Quartier du Londeau à Noisy-le-Sec. Des jeunes, encadrés par les associations « Rues et Cités » et « Les Compagnons Bâtisseurs », ont réhabilité une tour, notamment en repassant un coup de peinture. Lansala est allé à leur rencontre.

 D’une simple ballade, s’ensuivent des rencontres ! Je traverse mon ancien quartier et je croise des têtes familières ! Salutations, banalités ! Quelle est la température dans la cité ? De fil en aiguille,  la conversation pose délicatement ses fondements ! Je relance habilement : «  On ma parlé d’un chantier dans une tour du quartier, c’est où ? » À ma grande surprise, il me répond hâtivement : « C’est le bâtiment 3 rue Paul Verlaine, dépêche-toi c’est bientôt la fin ! »

Telle une panthère du Mozambique je bondis à l’assaut de la tour !  Une affiche m’accueille à l’entrée du bâtiment : « Cité en Chantier ! Du 4 février au 22 mars 2013, les jeunes du quartier Rues et Cités et les Compagnons Bâtisseurs s’attaquent à embellir la tour du 3 rue Paul Verlaine. Nous vous invitons à un temps autour du chantier Vendredi 22 à 15 h 30 au centre social annexe. »

 Les initiatives sont à la une ! À Noisy-le-Sec, plus précisément dans le quartier du Londeau, ça bouge ! Une cinquantaine de jeunes se lancent dans la rénovation d’un immeuble de 18 étages moyennant une rémunération. Cette aventure est encadrée par l’association Rue et Cités, les Compagnons Bâtisseurs et bien sûr Logirep ! Nous sommes à la veille de la fin du chantier, je m’en vais de ce pas recueillir leur bilan de cette expérience !

Avant toute chose il faut les trouver ! Il y a 18 étages, me voilà pris dans un remake de Piège de Cristal ! Je prends l’ascenseur je vois deux personnes en bleu de travail frottant les traces de peinture avec de l’huile de coude ! Ça bosse dur ! Sans transition j’attaque : «  Bonjour, êtes-vous de l’association Rues et Cités ? » Malheureusement non, l’ascenseur m’entraîne dans son périple et me voilà au 18ème étage ! Toujours rien, nada, nothing ! Une dame me bloque avec sa poussette ! Son bambin me fixe très mal ! Quel insolent ! J’arrive au 6ème étage et je vois 3 à 4 gars raclant le sol ! Emmitouflés avec une combinaison blanche ! Pas le temps pour les bavardages : « Ça va les gars, où est la responsable de Rues et Cités ? » Sans réponse, blasé, je retrouve mes amis croisés auparavant  qui n’ont toujours pas fini de gratter. On me dit qu’elle s’appelle Céline! Plus déterminé que jamais, je repose la question avec moins d’enthousiasme : «  Où est Céline ? »

Ils me conseillent d’essayer de prendre l’autre ascenseur. Je suis au rez-de-chaussée, une femme sort de la cage d’escalier en coupe vent ! Elle me regarde, je la regarde, on se regarde ! Sans un mot, on attend ! Il arrive enfin, les portes s’ouvrent et calme mon impatience ! Je vois une femme et un jeune s’occupant des parois avec la même énergie que ses collègues croisés précédemment ! Le far West est dans ma bouche, je dégaine : « Bonjour, êtes-vous Céline ?  » Elle me répond sourire aux lèvres : « Elle est juste à côté de toi ! » Préparez-moi une corde pour mon petit cou, le destin se joue de moi ! On s’échange des formules de politesse ! On prend l’ascenseur, on s’arrête à un étage et c’est parti pour la confidence !

Céline, 29 ans, éducatrice de l’association Rues et Cités

« Rues et Cités est une association qui intervient dans le cadre de l’enfance dans les quartiers ! C’est un accompagnement pour les jeunes de 11 à 25 ans », me présente avec pédagogie Céline. « Le but c’était de pouvoir proposer en parallèle du chantier un accompagnement sur l’insertion professionnelle ! On les a aidés à faire des démarches administratives requises pour travailler ! On a aussi vérifié s’ils étaient suivis par le pôle emploi, la mission locale », m’énumère cette éducatrice investie dans sa mission. « Ce n’est pas qu’un simple chantier, on veut les suivre à l’issue de cette aventure et les aider dans leur projet personnel ! C’est une très riche expérience mais épuisante ! Ça nous a permis de voir différemment des jeunes que l’on côtoie dans d’autres circonstances. S’il y a un autre chantier je le ferai sans hésiter mais je m’y prendrai d’une autre manière », me confie- t-elle avec enthousiasme.

