au jeune prodige. Et c’est ainsi que « Thiberpaint 1 », le premier prototype voit le jour (1).

De la synergie naissante avec Francis Simon émerge un vaste projet dans la tête de Vincent. « J’ai rencontré quelques personnes handicapées du foyer Handas (2) de Jouy Le Moutier. Ce foyer accueille des polyhandicapés physiques et/ou mentaux car les familles ne peuvent pas les prendre en charge chez elles. » Le père de Vincent a été pendant longtemps moniteur pour personnes handicapées dans un Etablissement ou Service d’Aide par la Travail (ESAT) (3). « Le fait d’être en contact depuis mon plus jeune âge avec des personnes atteintes d’un handicap m’a sensibilisé : j’ai toujours été interpellé par le fait que leur handicap même les déconnecte de l’autre, du monde et que selon leur handicap certaines activités leur étaient impossibles. »

C’est pourquoi Vincent décide d’étendre l’utilisation des robots non plus à un artiste peintre professionnel mais à toutes les personnes présentant un handicap afin de leur permettre d’accéder à une activité artistique créative. Vient alors la course au financement de ce projet qui lui tient à cœur.

Ce désormais technologue de l’École supérieure d’ingénieurs en électronique et électrotechnique (4), qui aime surfer sur le net, découvre le site www.dreamshake.com, créé par Arnaud Dubois et François Xavier-Tanguy. Cette plateforme communautaire permet de connecter ceux qui ont des envies et projets avec ceux qui proposent leurs talents et compétences, « des rêves les plus simples à des plus compliqués », comme ils aiment à le souligner.

« On est partis du constat qu’un rêve est difficile à mettre en place, qu’il existe une réelle difficulté à trouver un mécène, d’où cette plateforme pour communiquer. En effet, il est plus facile de trouver 2000 personnes qui vont donner un euro plutôt qu’une seule qui donnera 2000 euros. » Leur ambition est « d’utiliser la force du réseau pour faire avancer et financer les rêves ». Leur souhait : « Que les internautes qui visitent [leur] site aient le vertige…On se veut facilitateur et accélérateur de projets. » Une « bourse du rêve » a été créée en ce sens. Bourse à laquelle Vincent a participé pour financer son projet d’innovation « Robot peintre pour personnes handicapées ».

Le dimanche 2 mars 2008, Arnaud et François-Xavier ont attribué à Vincent la seconde place ex aequo. Cette rencontre reste capitale pour Vincent : « Je n’aurais jamais pu arriver là où j’en suis sans leur aide ; ils m’ont autant aidé sur le plan financier que sur le plan des contacts via leur site. »

Stéphanie Varet

(1) http://www.handibot.fr
(2) http://www.apf.asso.fr
(3) http://www.travail-solidarite.gouv.fr/spip.php?page=article&id_article=1144
(4) http://www.esiee.fr/

Pour avoir un aperçu en images du fonctionnement de Dreamshake, cliquez sur http://www.dreamshake.com/comment_ca_marche.php

Stéphanie Varet

Articles liés

  • Derrière la hausse des prix, quelle réalité pour les habitants des quartiers ?

    Derrière les chiffres de l'inflation, des hausses de prix toujours plus inquiétantes, quelles sont les personnes qui en souffrent ? Familles nombreuses, jeunes travailleurs et associations de quartiers sont particulièrement pénalisés par un carburant et une alimentation toujours plus coûteux.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 24/06/2022
  • Contre la surveillance généralisée, la Quadrature du Net lance une plainte collective

    Vidéosurveillance généralisée, fichage de masse, reconnaissance faciale, détection automatisée des comportements, aujourd’hui la surveillance policière est omniprésente. Pour mettre un coup d’arrêt à cette « dérive liberticide », la Quadrature du Net lance une plainte collective contre le ministère de l’Intérieur. Arthur Messaud, juriste depuis 5 ans au sein de l’association de défense des libertés face aux menaces des nouvelles technologies, pointe l’opacité avec laquelle se déploie cette « technopolice ». Interview.

    Par Margaux Dzuilka
    Le 22/06/2022
  • Chlordécone : le combat des Ultramarins continue

    Motivés par un besoin de réparation et de justice, des collectifs et associations ultramarins se battent pour la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’affaire du chlordécone. C’est le cas de l’association antillaise VIVRE qui en 2019, appuyée par d’autres collectifs, a choisi de mener une action collective. La décision du tribunal administratif sera rendue d'ici la fin du mois de juin.

    Par Clémence Schilder
    Le 14/06/2022