2005-2015 : SOUVIENS-TOI ? Les blogueurs se rappellent de leur octobre et novembre 2005.
En 2005, j’avais 20 ans. Et je venais d’atteindre mon but, je venais d’atteindre le centre. Le centre de Lyon. Finis les bus à minuit qui sapent les soirées. Finis les embouteillages sur le pont de La Mulatière. J’étais à proximité du métro, des Vélo’V et de la place Bellecour. A la Guillotière, près de la Place du Pont, connue pour ses hommes qui y discutent debout toute la journée.
En 2005 donc, j’avais 20 ans. Et j’avais réussi à quitter ma ville-dortoir de la périphérie pour m’installer dans le centre de Lyon. Pour payer mon loyer, j’ai dû trouver un boulot. Au Point Info Jeunesse, j’ai trouvé une annonce. « Recherche aide scolaire ». Deux fois par semaine, à Vaulx-en-Velin, réputé « quartier chaud » de la banlieue lyonnaise. J’ai pris un métro et un bus pour passer l’entretien. La directrice du Centre Social m’a rappelée dans la foulée pour m’embaucher. Avec mon amie Christine, les lundi et jeudi, nous prenions le métro et le bus puis nous marchions à pied jusqu’au centre social. Là nous aidions des 8/10 ans à faire leurs devoirs et nous essayions de calmer les plus agités. Koskun était le plus féroce, mais lorsque son père est venu le chercher j’ai compris. Bridé à domicile par une poigne de fer, il ressentait un besoin urgent de s’exprimer au maximum hors de chez lui.
En octobre et novembre 2005, je prenais le bus pour aller à Vaulx-en-Velin. A l’avant les mères de famille avec leurs caddies, à l’arrière des adolescents. Qui riaient entre eux en parlant des caillassages de la veille et des performances des uns et des autres. Soutenus par la presse qui, chaque jour, comptait les voitures brûlées, ils étaient dans l’escalade de la performance. En 2005 puis en 2006, pour moi, rien n’a changé. J’ai pris le métro et le bus, lundi et jeudi, pour faire l’aide aux devoirs. J’ai poursuivi mes études, continué d’avancer. Je suis souvent retourné dans ma ville-dortoir où la mairie, pour chasser les jeunes qui squattaient, a augmenté la taille du muret où ils s’asseyaient. Et où les barrières et les grillages n’ont fait qu’accroître, année après année.
Aujourd’hui les médias s’agitent et cherchent comment parler des « oubliés ». Une fois par an : « focus ! » puis « circulez ». Dites-moi, en 10 ans, qu’est-ce qui a vraiment changé ? En 2005, Zyed Benna et Bouna Traoré sont décédés en fuyant la police. En 2015, les deux policiers inculpés pour cette mort ont été relaxés. Le 24 juin 2015, l’État a été pour la première fois condamné pour « faute lourde » concernant le contrôle au faciès. Le 16 octobre, il a décidé de se pourvoir en cassation contre cette condamnation. François Hollande ne s’était-il pas engagé à instaurer un récépissé lors de sa campagne de 2012 ?
Alors bon, si vous me parlez de ces jeunes qui, en 2005, brûlaient des voitures pour rappeler qu’ils existaient. Je vous répondrai sans doute qu’en dix ans, la République, elle leur a bien ri au nez.
Claire Diao
En 10 ans, qu’est-ce qui a vraiment changé ?
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