J’étais habitué à l’ambiance du Mardi gras à Carnot, mon ancien collège. Là-bas mardi gras c’est le « Carnoval », joli jeu de mots vous ne trouvez pas ? Tout le monde se déguisait sauf ceux qui étaient vraiment réticent, mais ils étaient peu. Chacun faisait un effort. Il y avait un concours et les élèves qui avaient les meilleurs déguisements gagnaient des prix. Il y avait aussi un défilé et les cours étaient banalisés.
Mais, ça c’était le collège, le bon temps. Maintenant je suis au lycée Decour, le Carnoval n’est plus d’actualité. L’esprit du Mardi Gras n’est pas aussi présent à Decour mais ça je n’en étais pas certain, donc j’ai voulu faire un effort. C’est mon premier Mardi Gras à Decour, j’ai décidé de l’appeler « Carnoval bis ».
« J’espère que vos déguisements sont dans vos sacs ? »
Pour ce « Carnoval bis » j’ai décidé de me déguiser en marabout c’était une première pour moi. J’avais une robe qui ressemblait vraiment au personnage (je ne vous dirais pas où je l’ai trouvé j’aime garder mes secrets pour moi). En allant au lycée, j’ai bien évidemment mis ce déguisement dans mon sac. Il était hors de question que je fasse Monceau-Anvers déguisé en Marabout. Mais, cela ne dérangeait pas mon ami Noah, qui était en tutu rose avec une perruque blonde dans le métro. Il faisait Charles de Gaulle Etoile-Anvers. Je le revois encore dans les transports avec son beau tutu, « Miguel c’est horrible je n’ose pas regarder les gens, je reste tête baissée sur mon téléphone à jouer à Candy Crush. Il y a même des gens qui ont pris des photos, ils me regardent comme un malade » me dit-il.
Arrivé au lycée, la tension diminue nous étions devant l’entrée et n’étions pas les seuls à être déguisés. Dimitri et Thibault, deux amis, qui étaient à Carnot tout comme moi, sont arrivés sans déguisement. « J’espère que vos déguisements sont dans vos sacs ? » leur ai-je demandé. Ce n’était pas le cas. Nous étions en avance donc, peu de personnes étaient déguisées. Le temps passe, on voyait les gens arriver. Il y avait un grand Lion, lui c’était Hassan, puis une Indienne d’Amérique, elle c’était Anna, un gorille aussi. Les efforts étaient quand même là. On se déguise aussi à Decour !
Passer une journée au lycée déguisé en marabout : mission réussie !
Premier cours de la journée : Français. Deux heures de dissertation, le sujet : « A quoi sert la lecture ? ». Peut-être que mes grigris vont m’aider à avoir une bonne note ? On entre en classe, et Mme Ehret, notre professeur se met à rire en voyant le tutu de Noah. « Oh, on a un prince d’Arabie dans la classe !»  dit-elle en me regardant. Ai-je vraiment l’air d’ « un prince d’Arabie » ?
Les deux heures passent et j’avais plutôt réussi ma dissertation (mes grigris n’y étaient pour rien). C’est l’heure de la récréation, c’est à ce moment que l’on voit les vrais déguisements. Il y avait des ninjas, beaucoup de hippie et une fille avec le déguisement d’Avatar et une cigarette à la main – je ne savais pas que les Na’vis fumaient-. Tout le monde a apprécié mon déguisement, lequel a été amélioré par les traits de rouge à lèvres sur ma figure (réalisé une amie). Je passais pour un guerrier maasaï.
Je jette deux-trois sortilèges (je fais aussi mon travail de guérisseur) et m’en vais aussitôt en cours d’anglais. Aujourd’hui nous devons faire un dialogue dans la langue de Shakespeare, avec les déguisements ce sera plus drôle. Je m’assoie et là j’entends : « Tu as oublié tes chameaux ?» Je pensais que cette réflexion venait d’un de mes amis, et non, c’était celle de Mme Talagrand, ma prof d’anglais. Mais un Marabout n’a pas de chameaux ? Ce n’est pas grave, les élèves se concentrent sur le dialogue que nous devons faire. Je le fait avec Gaspard et Mathias, deux camarades qui ne sont pas déguisés. Les autres rigolent parce ce qu’avec ce déguisement j’ai du mal à entrer dans la peau de mon personnage. Mais cela se passe très bien et tout le monde a eu une note entre 8 et 10 sur 10 (c’est peut-être grâce aux grigris).
A l’heure du déjeuner,  difficile de manger avec mon déguisement, donc je l’enlève. Ensuite, vient le cours de mathématique, évidemment je l’ai remis. En me voyant, Mme Fay (ma prof), avait un grand sourire, il y avait une équation à faire. Je vais au tableau et bien sûr je la réussis (ne pensez pas que c’est l’effet des grigris).
C’est enfin à la pause de 16 heures que je vois Elia, une amie. Elle est déguisée en cheerleader. Je continue de jeter mes sortilèges, et elle épelle en même temps mon prénom : « M.I.G.U.E.L c’est le roi des sortilèges! ».
Finalement, le Carnoval bis n’est pas si mal que ça. Les élèves se déguisent et j’ai même vu un professeur le faire. Mais, ce ne sera jamais comme le collège, probablement parce que nous sommes plus préoccupés à penser à notre avenir au lycée.
Miguel Shema

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