Ce lundi, comme beaucoup de professeur, Jihed, s’est retrouvée face à ses classes, avec beaucoup d’interrogations et des idées pour l’avenir.
9h : je me lève le cœur lourd, en préparant mon sac pour mes cours de la journée je ne sais pas tellement à quoi m’attendre. Aujourd’hui je n’ai cours qu’avec mes 4e. Ils ont 12-13 ans de moyenne d’âge et son probablement perdus au milieu des terribles évènements qui ont eu lieu. Ils sont également à un âge où ils sont littéralement bombardés par toutes les images qui circulent, les infos et les intox qui naissent tous les jours sur le net.
10h20 : la salle des professeurs est bondée. Toute la direction est là. Il y a peu de rires, les visages sont graves, certains rougis par les larmes. Profitant de la récréation qui bat son plein, le chef d’établissement nous rassure « Nous sommes ensemble, nous devons encourager le dialogue entre les élèves, mais également entre les professeurs et les élèves, nous comprendrons bien sûr que les cours “classiques” ne puissent pas avoir lieu aujourd’hui ». Son discours est rapidement interrompu. Un événement semble avoir lieu dans la cour. Il s’avère que les élèves se sont spontanément réunis pour chanter ensemble la Marseillaise. Je ne le montre pas, mais je suis émue.
10h40 : ca y est, je fais entrer mes élèves en classe. « Madame, on va faire quoi aujourd’hui ? » me demandent-ils. Je leur réponds que je suis ouverte au dialogue concernant les attentats et que s’ils ont envie de s’exprimer ils peuvent le faire en respectant les victimes et en faisant attention à n’attiser aucune haine. Ils ont vraisemblablement envie de s’exprimer, ils s’écoutent, se répondent, s’encouragent, rient même de temps à autre. « Madame on doit faire quoi maintenant ? Ce matin il y avait des bouchons devant chez moi et un homme m’a dévisagé du regard, son regard était mauvais et méchant surement parce que je suis arabe et musulmane. » Je lui rappelle que ces informations ne sont pas écrites sur son front et ses camarades lui répondent qu’il faut qu’elle soit forte et qu’elle ne cède pas à la paranoïa.
11H30 : je récupère ma seconde classe de 4e. Ils ne comprennent pas très bien ce qui vient de se passer, alors ils cherchent à expliquer les actes. C’est tantôt la faute d’une politique internationale qui se mêle de ce qui ne la regarde pas, tantôt ce sont juste des fous qui ont agis en ne comprenant pas bien la religion. « Mais madame, c’est pas ça l’Islam » me dit un de mes élèves la tête baissée. Nous quittons la salle pour rejoindre la cour. À la cité scolaire Jean Renoir à Bondy, c’est une minute de silence collective qui est observée. Le chef d’établissement prend la parole, un silence de plomb se fait dans la cour. Il rappelle aux élèves qu’ils sont notre bien le plus précieux et que nous, adultes, mettons tout en œuvre pour les protéger au maximum. S’en suit la minute de silence, respectée par tous.
Cette après-midi, j’aurai cours avec les mêmes classes et la vie reprendra son cours petit à petit. Avant de les quitter, je leur demande ce qu’ils aimeraient voir changer dans notre pays. Voici leurs réponses : plus de respect entre nous madame ; que nous soyons unis contre nos ennemis ; qu’on comprenne plus les gens qui sont différents ; plus de prévention pour arrêter ces gens-là ; plus d’entraide et de solidarité.
Jihed Ben Abdeslem
Ce matin, en classe
Articles liés
-
En Seine-Saint-Denis, la communauté éducative se mobilise contre les fermetures de classe
En Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France métropolitaine, professeurs, AESH, syndicats et parents d’élèves ont marché pour s’opposer aux 275 fermetures de classes prévues dans le primaire à la rentrée 2026. Il s’agit là de leur quatrième journée de mobilisation afin d’obtenir « un plan d’urgence pour l’éducation » dans le département. Reportage.
-
Montreuil : le collège Solveig Anspach privé de son statut Politique de la Ville
Grève, opération “collège désert”, mobilisation. À Montreuil, la perte du statut Politique de la Ville du collège Solveig Anspach inquiète enseignant·es et parents. Derrière cette décision, un risque : voir disparaître la stabilité des équipes et fragiliser le suivi des élèves.
-
Dans le Grand-Est, l’accès inégal aux études supérieures
Alors que les effectifs universitaires flambent, plus de 200 000 étudiants en 2024, l’accès aux études supérieures dans le Grand-Est s’avère compliqué. Avec une offre de diplôme disparate et concentrée dans les grandes villes, de nombreux jeunes issus des territoires ruraux ou périphériques en paient le prix.