Même le célèbre assistant numérique de la marque à la pomme croquée semble pétri de préjugés, m’adressant un laconique « sans commentaire » lorsque je lui demande « suis-je une femme vénale ? ».

S’il avait pu il aurait sûrement répondu, tu es une femme, bien sûr que tu es vénale. Peut-être certains d’entre vous penseront que j’ai été bête de poser la question. Mais je ne l’ai pas posé qu’à moi-même, en voyant qu’un rapport sur les stéréotypes filles/garçons avait été rendu à Najat Vallaud-Belkacem, j’ai posé la question autour de moi. Histoire de voir si les mentalités avaient évolué autour du rapport des femmes à l’argent.

Il n’y a quasiment pas eu débat, du « bien sûr vous aimez la thune, z’êtes toutes des michto » au plus feutré, « je pense que les femmes sont matérialistes ».  Le même point de vue a été exprimé dans la désormais fameuse émission de Bernard de la Villardière dans laquelle dimanche 19 janvier, il a demandé à un jeune homme le plus sérieusement du monde si « ce n’était pas difficile de draguer les filles au volant d’une Autolib ».

Et toi jeune homme, t’en penses quoi ? Quand une jeune fille qui te plait est assise en face de toi, tu t’accroches à quoi ? A ton portefeuille ou à son regard ? (ou à autre chose, j’ai juste choisi l’option gentleman). Parce que j’ai l’impression qu’il faut remettre certaines choses au clair.

Quand on voit une jeune fille au bras d’un sexagénaire, la première chose à laquelle on pense, c’est au pouvoir de l’argent. Ou au pouvoir tout court (voir les commentaires de chacun sur ce qui a fait craquer Julie, Carla, Valérie ou Cécilia). D’accord, très bien. Mais alors pourquoi pas les mêmes remarques, et parfois le même mépris, pour les petits jeunes qui se succèdent au bras de Madonna ou qui se sont succédés au bras d’Edith Piaf ?

Mais exprimées ainsi, les choses ne sont pas encore assez claires. Alors voilà, lorsqu’un jeune homme s’arrête à mon niveau dans une rue de Paris, qu’il me demande si je vais bien, la profession de mon père ou l’âge de ma mère, le fait qu’il conduise une Renault 19 ou une Audi ne changera rien à ma réponse. Enfin plutôt à ma non-réponse. Et pour être encore plus honnête, j’apprécie que l’on m’invite lors d’un premier rendez-vous, pas parce que ça me plaît de manger à l’œil, je n’ai attendu personne pour goûter à la gastronomie française et encore moins à la turque.

Mais parce que c’est de la galanterie vous voyez, dans un monde ou galant n’est pas un nom de code pour pigeon chez des femmes assoiffées de billets et d’American Express ou jeunes hommes paranoïaques. Juste le fameux « plaisir d’offrir ». Cela ne veut pas dire que je n’apprécierai pas tout autant qu’il me dise « inversons les codes, c’est toi qui m’invite ». De même, on peut apprécier quelqu’un sans même connaitre la couleur de son portefeuille. Ainsi, j’ai une amie qui fréquente un garçon qui ne l’a jamais invité dans un seul endroit depuis sept mois. A quoi bon lorsque se promener au bord de la Seine est si romantique et surtout si gratuit.

J’ai également entendu que c’était pour répondre au besoin de sécurité éprouvé par les femmes. Certes. Mais si tu me paies le resto et que tu ne te soucies pas de comment je vais rentrer et si je suis bien rentrée parce qu’il est tard, tu auras dépensé ton argent pour rien.

Toujours se sentir obligé d’assurer ça doit être dur d’être un homme. Peut-être tous les hommes se disent-ils qu’il faut allonger les liasses, ça leur permet d’être sûrs qu’ils sont encore utiles de nos jours ou les femmes n’ont jamais été aussi indépendantes. Peut-être n’est-ce qu’un préjugé de ma part. Encore un sur les hommes et les femmes.

Finalement peu importe les rapports, les opinions, les cadeaux que l’on attend plus et les attentions qui ne coûtent rien, Alfred de Musset en avait déjà dit beaucoup sur les hommes et les femmes bien avant moi et surtout tellement mieux. « Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux ».

Latifa Oulkhouir

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