Le quartier de la Boissière à Montreuil. Longbeach et Compton ont leurs magnifiques palmiers qui se déploient dans le ciel, nous, Montreuillois, avons des sortes de baobabs qui te défouraillent le sol avec leurs racines. Y’a pas à dire, c’est moche ! Cela ne suffisant pas, La Boissière souffre d’un autre mal : celui des vitres brisées. Il n’est pas rare de trouver de bon matin des éclats de verre éparpillés sur le bitume, bilan de deux ou trois voitures vandalisées.

La pêche a été bonne pour ces voleurs. Quand on découvre ça, « voleurs » n’est pas le premier qualificatif qui vient à l’esprit, c’est plus un truc du genre en*****. Le quartier sert aussi de garage, ou plutôt de dépotoir. On retrouve ainsi, abandonnées, des voitures immatriculées 64, 60, 92, etc., les fils arrachés et la vitre côté passager brisée. Le pire c’est que ces véhicules en voie de pourrissement, restent deux, trois semaines, voire plus, avant d’être enlevés. Comme si les flics n’avaient pas patrouillé dans le secteur depuis tout ce temps. On a l’impression que ça fait partie du paysage, que le 9-3 doit avoir coûte que coûte son quota de misère. Bordel ! C’est par des détails de ce genre que l’on se sent négligés par les collectivités locales.

Autre exemple : sur la portion de l’autoroute A3 au niveau de Romainville direction Rosny, une voiture, visiblement en panne, a végété sur la bande d’arrêt d’urgence pendant deux ou trois jours. Et en prenant la branche de cette autoroute qui mène à La Boissière, je suis tombé l’autre jour sur un frigo en plein sur la voie, des matelas et autres meubles dépassant des buissons. Mais bon sang ! Où part la TVA incluse dans le prix de mon chiken ?

J’ai été victime de ces mêmes en*****. Oui, je me suis fait victimiser comme une lopette. Et pas qu’une fois. La dernière, je revenais d’un week-end à Rennes. J’étais content, j’avais dégusté un savoureux kebab au sel de Guérande, j’avais vu du pays dans ce coin de notre terroir que beaucoup en banlieue parisienne respectent pour cet art culinaire qu’est la crêpe (oui c’est un art, essayez de faire voltiger une crêpe dans votre poêle cramée à force de chakchouka). Oh my god  j’étais bien ! Mais en passant le palier de ma porte, mes parents m’apprennent qu’un indélicat m’a « fait les fils ».

Comprenez : on a tenté de me subtiliser mon moyen de locomotion, une Ford Escort vert bouteille, impeccable, mis à part les plaquettes de freins, les amortisseurs, le pot d’échappement et l’embrayage défectueux. Cerise sur le capot, ils ont attrapé en flag le bouffon… mais l’ont laissé repartir. Nos parents sont vraiment trop gentils. Preuve qu’on est bien intégrés. En ce moment, de l’autre côté de la Méditerranée, un mec qui bricole ta voiture se fait lyncher sur place…

Le délinquant, j’ai honte de le dire, était un Maghrébin comme moi. Rouquin et ivre en plus nah sheytane (surement un Kabyle) ! Voler son propre frère… Le tebé qui a confondu la couleur de ma voiture avec celle de sa bouteille n’a même pas vu venir mon frère qui l’a sorti du véhicule. Pris sur le vif, il s’est excusé et a promis de réparer. Cause toujours… En attendant le mec fait profil bas quand il me voit. Mes potes Hatem et Reda, à la cité Franklin, ont eux aussi retrouvé un mec bourré dans leur voiture en train de trafiquer les fils. Faut qu’on m’explique : sont-ce les courbes généreuses de nos bolides qui excitent les schlagues ? Dans le cas de Hatem, le mec a pété la voiture pour récupérer les pièces de 5 et 2 cents placées sous l’allume-cigare…

L’histoire ne s’arrête pas là. Ma petite Ford Escort a attiré d’autres vautours pendant que je ronflais. Au total trois ou quatre tentatives de vol sans succès, dont une en pleine journée. La voiture était à sec, les fils pendaient, je n’avais pas réparé les dégâts de la dernière tentative, donc ils ont poussé la voiture à mains nues. Comme ça. Normal. Tranquillement. Sûrement exténués, ces crasseux ont abandonné leur butin deux cents mètres plus loin. C’est le garagiste de ma rue qui m’a alerté : « Y’a ta voiture abandonnée là bas… » J’étais vexé : au bout de toutes ces tentatives, ils n’avaient même pas réussi à l’avoir, ma berline américaine. J’avais de la peine pour eux : ils auraient pu s’acheter une paire de requin made in Casablanca en revendant le moteur…

Aladine Zaïane

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