Suite à une chute, Mme C. est transportée à l’hôpital Jean Verdier de Bondy. Il est 10h30. Première étape : les urgences. Pas de chance, c’est dimanche. Le brancardier qui transporte Mme C. des urgences à la salle de scanner prend le temps de faire coucou aux collègues alors que sa patiente est en train de vomir du sang. C’est la famille qui la met de côté pour être sûre qu’elle ne s’étouffe pas.

Il ne s’inquiètera pas non plus de laisser tout ce beau monde tout seul dans le couloir alors que Mme C. devrait être déjà de retour aux urgences. Journée calme aux urgences, dixit des infirmières en grande conversation, mais il faudra malgré tout attendre plus de 10 minutes pour que celles-ci aillent chercher une couverture réclamée par le docteur pour la malade.

Le scan arrive. Il montre une fracture de l’os derrière l’oreille et, surtout, un accident vasculaire cérébral (AVC) frontal. Il est 13 heures. L’urgentiste envisage le transfert de Mme C. dans un service de neurochirurgie d’un autre établissement, l’hôpital de Bondy ne disposant pas d’un tel service. Mais c’est dimanche. Et puis, Mme C. est âgée… Il est 18 heures quand finalement Mme C. est hospitalisée à Jean Verdier, dans le service de chirurgie.

Les jours qui suivent, son état se détériore : elle ne mange plus, elle se plaint de ses jambes, elle se renferme, elle veut rentrer chez elle (les infirmiers auront la bonne idée de lui parler malgré tout de maison de repos. Pas besoin d’avoir une thèse en psycho pour savoir que ce sont des mots qui sont loin d’être thérapeutiques chez des patients hospitalisés).

La famille s’inquiète et cherche à interroger les docteurs, tous fuyants et invisibles. Le professeur du service refuse même de la rencontrer. Le personnel soignant assure cependant que, physiquement, tout va bien : le comportement de Mme C. n’est pas lié à un problème physique au niveau de la tête. Les infirmières sont formelles : c’est le syndrome du glissement, typique chez les vieilles personnes qui ne veulent plus se battre pour vivre.

La famille dit sa stupeur à l’énoncé d’un tel verdict : jusqu’à son entrée à l’hôpital, Mme C. était une femme, certes âgée, mais autonome et dynamique, membre actif de l’association des familles à Bondy. Difficile de croire qu’une chute pourrait suffire à la mettre dans cet état en 2 ou 3 jours.

La famille demande un nouveau scanner pour s’assurer que ce changement de comportement n’est pas le fait d’un problème physique lié à la chute. Mais le docteur, à qui on a collé Mme C., estime que « l’hôpital public ne peut faire plus ». La famille continue de rôder dans les couloirs à la recherche désespérée d’informations. Elle apprend via une infirmière que le premier jour, les urgences ont transmis un dossier relatif à la patiente qui parle d’AVC, mais qu’en l’occurrence ce n’est pas ce dont souffre ladite malade, puisque tout va bien physiquement dans sa tête, sisi, puisqu’on vous le dit que tout est à la bonne place…

Vendredi matin aux aurores. La famille fait le pied de grue dans l’hôpital et passe de bureau en bureau. En fin de journée, à son grand soulagement, Mme C. quitte enfin le service de chirurgie dans lequel son état s’est détérioré sans que le corps médical ne réagisse jamais. Elle rejoint le service de médecine. Ça fait maintenant 7 jours qu’elle ne s’alimente plus. Elle est mise sous perfusion. Le week-end passe. Lundi, le psychiatre lui prescrit des antidépresseurs. Mercredi, toujours aucune amélioration, plutôt une constante détérioration.

La cadre de santé, en gros la cheffe des infirmiers, parle d’hôpital psychiatrique à la famille… La discussion est tendue, la cadre est agressive, ne supporte pas que la famille s’interroge sur le manque de réactivité devant l’aggravation de l’état de santé de Mme C. depuis son arrivée ou sur le diagnostic d’AVC qui est remonté des urgences et qui a été immédiatement ignoré… La cadre explique qu’il y a eu confusion entre deux patients, certifie que tout a bien été fait, que le changement de service était prévu, que le problème est uniquement psychologique et qu’il ne s’agit en aucun cas d’AVC.

Vendredi, 12 jours après la chute, le traitement de Mme C. est arrêté en urgence. L’hôpital la soigne pour dépression, alors qu’en fait, elle a un AVC ! Sauf que le scanner réalisé aux urgences a été égaré (en service chirurgie ?) et qu’il n’est jamais parvenu au service de médecine. Il a fallu en faire un autre, qui a montré les mêmes choses que le premier : un accident vasculaire cérébral au lobe frontal gauche. Les symptômes de Mme C. auraient de toutes façons dû alerter le personnel soignant dès les premiers jours d’hospitalisation, car certains ne sont pas sans rappeler ceux d’un AVC.

Le patient victime d’un AVC doit être traité en urgence absolue, dixit les manuels de médecine. Mme C. aura dû attendre plus de 10 jours pour être traitée pour un AVC pourtant diagnostiqué trois heures après l’accident. La famille demande une enquête interne et n’exclut pas le dépôt d’une plainte.

Combien de Mme C. qui, parce qu’ils sont jugés trop vieux, sont laissés ainsi à l’abandon par le personnel soignant ? Combien de Mr Y ou Mlle Z qui sont ignorés du corps médical, parce qu’ils n’ont pas la chance d’avoir une famille qui veille ? « L’hôpital ne peut faire plus », dit le docteur. Quand il ne fait absolument rien, on commence à s’interroger sur sa raison d’être. Surtout, on commence à s’inquiéter pour notre avenir à tous.

Sandrine Roginsky

Note de la rédaction: le Bondy Blog privilégie les témoignages directs, qui sont parfois unilatéraux. Nous donnerons pourtant la parole au personnel ou à la direction de l’hôpital Jean Verdier, s’il le souhaite, sous la forme d’une interview, d’un reportage ou d’un droit de réponse.

Sandrine Roginsky

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