Mercredi, Najat Vallaud-Belkacem a proposé neuf mesures pour l’école en Seine-Saint-Denis. La proposition a fait couler beaucoup d’encre dans la presse, beaucoup moins dans l’opposition. Camille Bedin (secrétaire générale adjointe de l’UMP) et la fédération des pupilles de l’enseignement public (PEP) donnent leur avis.

« Neuf mesures pour les écoles de Seine-Saint-Denis » tel est le titre du document établie par le ministère de l’Éducation nationale cette semaine. La ministre s’était déplacée à l’école Jean Rostand de Bondy, jeudi dernier, pour promettre leur mise en place. Cette annonce en grande pompe, à la veille d’une grève des enseignants pour dénoncer leurs conditions de travail dans le département, a étrangement suscité peu de réactions dans l’opposition. À droite, Camille Bedin, secrétaire générale adjointe de l’UMP et conseillère municipale à Nanterre (92), est une des seules à avoir répliqué en publiant une tribune dans le Figarovox où elle dénonce entre autres un « nivellement par le bas méprisant ».

Contacté par téléphone, l’élue de droite exprime plus en détail son désaccord avec les propositions de la ministre « il y a une mesure en particulier qui me choque qui est celle d’ouvrir un concours exceptionnel différent des concours dans les autres académies aujourd’hui, pour sélectionner des gens qui vont être refusés ailleurs et qui vont être acceptés dans le 93. C’est-à-dire qu’on va prendre en Seine-Saint-Denis des enseignants qui auront été recalés des lieux où ils avaient envie d’exercer parce qu’ils n’avaient pas été assez bon… On est en train de créer de l’échec».

Le plan dévoilé cette semaine par la ministre prévoit la création de 500 postes supplémentaires d’ici 2017. Camille Bedin ne semble pas en désaccord avec cette mesure « je ne vous dis pas qu’elle n’a pas raison dans l’idée de vouloir avoir plus d’enseignants en Seine-Saint-Denis mais pas en nivelant par le bas ».

Pourtant, Nicolas Sarkozy a proposé lors d’un meeting à Toulouse le 8 octobre dernier (et réaffirmé lors d’un autre meeting le 15 octobre à Saint-Cyr-sur-Loire), de supprimer 30 % des postes d’enseignants en contrepartie d’une augmentation de 30% de leur rémunération « il parle au niveau national, justifie Camille Bedin, je ne trouverai pas ça incohérent du tout qu’on enlève des profs dans certaines zones où il n’y en pas forcément besoin d’autant. La logique qui a toujours été la notre, défendu par Nicolas Sarkozy, ou nous à l’UMP, c’est de dire qu’on donne plus à ceux qui ont moins. En Seine-Saint-Denis on a besoin de faire plus d’efforts ».

Pour se justifier des réformes mises en place depuis le début du quinquennat et sur la suppression des postes d’enseignants, Najat Vallaud-Belkacem avait alors affirmé lors de l’émission Bondy Blog Café «on n’a pas vu la politique désastreuse de la droite en matière d’éducation ». Une phrase qui fait réagir la secrétaire nationale adjointe du premier parti de l’opposition « ça n’a pas de sens, on est en France le pays où il y a le plus de profs par élèves, quelque soit le niveau et quelque soit les pays de l’OCDE et pourtant on est à la fin du classement, en milieu ou fin de classement selon les matières des pays de l’OCDE. Donc je leur pose la question, où est l’erreur ? Est-ce que nos profs sont si mauvais qu’on est obligé d’en mettre plus qu’ailleurs ? Je crois pas, je crois juste qu’on les gère très mal et je crois qu’on ne laisse pas la liberté aux établissements de pouvoir gérer leurs enseignants, leurs équipes et leurs projets comme ils le veulent ». Pas tout à fait vrai, selon un rapport de l’OCDE sur le rapport entre élève et professeurs la France est au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE qui est à 16 élèves par enseignant dans le primaire, contre 18 pour la France et 11 pour l’Italie, la Suède, l’Espagne… « Il faut repenser les choses. La gauche ne fait que penser par la question des moyens » conclue Camille Bedin.

Les sujets liés à l’école restent houleux et sensibles. Les nombreuses manifestations lors des quinquennats et septennats le prouvent. Le début de mandat de François Hollande reste fragile dans ce domaine. À titre d’exemple, Nicolas Sarkozy avait laissé derrière lui 80 000 suppressions de postes d’enseignants entre 2007 et 2011.

Une démarche « volontariste »

la fédération des pupilles de l’enseignement public (PEP) est une association apolitique. Agnès Bathiany en est la directrice générale. « Volontariste », « positive » c’est ainsi qu’elle qualifie en générale les neuf mesures annoncées par la ministre de l’Éducation nationale ; « au moins la ministre pointe les vrais problèmes du système éducatif » et se réjouit de l’augmentation de postes « il y a un vrai besoin, une urgence ».

Dans le détail, quelques éléments ne conviennent pas forcément « nous trouvons que la liaison qui est faite sur le terrain avec les associations n’est pas suffisamment prise en compte ». L’évaluation du dispositif est également un point manquant selon Agnès Bathiany « demain, si c’est positif, il faudrait penser à l’élargir ». Elle regrette néanmoins que le « côté attractivité du territoire ne soit pas mis en avant ». Loin des clichés qui reviennent systématiquement sur le 93, elle tient à rétablir certaines vérités : « il y a des gens qui veulent enseigner en Seine-Saint-Denis, il y a des gens qui ne veulent pas quitter la Seine-Saint-Denis ». Certaines critiques dans la presse lui ont aussi déplu, notamment concernant le « concours au rabais » et estime qu’il s’agit d’« une polémique un peu facile. Ce n’est pas le concours qui va donner la qualité à l’enseignant c’est la formation qu’il va avoir après. Le concours c’est un sésame d’entrée… À travers les mesures annoncées je n’ai pas perçu qu’on allait faire quelque chose au rabais ».

Vendredi, Najat Vallaud-Belkacem dévoilait un nouveau plan en matière d’éducation. Cette fois-ci 50 millions d’euros par an devront être débloqués pour lutter contre le décrochage scolaire et le réduire de moitié d’ici 2017.

Imane Youssfi

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