On rejoint les membres de l’équipe dans leur local. Des pots de peinture s’entassent à perte de vue ! J’aperçois la femme qui m’avait sorti de l’ignorance m’indiquant 30 minutes plus tôt qui était Céline. Je ne peux m’empêcher d’aller à sa rencontre ! J’attends qu’elle se libère car elle a la tête collée à un seau de peinture ! Le temps passe à une vitesse ! Je n’ose pas trop la déranger, c’est la chef des travaux ! Ça fait 10 minutes que je la vois courir dans tous les sens ! Je prends mon mal en patience et j’y vais, sourire aux lèvres, comme tout gentleman !

Camille, 33 ans, chef de chantier, membre de l’association les Compagnons Bâtisseurs

«  Le principe de cette association, c’est l’auto-réhabilitation de compagnie ! On va dans les quartiers difficiles et on aide les habitants à réhabiliter leur intérieur. On est sur le chantier pour apporter un savoir-faire technique à ces jeunes », m’expose méthodiquement Camille.  « Ils ont vu qu’ils en étaient capable aujourd’hui et cette semaine ils se demandaient ce que ça allait pouvoir leur apporter ! C’est hyper positif comme aventure humaine ! J’ai vu leur évolution, il y en a ils sont de plus en plus fort ! Il y en a même qui pourront travailler dans le domaine sans souci », m’expose avec enthousiasme la chef de chantier.

Parmi les jeunes du quartier présents sur le chantier, il y a aussi des jeunes de l’association Compagnons Bâtisseur ! Dans l’association les Compagnons Bâtisseurs, il y a des volontaires et des bénévoles ! Je ne comprends pas la différence ! Je suis perdu, Camille m’oriente vers une jeune recrue ! Je m’en vais à la pêche à l’information ! J’aperçois un jeune lavant des pinceaux !

Jean-Baptiste (2)Jean-Baptiste, 21 ans, ex-volontaire, bénévole de l’association les Compagnons Bâtisseurs

« Les bénévoles, contrairement aux volontaires, ne perçoivent pas d’indemnités ! Les bénévoles apportent leur expérience, leur temps à l’ouvrage ! Alors que les volontaires travaillent tout en étant formés ! », m’éclaire Jean-baptiste. « Je suis passé d’un statut à un autre ! J’étais volontaire, mon contrat s’est fini hier ! Là, je suis bénévole car je voulais aller au bout du chantier !  C’est une bonne expérience, car je connaissais rien à ce domaine ! C’est également une bonne leçon humaine », me convainc le bénévole.

Dans ma traque à la l’info, je suis à la recherche d’un jeune habitant ce quartier ! Un jeune tout peinturluré me fait des grands signes et m’interpelle !

Angelo (1)Angelo, 20 ans, un jeune du quartier

« En traînant dans le quartier, j’ai appris qu’il y avait un projet qui se mettait en place! Je connaissais déjà l’association Rues et Cités à la base ! En plus ça se passe à la cité ! Je n’ai pas hésité, c’est à côté de chez moi », me lance Angelo. « Je ne te cache pas que c’est un peu difficile en ce moment pour trouver du taff ! Les 18 étages ne m’ont pas fait peur, je suis nez dedans ! (rires) Comme je connaissais le milieu du bâtiment, je n’avais pas vraiment de préjugés! Tout ce qui concerne la peinture c’est easy », me lance-t-il résigné. (rires) « On va dire que c’était une sorte de perfectionnement ! Si demain il y a un autre chantier, je suis partant ! Pour une fois qu’ils font quelque chose de bon ! En 20 ans, ils ont fait une fois la peinture dans mon bâtiment ! Je n’ai connu que deux couleurs », me livre-t-il enjoué.

 Entre vannes et dur labeur, le résultat produit est saisissant ! Après 18 étages et un mois et demi passé ensemble, un lien a visiblement été créé. Plus qu’une histoire, un élan d’espoir pour ces jeunes délaissés par le système. Chapeau les artistes !

 

Lansala Delcielo

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